SUSPENSION DES COURS : LE GOUVERNEMENT PROTÈGE SON POUVOIR OU LES ÉLÈVES ?
La décision du gouvernement du CNRD d’accorder un congé exceptionnel à l’ensemble du système éducatif du 15 décembre 2025 au 2 janvier 2026, intervient dans un contexte politique et social d’une grande intensité. Officiellement présentée comme une mesure visant à protéger les élèves et enseignants de “l’engouement citoyen” lié à la campagne électorale, cette décision se révèle, à la lumière du contexte, comme une véritable fuite en avant destinée à masquer une crise sociale profonde et à contenir une dynamique contestataire dangereuse pour le pouvoir.
Car la campagne électorale n’est pas “à l’approche”, elle a déjà commencé depuis le 28 novembre, sans qu’aucune interférence notable avec le calendrier scolaire n’ait été signalée. Si la protection des élèves était réellement la priorité, pourquoi attendre deux semaines après le lancement officiel de la campagne pour suspendre les cours ?
Cette incohérence temporelle suffit déjà à fragiliser la justification gouvernementale. Mais l’argument officiel s’effondre complètement face au précédent du référendum constitutionnel : lors de ce processus, le même gouvernement n’a non seulement pas suspendu les cours, mais a aussi interrompu les classes pour faire descendre les élèves dans la rue afin de soutenir son projet constitutionnel. Les élèves avaient alors été instrumentalisés sans que le pouvoir ne s’inquiète du moindre risque lié aux activités politiques.
Ce contraste révèle une contradiction fondamentale : Quand l’implication des élèves servait les intérêts du pouvoir, elle était encouragée. Quand elle risque désormais de l’affaiblir, elle devient soudainement un danger qu’il faut “prévenir”.
La véritable raison de ce congé exceptionnel réside ailleurs : dans la grève générale des enseignants, massivement suivie, qui paralysait le système éducatif et prenait de l’ampleur par des manifestations d’élèves. Cette grève perturbait déjà les cours dans toutes les villes du pays, exposant les limites du gouvernement et révélant sa perte d’autorité.

Pire encore pour le régime, son succès populaire faisait craindre une extension à d’autres secteurs et une politisation accrue du mécontentement social, dans un contexte où le pouvoir est déjà fragilisé par des luttes internes, une gouvernance opaque et un climat politique marqué par des arrestations arbitraires, des disparitions forcées et une méfiance grandissante des populations.
D’ailleurs, depuis deux semaines, le président lui-même, n’est jamais sorti de sa caverne pour aller à la rencontre des électeurs. Jamais dans l’histoire politique des nations, un candidat à la présidentielle est resté terré entre les quatres murs de son palais et compter sur ses cadres pour sa campagne, alors qu’il est censé se rendre dans toutes les préfectures du pays, et même dans certaines sous-préfectures pour tenter de convaincre lui-même les Guinéens sur son projet de société.
Face à cette dynamique potentiellement explosive, le gouvernement a choisi la solution la plus simple : supprimer le terrain même de la contestation en fermant administrativement toutes les écoles. En décrétant un congé général, il neutralise la grève, retire aux syndicats leur espace de mobilisation et gagne du temps en repoussant le bras de fer social au-delà de la période électorale.
Cette suspension permet aussi d’éviter que les élèves et étudiants, traditionnellement moteurs des mouvements contestataires en Guinée, ne rejoignent la mobilisation enseignante et ne transforment la crise scolaire en crise politique.
Ainsi, loin d’être une mesure objective ou “préventive”, cette décision de Mamadi Doumbouya relève d’une stratégie de gestion politique du rapport de force, destinée à protéger l’image du pouvoir en pleine campagne, à contenir la rue et à étouffer une crise sociale mal maîtrisée. Le gouvernement tente de présenter ce congé comme un acte de prudence, mais le décalage entre ses justifications et ses pratiques passées, notamment lors du référendum, révèle l’essence réelle de cette démarche : une manœuvre opportuniste et défensive, symptomatique d’un régime en difficulté qui utilise l’école tantôt comme instrument politique, tantôt comme variable d’ajustement, selon ses intérêts du moment.
