Un État qui trahit ses fondements prépare sa propre chute
L’histoire est formelle : aucun État ne s’effondre par surprise. Il s’effondre parce que, trop longtemps, des décisions injustes ont été prises en toute connaissance de cause, parce que des alertes ont été ignorées et parce que le silence a été préféré à la vérité. La Guinée, à l’image de nombreux États africains en crise, n’est pas au bord du gouffre par fatalité, mais par accumulation de renoncements politiques.
Un État meurt le jour où le pouvoir cesse d’être un mandat pour devenir une propriété. Lorsque ceux qui gouvernent se considèrent comme indispensables, irremplaçables ou au-dessus des règles, l’État cesse d’être une maison commune et devient un champ de domination. À partir de cet instant, la loi n’est plus un rempart, mais une arme ; les institutions ne servent plus la nation, elles protègent un système.
La première faute majeure est la trahison de la souveraineté populaire. On parle au nom du peuple tout en l’excluant des décisions essentielles. On promet des transitions tout en organisant leur enlisement. On invoque l’ordre et la stabilité pour justifier l’injustice et la confiscation des droits. Or, un peuple qu’on empêche de choisir finit toujours par contester.
La seconde faute est la banalisation de l’inacceptable. Arrestations arbitraires, violations des libertés, justice sélective, morts en détention, mépris des textes fondamentaux : tout devient progressivement « normal ». C’est ainsi que les États se décomposent, non dans le chaos immédiat, mais dans une lente anesthésie morale.
La troisième faute, peut-être la plus grave, est l’impunité organisée. Lorsqu’aucune responsabilité n’est assumée, lorsqu’aucune faute d’État n’est reconnue, le message est clair : la force prime sur le droit. À long terme, ce choix détruit l’autorité elle-même, car un pouvoir sans légitimité ne tient que par la contrainte.
À cela s’ajoute une illusion dangereuse : croire qu’on peut gouverner durablement contre la société. Aucun appareil sécuritaire, aucune propagande, aucune mise en scène institutionnelle ne peuvent remplacer la confiance populaire. L’Afrique regorge d’exemples de régimes qui se croyaient forts jusqu’au jour où ils ont découvert qu’ils étaient seuls.
Il faut le dire sans détour : un État qui exclut, qui ment et qui réprime prépare sa propre chute, même s’il contrôle encore le calendrier, les médias et les armes.
Mais l’histoire laisse toujours une porte entrouverte.
Il n’est pas trop tard pour rompre avec la logique de la peur et du fait accompli.
Il n’est pas trop tard pour rendre au peuple sa voix, à la loi sa force, à la justice sa crédibilité.
Il n’est pas trop tard pour comprendre que gouverner, ce n’est pas durer, mais servir.
Le choix est désormais clair : soit persister dans l’illusion du contrôle absolu et conduire le pays vers une crise plus profonde, soit avoir le courage politique de corriger la trajectoire, d’ouvrir le jeu, de respecter les règles et de permettre une refondation nationale véritable.
L’histoire n’absout pas les dirigeants qui savaient et n’ont rien fait.
Les peuples, eux, finissent toujours par se réveiller.
Boubacar Dieng
Source: https://www.visionguinee.info/
