Contre La sansure

Un parti n’accepte pas ça, Aucun peuple ne mérite ça!

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Jamais les partis politiques, l’UFDG en tête, n’ont avalé autant de couleuvres qu’aujourd’hui. Réduits au silence, contraints à la clandestinité, frappés de suspension ou menacés de dissolution, ils font face à une répression d’une ampleur inédite. Leurs leaders, responsables et militants sont bannis, séquestrés, enlevés, déportés, emprisonnés, parfois même tués.

Pourtant, malgré ces épreuves, ils ne cèdent ni à la violence ni à la tentation d’une confrontation ouverte, même au nom de la légitime défense. Cette posture relève d’un sens élevé des responsabilités et d’une patience forgée par une longue culture de résilience. Mais cette retenue n’est ni comprise ni reconnue comme telle. Elle est trop souvent interprétée comme une faiblesse, une résignation, voire comme la preuve de la toute-puissance du pouvoir en place. Convaincu d’avoir neutralisé l’opposition et étouffé toute velléité de résistance, le régime pense désormais avoir le champ libre. L’UFDG, qui fut durant toutes ces années un rempart contre l’arbitraire et l’oppression, a sans doute subi plus que tout autre parti la répression et l’adversité.

Son président a accepté d’être exproprié de sa demeure, alors qu’il aurait pu s’y opposer, refusant de mêler ses affaires privées à son engagement politique. Ce choix d’éthique et de responsabilité a ouvert la voie à d’autres formes de harcèlement et à de multiples cabales. Il a ainsi été convoqué par une justice instrumentalisée à des fins politiques dans le cadre du dossier Air Guinée, une affaire qui ne le concerne ni de près ni de loin et dont il a été disculpé depuis longtemps par les principaux acteurs.

Cellou Dalein Diallo est maintenu en exil depuis plusieurs années. Sa présence dans le pays pourrait inquiéter une junte dépourvue d’assise et de légitimité populaire. En faisant preuve de sérénité et de retenue face aux injustices et aux brimades, l’UFDG et son président ont peut-être, malgré eux, donné davantage d’assurance à leurs adversaires. Ce qui semblait hier inimaginable est aujourd’hui devenu réalité : des militants sont tués ou enlevés à leur domicile avant d’être portés disparus ; d’autres sont empêchés d’exercer leurs activités ou d’exprimer librement leurs opinions et leurs convictions.

Pourtant, ce parti, toujours redouté et solidement implanté, continue de prendre son mal en patience, tout en s’organisant pour réaffirmer sa prééminence et son influence. Un grand parti ne peut indéfiniment tout subir ni rester les bras croisés face à des menaces réelles et pressantes. Du sommet à la base, un sursaut d’orgueil et de responsabilité s’impose pour assurer sa survie et préserver ses acquis inestimables.

Il est désormais clair que le peuple de Guinée est acculé. Il a perdu sa souveraineté ainsi que les fruits de longues années de luttes et de sacrifices. Il ne choisit plus librement ses dirigeants, ne participe plus pleinement à la vie nationale et n’est consulté sur aucune décision majeure. Sa liberté et sa souveraineté sont confisquées. Un groupuscule dirige le pays et dispose de ses immenses ressources à sa guise, dans l’opacité et l’impunité.

Au risque de se renier et de se condamner à l’effacement, les partis politiques n’ont d’autre choix que de reprendre le combat pour la démocratie et le rétablissement du suffrage universel. Quant au peuple de Guinée, ce n’est ni en renonçant à ses droits ni en soutenant la dictature qu’il honorera l’héritage de son histoire et deviendra maître de son destin.

L’heure du réveil a sonné

Souleymane SOUZA KONATÉ

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