Une espèce en voie de disparition ! (Par Tierno Monénembo)
Au rhinocéros, au panda, au tigre et à l’éléphant, il faut dorénavant ajouter une autre espèce en voie de disparition : l’homo guineensis. Le cynisme des despotes ne saute pas toujours aux yeux. Après un long moment de flottement, les Guinéens comprennent enfin que le cas Foninké Mengué n’a rien de fortuit. On ne disparaît pas par hasard. On ne disparaît pas par mégarde non plus.
Tout cela relève d’un plan diabolique qui, après quelques bouts d’essai, entre maintenant dans sa phase la plus sombre. Quand on arrête en plein jour d’innocentes vieilles femmes que le grand âge a détachées des passions de ce monde, de paisibles mémés qui ne savent même pas ce que le mot politique veut dire, c’est que le pouvoir a perdu la tête, c’est que plus personne n’est à l’abri. Au train où vont les choses, bientôt on ne dira plus Guinée mais Pays des Disparus.
À Dinguiraye, la vénérable cité d’El Hadj Omar Tall, des brutes encagoulées, mais reconnaissables à leurs uniformes de troupiers et de flics, débarquent en plein jour dans la famille du journaliste et ancien ministre Tibou Camara. Ils embarquent sa mère et sa sœur, ainsi que la belle-mère de son cousin Marouane Camara dont, vous le savez tous, on est sans nouvelles depuis le 3 décembre 2024. Partout ailleurs, les marabouts et les prêtres auraient crié au démon et réuni les fidèles dans les églises et les mosquées pour attirer la colère divine sur les barbares qui nous gouvernent.
Partout ailleurs, les foules auraient envahi les stades et les rues pour protester contre cette ignominie qui porte atteinte à la morale et au droit. En Guinée, comme toujours, ce sera le mutisme de la résignation, le calme plat de la léthargie. Soixante-sept ans de dictatures sanguinaires ont fait de nous un peuple d’esclaves, une nation de décérébrés, des automates obéissant au doigt et à l’œil, à la manière du zombie sous la férule du quimboiseur.
et notre lâcheté sont les ferments de nos dictatures. Personne ne le dit mais tout le monde sait que ces disparitions ne viennent ni d’un petit délinquant ni d’un bandit de grand chemin.
Ce ne sont ni des faits divers ni des crimes passionnels, ce sont des crimes politiques. Tous les disparus (eux ou leurs parents) sont soit des membres de l’opposition, soit des activistes de la société civile. Ne nous trompons donc pas de coupables. Personne ne dit rien mais tout le monde sait que ce sont Mamadi Doumbouya et ses sbires qui sont responsables de ces crimes. La logique veut que, tôt ou tard, ils répondent de leurs actes devant le peuple et devant l’histoire.
Tierno Monénembo
Source: https://www.visionguinee.info/
