Union africaine: la voix porte-t-elle encore?
A la fin du 39e sommet de l’Union africaine tenu les 14 et 15 février, week-end de la célébration de l’amour, une question s’impose: la voix de l’institution porte-elle encore? Ou, plus concrètement, l’organisation africaine ne prêche-t-elle pas dans le désert? Les défis que les dirigeants africains, notamment le nouveau président en exercice de l’UA, le Burundais Evariste Ndayishimiye, se fixent sont énormes. Ils ne sont certainement pas insurmontables, mais méritent plus que de constituer de simples résolutions inscrites dans un communiqué final.
Comment s’opposer à la prise de pouvoir par les armes, alors que des chefs de l’Etat, notamment les généraux, le Gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema et le Guinéen, Mamadi Doumbouya, pour ne citer qu’eux, présents à Addis-Abeba, à l’occasion de cette rencontre, ont pris la clé du palais présidentiel par effraction, avant de se faire une virginité par les urnes? Que fait-on des contre-exemples démocratiques au Tchad, en Guinée Bissau et à Madagascar? Comment empêcher les coups d’Etat militaires en laissant prospérer ceux institutionnels qui ont frappé récemment la Côte d’Ivoire et le Cameroun, avec le quatrième quinquennat consécutif de l’Ivoirien Alassane Ouattara et le huitième septennat du Camerounais, l’inoxydable Paul Biya? Ces cas, loin d’être isolés s’étendent malheureusement à plusieurs autres pays où les mandats à vie ont déjà été consommés ou en vue.
Comment faire taire les armes, au Soudan, sans véritablement appeler un chat un chat, et sans mettre en place les mécanismes idoines et un calendrier bien établi, pour mettre fin à la soif inextinguible et meurtrière pour le pouvoir, des généraux Abdel Fattah al-Burhan de l’armée régulière et Mohamed Hamdan Dagalo alias «Hemedti» des paramilitaires des Forces de soutiens rapides, tout en condamnant nommément leurs soutiens extérieurs? Comment faire ramener la paix dans l’est de la République démocratique du Congo, sans situer les responsabilités des présidents congolais, Félix Tshisékédi, et rwandais Paul Kagamé, au lieu de se contenter simplement d’évoquer le respect de l’Accord de Washington? Comment combattre le terrorisme dans le Sahel, avec de plus en plus son extension dans les pays du Golfe de Guinée, sans décliner un processus clair d’intervention musclée d’une armée supra-nationale et appuyée par un renseignement affiné, dans les zones infestées et la mise en place de programmes de développement inclusifs au profit des populations de toutes les régions des pays concernés?
Rien que des mots contre les maux, est-on tenté de dire, en demandant à ceux qui nous dirigent de faire un peu plus dans l’action. Le diagnostic du mal africain est connu et disponible depuis des lustres! Seul manque à l’appel le traitement de choc adéquat, faute surtout à l’incurie des dirigeants qui s’accrochent encore à des intérêts individuels et égoïstes, jetant royalement aux orties, les vrais remèdes pour l’émancipation et le développement du continent. Ce sont «les enquêtes» suivies de «recommandations fermes» mais jamais exécutées, qui meublent les fins de sommets de l’Union Africaine. Et comme un rituel immuable, les mêmes enquêtes et les mêmes recommandations sont sorties des tiroirs, dépoussiérées et prêtes pour emploi, pour le sommet suivant! En somme, c’est le mythe de Sisyphe de la légende grecque ou «En attendant Godot» du dramaturge irlandais Samuel Beckett à l’africaine!
Faut-il s’en réjouir, le 39e sommet de l’UA a enfin reconnu la colonisation comme «crime contre l’humanité» et entrant dans la brèche, le Ghanéen John Dramani Mahama a fait l’annonce tonitruante de porter à l’Assemblée générale des Nations Unies, la traite des esclaves africains comme le pire crime contre l’humanité. Deux affaires importante pour le continent mais qui apportent peu ou prou à l’amélioration du quotidien difficile des Africains.
Ainsi va l’Union Africaine dont les dirigeants ne sont, pour la plupart du temps, d’accord que sur leurs…désaccords!
Par Wakat Séra

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Le choix de l’image est de guinafnews. L’image est propriété de la Présidence de la RDC
