Urgent-Burkina : chronique d’une chute programmée et inéluctable
Le Burkina du capitaine, Neron des tropiques, Ibrahim Traoré, respire un air de fin de règne dont les signes avant-coureurs se multiplient et suscitent de nombreuses frayeurs.
”Un incident de tir” , est la version servie par des autorités désemparées pour expliquer le récent revers essuyé par la junte au pouvoir qui n’en est pas à son premier coup de semonce. 2 blessés et des dégâts matériels importants est le bilan avancé après ” l’incident ” survenu dans la cour de la télévision nationale, à quelques encablures du palais présidentiel.
Depuis ce mercredi 12 juin, Ouagadougou bruit de rumeurs folles, grouille d’informations alarmantes suite à un tir d’obus qui a terminé sa course dans la cour de la télévision d’Etat. Accident de parcours ou tentative de coup d’Etat ? Manifestation violente d’une crise interne au MPSR ? Dernier baroud d’honneur pour le capitaine Ibrahim Traoré, jeté sur le chemin de l’exil au Togo ou au Niger ?
Moults spéculations à propos de la situation incertaine et des plus confuses qui pollue l’atmosphère au pays des hommes intègres.
48h après les événements sans précédent qui ébranlent son régime et laissent penser que ses jours sont comptés, le capitaine Ibrahim Traoré, a fait diversion, une fois de plus, en se faisant voir à l’occasion de la journée de don de sang organisée le 14 juin de chaque année. Il a donné à cette occasion son sang pour l’exemple. Une apparition publique qui laisse perplexe et alimente de sérieux doutes.
Pour une grande partie de l’opinion, l’image diffusée n’est pas récente. Personne ne peut en faire la démonstration de l’authenticité. C’est l’omerta total, au sommet de l’Etat. Aucune autorité ne pipe mot. Même les sources habituelles qu’on entend chaque fois qu’il y a un sujet polémique se sont resignées à un silence suspect.
Le 16 juin, jour de la fête de tabaski, Ibrahim Traoré, aurait communié avec ses compatriotes musulmans pendant la prière sur le terrain Dabo Boukary, à l’université de Ouagadougou. Là aussi, les images diffusées par un canal inhabituel intriguent. Pourquoi, la télévision nationale qui, d’habitude, couvre prioritairement, les activités officielles du chef de la junte est aux abonnés absents ?
En revanche, la RTB a fait passer dans son journal télévisé le commandant Oumarou Yabré, directeur général de l’agence nationale de renseignements, ANR, présent à la prière Sunnite de Ouaga 2000. Il n’en fallait pas davantage pour semer le doute dans l’esprit d’une majorité de Burkinabè.
Selon les informations de votre serviteur, de sources autorisées et concordantes, le capitaine Ibrahim Traoré est bel et bien présent à Ouaga. Il a pris part à l’office religieux à l’université de la ville, accompagné d’une garde légère composée d’hommes en tenue civile.
A voir les images, il y a un contraste saisissant : le putschiste ne semble pas serein , mais le dispositif de protection autour de lui est si peu impressionnant qu’on le croirait en territoire conquis.
En tout état de cause, il y a péril en la demeure. Le capitaine Ibrahim Traoré est connu pour sa propension à parader dans les rues et à plastronner devant les caméras dans ses numéros de cirque. S’il avait le contrôle de la situation ou n’avait rien à craindre pour lui, il ne se serait pas privé en une aussi belle occasion de s’offrir un bain de foule notamment au rond-point des nations-unies où se déroulent les messes populaires de ses partisans. Il aurait pris la parole pour encore itérer ses diatribes contre la France, crier au complot permanent et à la manipulation de son opinion publique par les ennemis du peuple et leurs affidés Burkinabè.
Bref, le capitaine Ibrahim Traoré aurait fait feu de tous bois pour redorer le blason de son régime et se refaire une santé politique personnelle à un moment de grandes incertitudes. Il n’en a rien été. Où est le bât blesse ?
En l’absence de communication officielle et d’informations fiables, l’on se perd en conjectures. En attendant d’y voir clair, il y a des signaux alarmants et funestes. L’économie du pays est un champ de ruines. Le pouvoir d’achat des populations se réduit comme peau de chagrin. La pauvreté bat son plein et touche tout le pays. Pendant ce temps, IB, sa famille et ses acolytes font main basse sur les maigres ressources du Burkina, sans vergogne.
On assiste à une détérioration dramatique de la situation sécuritaire, malgré toutes les fausses assurances données et la propagande mensongère à propos de l’arsenal acquis et des prétendues victoires accumulées sur le terrain. Et, comme un malheur n’arrive pas seul, le JNIM a lancé une offensive meurtrière et sanglante sur Mansila et a réussi à prendre le contrôle total de la base que l’armée y avait implantée.
Selon un message audiovisuel du groupe terroriste, 107 soldats ont été tués, une grande quantité d’armes et de munitions saisie aussi.
Cette énième attaque a été sans doute celle qui a mis le feu aux poudres d’autant que le capitaine Ibrahim Traoré ne se montre jamais ému par les massacres répétés de ses soldats. Aucun message de sympathie , ni aucun geste de compassion pour les hommes qui tombent au front comme des mouches. Ce qui lui importe, c’est de se maintenir au pouvoir, quoi qu’il arrive. Tant pis, si des vies sont perdues, les militaires déployés sur les différents fronts sont décimés.
Cette désinvolture, cette cruauté assumée, en plus du pillage à ciel ouvert des deniers publics et d’autres actes cyniques, ont fini par révolter, créer des dissensions à tous les niveaux de l’instance dirigeante et de l’appareil sécuritaire. Conséquence : IB est contesté, affaibli, isolé et plus vulnérable que jamais. Même s’il demeure encore et peut-être pas pour longtemps Président de la transition, il n’a plus toutes les cartes en main. Les hommes forts du régime se regardent en chiens de faïence. Le premier d’entre eux qui degainera avant les autres dans la lutte des clans larvée engagée sera le nouveau maître du pays.
Le mandat de cinq ans escompté par le fantasque et excentrique capitaine après ses premiers mois de pouvoir risque d’être écourté avec tous les fronts ouverts. En tout cas, il commence mal et pourrait finir dans la tragédie comme pour toutes les dictatures sourdes et aveugles.
