Versailles ne doit pas servir Dakar
Il est des signatures qui ne s’appartiennent plus car elles constituent désormais le patrimoine inaliénable d’un espace de liberté partagé. Madiambal Diagne est de celles-là. Un nom de plume devenu le visage de l’Union de la Presse Francophone (UPF). Et, par la force du destin, la cible d’une traque qui refuse de dire son nom.
C’est ainsi que, sous le ciel tourmenté de la Teranga actuelle, celui qui fut l’observateur intransigeant des successions républicaines se voit désormais mué en proie par un Exécutif dont la mémoire semble s’arrêter aux portes de son propre avènement.
Pourtant, au-delà des clameurs partisanes, qu’on ne s’y trompe pas ! Diagne n’est ni un citoyen apatride. Ni un pyromane de l’opinion. Mais un éditorialiste dont la plume, tranchante comme une épée de Damoclès sur la tête des prédateurs des deniers publics, demeure un instrument au service exclusif de l’intérêt général.
En exerçant ce sacerdoce qui consiste à ôter les masques et à égratigner les certitudes des puissants, il fait de sa voix une marque déposée de la démocratie que l’on ne saurait embastiller au gré d’humeurs passagères. Et c’est précisément au confluent de ces idéaux que la France, terre d’accueil de l’UNESCO, de l’OIF et de l’UPF, entre en scène comme gîte protecteur face au guêpier des règlements de comptes politiques. Car protéger Diagne, c’est aussi paradoxalement préserver le prestige du Sénégal contre ses propres dérives. Puisque l’heure n’est plus à l’examen de la personne mais à la défense d’un principe sacré qui est celui du droit d’asile.
Dès lors, ouvrir la moindre brèche vers une extradition pour délit d’opinion reviendrait à instaurer un précédent funeste, une jurisprudence de la honte qui fragiliserait irrémédiablement le droit de tout réfugié et de tout journaliste à être protégé contre les prédateurs de la liberté et leurs suppôts de tout poil.
Aussi, à l’heure où les vents de l’histoire tournent et où les pressions s’intensifient, la jurisprudence de la conscience commande une fermeté sans faille. Versailles doit rester droit dans ses bottes, car la patrie des Droits de l’Homme ne peut se muer en bras armé d’une vindicte lointaine sans se renier elle-même.
Céder à l’extradition de la pensée, ce serait en effet envoyer un signal de détresse aux veilleurs de nuit qui, de Conakry à Kinshasa en passant par Rabat, Hanoi et Montréal, n’ont pour seule arme qu’une écritoire. Parce qu’elle est l’ultime rempart, la France se doit d’assumer son rôle de sanctuaire juridique inaliénable pour garantir l’immunité des voix dissidentes face aux dérives arbitraires des pouvoirs politiques.
En dernier ressort, le refus de livrer Diagne constitue une obligation morale et légale pour préserver l’intégrité du droit d’asile et protéger l’indépendance de la presse francophone contre tout précédent liberticide. J’ai dit.
Par Alpha Abdoulaye Diallo in Le Populaire du lundi 16 mars 2026

