Visas pour les États-Unis: 75 pays visés par un gel inédit, dont 26 en Afrique
Les États-Unis vont suspendre la délivrance de visas d’immigration permanente pour les ressortissants de 75 pays, dont 26 États africains, à compter du 21 janvier 2026. Cette décision de l’administration Trump s’inscrit dans un durcissement assumé de la politique migratoire américaine. Pour Washington, il est question de revoir en profondeur ces procédures. La mesure, présentée comme temporaire, suscite de vives inquiétudes sur le continent africain.
Le gel annoncé concerne les visas d’immigration, dits “longs”, ceux qui permettent de s’installer durablement aux États-Unis, dans le cadre du regroupement familial ou de l’accès à l’emploi. Les visas de courte durée, de type tourisme, affaires ou encore études, ne sont pas concernés, selon les précisions du Département d’État des États-Unis.
“Le traitement des visas d’immigrants provenant de ces 75 pays sera suspendu pendant que le département d’État réévalue les procédures d’immigration”, a déclaré Tommy Pigott, porte-parole du Département d’État. Pour l’administration Trump, l’objectif affiché est d’empêcher l’entrée de ressortissants susceptibles de bénéficier des prestations sociales américaines.
Cette suspension permettrait donc aux autorités de revoir en profondeur tout le processus d’attribution des titres de séjour permanents, afin d’en réduire le nombre.
L’Afrique particulièrement visée
Sur les 75 pays visés, il y a 26 États africains, parmi lesquels figurent l’Algérie, le Maroc, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Nigeria, la République démocratique du Congo ou encore l’Égypte. Au total, ce sont près de trois quarts des États africains qui sont désormais soumis à des restrictions partielles ou totales de visas depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, en janvier 2025.
Dans cette liste on retrouve des types de pays différents :
- États en conflit ou aux relations tendues avec Washington (Somalie, Érythrée),
- partenaires stratégiques des États-Unis (Maroc, Égypte, Côte d’Ivoire),
- pays riches en ressources minières (RDC, Guinée, Rwanda).
Selon France 24, les procédures administratives ne sont pas totalement interrompues. Les demandeurs issus de ces pays peuvent continuer à déposer leurs dossiers, à se rendre à leurs rendez-vous consulaires. Toutefois, aucun visa d’immigration ne sera délivré pendant la durée de ce gel. Les visas déjà accordés ne seront pas annulés.
Les 75 pays visés, par continent :
Afrique : Algérie, Cameroun, Cap-Vert, Côte d’Ivoire, République démocratique du Congo, Congo-Brazzaville, Égypte, Érythrée, Éthiopie, Gambie, Ghana, Guinée, Libéria, Libye, Maroc, Nigeria, Rwanda, Sénégal, Sierra Leone, Somalie, Soudan, Soudan du Sud, Tanzanie, Togo, Tunisie, Ouganda.
Asie : Afghanistan, Arménie, Azerbaïdjan, Bangladesh, Bhoutan, Birmanie, Cambodge, Géorgie, Iran, Irak, Jordanie, Kazakhstan, Kirghizistan, Koweït, Laos, Liban, Mongolie, Népal, Pakistan, Syrie, Thaïlande, Ouzbékistan, Yémen.
- Amériques : Belize, Brésil, Colombie, Guatemala, Nicaragua, Uruguay.
Caraïbes : Antigua-et-Barbuda, Bahamas, Barbade, Cuba, Dominique, Grenade, Haïti, Jamaïque, Saint-Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines.
Europe : Albanie, Biélorussie, Bosnie, Kosovo, Macédoine, Moldavie, Monténégro, Russie.
Océanie : Fidji.
Les binationaux utilisant un passeport d’un pays non inscrit sur cette liste échappent à la mesure, à condition que leur document soit valide au moins six mois.
La durée du gel n’a pas été précisée par l’administration. Le Département d’État indique seulement qu’il restera en vigueur tant que les États-Unis ne seront pas en mesure de garantir que les nouveaux arrivants ne “puisent pas dans les richesses du peuple américain”, selon RFI.
Des procédures en cours maintenues, mais sans visa délivré
La Croix parle également de 25 pays déjà soumis ou non à des restrictions de visas dont les ressortissants devront eux, verser une caution (visa bond) allant de 5 000 à 15 000 dollars (4300 à 13000 €), remboursables lorsqu’ils quitteront les Etats-Unis. Dans cette liste figure plusieurs pays africains, dont l’Algérie, la République de Centrafrique, la Mauritanie ou encore le Sénégal.
L’administration Trump a lancé un réexamen complet de l’Immigration and Nationality Act, le texte de loi encadrant l’immigration légale aux États-Unis.
La Croix évoque un document interne qui demande désormais aux consulats de prendre en compte certains critères élargis : ressources financières, âge, état de santé, maîtrise de l’anglais, ou encore besoin médicaux. Sur son site officiel, le Département d’Etat affirme vouloir s’assurer que les immigrants venants de pays “à haut risque” ne deviennent pas “un poids pour la société américaine”.
Cette mesure s’inscrit dans une politique plus large de durcissement annoncée de longue date par Donald Trump. Fin novembre 2025, il déclarait déjà vouloir “suspendre définitivement l’immigration en provenance de tous les pays du tiers-monde”, estimant que le système américain devait “se rétablir complètement”.
Selon RFI, le Département d’Etat a déclaré le 12 janvier dernier avoir déjà révoqué plus de 100 000 visas depuis le retour de Donald Trump au pouvoir. Le ministère de la Sécurité intérieure avait aussi annoncé le chiffre de plus de 605 000 expulsions recensées en décembre 2025, et celui de 2,5 millions de départs volontaires.
Ce nouveau volet dans la politique migratoire américaine vise également à exercer une pression supplémentaire sur les pays d’origine afin qu’ils acceptent plus facilement le retour de leurs ressortissants en situation irrégulière aux États-Unis.
Pour de nombreux pays africains concernés, ce gel des visas d’immigration marque un nouveau coup dur pour les mobilités familiales, professionnelles et étudiantes vers les États-Unis, dans un contexte international déjà marqué par un resserrement généralisé des politiques migratoires.

