Washington et Conakry scellent un accord stratégique sur les minerais critiques, sur fond de rivalité sino-américaine
Les États-Unis et la Guinée ont franchi une nouvelle étape dans leur coopération minière. En marge de la réunion ministérielle sur les minéraux critiques organisée à Washington, le secrétaire d’État Marco Rubio a reçu la délégation guinéenne conduite par le ministre des Mines, Bouna Sylla. Les deux parties ont officiellement signé un protocole d’accord (MoU) visant à renforcer la collaboration autour des chaînes d’approvisionnement en minerais stratégiques.
Avec cet accord, la Guinée devient le troisième pays africain à conclure un partenariat de ce type avec Washington, un signal fort dans un contexte de compétition mondiale accrue pour le contrôle des ressources indispensables à la transition énergétique et aux technologies de pointe.
Un partenariat stratégique au cœur de la rivalité géopolitique mondiale

Pour les États-Unis, l’enjeu dépasse largement le cadre bilatéral. Les minerais critiques — bauxite, alumine, fer, graphite, lithium — sont devenus des leviers de puissance dans la rivalité stratégique qui oppose Washington à Pékin. Or, la Guinée détient les plus grandes réserves mondiales de bauxite et attire depuis plus d’une décennie des investissements massifs de groupes chinois, notamment dans les infrastructures minières et portuaires.
Depuis l’arrivée de la junte au pouvoir en septembre 2021, Pékin a consolidé sa position en se présentant comme un partenaire stable, non intrusif et prêt à financer des projets structurants. Les entreprises chinoises contrôlent aujourd’hui une part significative de la production et de l’exportation de bauxite guinéenne, un élément clé dans la fabrication de l’aluminium.
Face à cette présence dominante, Washington cherche à rééquilibrer le rapport de force. Le protocole d’accord signé à Washington s’inscrit dans une stratégie plus large visant à sécuriser des chaînes d’approvisionnement alternatives, moins dépendantes de la Chine, et à renforcer la résilience industrielle américaine.
La Guinée, un pivot africain dans la bataille des minerais ?
Pour Conakry, ce rapprochement avec les États-Unis intervient à un moment charnière. La transition politique en cours, les pressions internationales sur le calendrier électoral et les besoins de financement pour les infrastructures minières placent le pays au centre de multiples intérêts.
Le gouvernement guinéen cherche à diversifier ses partenariats afin de réduire sa dépendance à un seul acteur et d’obtenir de meilleures conditions économiques. L’accord avec Washington offre une opportunité de repositionnement stratégique, tout en envoyant un signal à ses partenaires traditionnels.
Selon les déclarations officielles, les États-Unis saluent « la collaboration et l’engagement de la Guinée, pays partageant les mêmes idées », pour bâtir des chaînes d’approvisionnement « sûres et résilientes » capables de générer une croissance mutuellement bénéfique, de soutenir l’innovation technologique et de renforcer la sécurité nationale.
Un MoU aux implications économiques et politiques majeures
Si le protocole d’accord ne constitue pas un engagement financier immédiat, il ouvre la voie à plusieurs axes de coopération : Développement de projets miniers et industriels répondant aux standards internationaux. Le Renforcement de la transparence et de la gouvernance dans le secteur extractif, un appui technique et technologique pour la transformation locale des minerais et la possibles investissements américains dans les infrastructures logistiques et énergétiques.
Pour Washington, il s’agit également de promouvoir un modèle de partenariat fondé sur la transparence, la durabilité et la réduction des risques géopolitiques. Une manière de se démarquer de l’approche chinoise, souvent critiquée pour son opacité et sa dépendance financière.
Une bataille d’influence appelée à s’intensifier
La signature de ce MoU intervient alors que la compétition sino-américaine en Afrique s’intensifie. Pékin reste le premier investisseur dans les infrastructures minières guinéennes, mais Washington multiplie les initiatives pour renforcer sa présence sur le continent, notamment dans les secteurs stratégiques liés à la transition énergétique.
La Guinée, riche en ressources mais confrontée à des défis politiques et économiques, se retrouve ainsi au cœur d’un jeu d’équilibre délicat. En diversifiant ses partenariats, elle espère maximiser les retombées économiques tout en évitant de devenir un terrain d’affrontement direct entre grandes puissances.
L’accord signé à Washington marque une étape importante dans la redéfinition des alliances autour des minerais critiques en Afrique de l’Ouest. Pour les États-Unis, c’est un mouvement stratégique visant à réduire leur dépendance à la Chine. Pour la Guinée, c’est une opportunité de renforcer sa marge de manœuvre diplomatique et d’attirer de nouveaux investissements.
Source: https://koumamedia.com/
