Crise au Mali : Dakar combine diplomatie et vigilance militaire
Alors que le Mali s’enfonce dans une crise sécuritaire sans précédent, avec des attaques jihadistes coordonnées et un embargo décrété sur Bamako par le JNIM, le Sénégal a affiché vendredi à l’Assemblée nationale une posture de vigilance assumée, combinant diplomatie discrète et renforcement militaire à l’est du pays.
Le gouvernement sénégalais a levé partiellement le voile sur sa stratégie face à la dégradation sécuritaire au Mali, lors des questions d’actualité au gouvernement tenues vendredi 22 mai à l’Assemblée nationale en présence du Premier ministre Ousmane Sonko. Deux ministres ont pris la parole : le ministre de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères, Cheikh Niang, et le ministre des Forces armées, le général Birame Diop.
La séance intervient dans un contexte particulièrement tendu. Le 25 avril dernier, le Mali a subi une série d’attaques coordonnées contre plusieurs villes, menées conjointement par des combattants jihadistes et des rebelles du Front de libération de l’Azawad (FLA). Dans la foulée, le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (JNIM), par la voix de son porte-parole Bina Diarra, a annoncé un embargo sur Bamako et plusieurs axes routiers menant à la capitale malienne. Des dizaines de camions-citernes ont été détruits, dont certains en provenance du Sénégal. Face à cette menace directe sur leurs membres, l’Union des routiers du Sénégal (URS) a indiqué à APA avoir demandé à ses membres de suspendre tout déplacement sur ces axes « tant que le blocus n’est pas levé ».
« La stabilité du Mali est une condition essentielle pour notre survie »
Face aux députés, Cheikh Niang a posé d’emblée le cadre géopolitique dans lequel Dakar inscrit sa lecture de la crise. « Le Sénégal considère que son espace vital est conditionné par la stabilité de trois pays qui nous entourent : le Mali, la Gambie et la Guinée-Bissau », a-t-il déclaré, qualifiant la situation malienne de défi « politique, sécuritaire et humanitaire » à l’échelle de toute la sous-région.
Le chef de la diplomatie sénégalaise a défendu une ligne de conduite fondée sur le dialogue discret avec Bamako, écartant toute posture de rupture.
« Dans la diplomatie, on ne livre pas tout en public », a-t-il précisé, avant d’indiquer que Dakar « mène tout le temps des contacts avec le gouvernement malien pour voir ce que le Sénégal peut apporter discrètement ». Un plaidoyer est également conduit auprès des partenaires internationaux pour qu’ils « n’abandonnent pas le Mali, quelle que soit la situation ».
Cheikh Niang a par ailleurs annoncé que le Sénégal s’apprête à présider la Commission de la Cédéao, avec de « fortes chances » d’assurer également la présidence en exercice de l’organisation sous-régionale dans l’année à venir. « Cette présence à double titre permettra de jouer un rôle beaucoup plus fort pour mobiliser le soutien de la communauté internationale et aider le Mali à sortir de cette crise », a-t-il affirmé.
Renforcement militaire à l’est, coopération frontalière avec Bamako
Le général Birame Diop a pour sa part détaillé le volet militaire de la réponse sénégalaise, reconnaissant des « menaces extrêmement pesantes » sur le flanc oriental du pays. « Le Sénégal a pris toutes les dispositions nécessaires pour avoir une bonne présence dans la partie orientale de notre territoire », a-t-il affirmé, évoquant des infrastructures d’accueil, des capacités opérationnelles renforcées et un déploiement « graduel » tenant compte des réalités du terrain.
Le ministre des Forces armées a insisté sur deux piliers complémentaires : l’implication des populations locales, « principales concernées » et « souvent au courant de tout ce qui se passe » ; et la coopération avec des partenaires internationaux dont il n’a pas voulu préciser les noms, mais qui « ont un intérêt à ce que le Sénégal reste en paix » et apportent « expérience et capacités ».
Sur la frontière commune avec le Mali, le général Diop a rejeté toute logique de gestion unilatérale. « La frontière avec le Mali, nous la partageons. Nous ne pouvons pas nous en occuper seuls », a-t-il dit, soulignant que les deux commissions mixtes de gestion des frontières se rencontrent régulièrement et ont mis en place un mécanisme de partage du renseignement. « Si vous n’avez pas le bon renseignement, fiable, sécurisé, au bon moment, vous ne pouvez pas faire grand-chose », a-t-il averti.
AC/Sf/APA

