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L’armée utilisée pour faire le sale boulot, le peuple continue à assurer sa part du contrat…

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Nous sommes massivement sortis dans les rues de Conakry pour dire au Général De Gaule que nous ne voulions plus être colonisés. Nous étions très nombreux dans les rues ce jour, nous avions rempli toutes les rues de la ville. Nous n’étions alors que des guinéens.

De Gaule avait compris notre message et ne s’y opposa point, même si le discours après sentait la mise en garde. L’armée n’avait pas tiré ce jour. Tout s’était bien déroulé, la marche fut pacifique, homogène et épique. Nous avions ce jour osé dire non à la puissante métropole mais pas une seule balle ne retentit à Conakry. Les larmes étaient de joie. Les chants étaient d’espoir. Le chœur était guinéen tout court.

La Guinée fière et jeune venait d’assumer son auto détermination. Elle avait désormais une armée qui a pour rôle la défense de l’intégrité du territoire, la protection des citoyens et leurs biens. C’est en substance ce qu’elle reçut comme mission. Pour la mener à bien, elle est logée, habillée, nourrie, soignée et mérite le respect de tous les citoyens. Toute personne qui s’y engage ne mérite donc que respect et reconnaissance. Le pacte est scellé entre les forces de défense et de sécurité et le peuple.

Le peuple continue à assurer sa part du contrat tout en ne s’écartant pas de sa mission première, celle de la défense de sa liberté, de sa dignité et de son intégrité. Malgré les sérieuses difficultés auxquelles il fut confronté pendant son héroïque parcours, il n’a point quitté sa trajectoire. La parole donnée est sacrée dans toutes les composantes de la société guinéenne. C’est l’une des grandes valeurs partagées par tous. Il savait bien que construire un Etat, une nation est une tâche longue et ardue alors il s’assuma, se sacrifia tout en n’ayant en ligne de mire qu’un seul objectif : la sauvegarde de son honneur et de sa dignité.
Il s’est débarrassé de la domination et de toute forme d’oppression étrangère et le réitéra vaillamment en 1970 en ne laissant pas la jeune armée faire toute seule face à l’ennemi. La victoire était ainsi assurée. La construction de la jeune nation se poursuit, non sans défis, mais le temps ne s’arrêta pas pour autant. La jeune armée ne tardera pas, peut-être par nécessité de se trouver un autre ennemi. On ne peut exister sans en avoir un. Cet ennemi n’est autre, cette fois-ci, que le peuple, son géniteur et bienfaiteur !

Alors débute une incroyable succession de faits aussi insolites que déconcertants. Seul le bon Dieu connait avec exactitude le nombre de victimes de cette armée contre son propre peuple. Faire une liste mérite de longues recherches et surement un travail d’historien convaincu ou de sociologue avisé. Les hauts faits du passé historique laissèrent place à la chasse aux ennemis, aux déportations, aux arrestations arbitraires et exécutions sommaires. C’est en substance ce que les historiens retiennent des décennies de la première gouvernance de la jeune Guinée. L’armée a été utilisée pour faire le sale boulot.

Il aura fallu la disparition du premier président en 1984 pour que notre jeune armée resurgisse pour faire peau neuve. Le comité militaire du redressement national s’empare du pouvoir, suspend les institutions et promet un changement. L’idylle ne durera pas puisque c’est en 1990 que le peuple entamera sa lutte pour le multipartisme. L’armée sera utilisée pendant les 24 ans de règne du Colonel devenu général. Le point culminant fut atteint lors des évènements de 2007 pendant lesquels 150 guinéens sont tombé sous les balles, selon les Nations Unies.
La même armée refait surface après la disparition du général. Certains n’avaient pas hésité alors de dire que le pouvoir était dans la rue et que des militaires proches de conté s’en saisirent. L’aboutissement fut le massacre du 28 Septembre, qualifié de crimes contre l’humanité par certains organismes de défense des droits humains. Les victimes, leurs plus proches et le peuple en entier continuent d’attendre de comprendre ce qui s’était véritablement passé ce jour au désormais mythique stade du 28 Septembre, devenu un véritable symbole historique.

De 2010 à 2021, le régime dit civil a utilisé la même armée pour mater son opposition. Les victimes sont innombrables. Le pic fut atteint lors de la lutte contre un troisième mandant anti constitutionnel. Le coup d’Etat du 05 Septembre 2021 mi-fin à ce régime. L’espoir qui avait naquit alors commence à s’estomper, des guinéens et plusieurs observateurs s’inquiètent déjà et mettent en question les véritables motivations de la junte au pouvoir. Les récents évènements de Conakry qui ont fait 5 morts viennent conforter ces allégations. Des élections locales, législatives et présidentielles sont attendues à la fin d’un processus dont les tenants et les aboutissants restent à déterminer.

Le peuple ne se désengage toujours pas du contrat qui le lie à ses forces armées. Il continue à loger, nourrir soigner et habiller son armée et cela de la sueur de son front. L’armée pensera-t-elle aux clauses du contrat cette fois-ci ?

Chef, je suis fatigué !

Boubacar DIENG

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