Contre La sansure

Mali: La CEDEAO, verse dans la compromission pour sauver la face

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La communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest, ci- nommée CEDEAO, qui n’est plus audible, a cessé d’être crédible, au lieu de prendre le recul et le temps qu’il faut pour récoler les morceaux, dans l’optique d’une cure de jouvence indispensable à elle, persiste dans ses déclarations incongrues et prises de position ridicules.

Bola Tinubu, fraîchement élu Président de la République fédérale du Nigeria, dans un contexte de saignée démocratique avec une série noire de coups d’Etat intempestifs, avait promis terre et ciel, de restaurer l’autorité et l’influence bafouées de la CEDEAO dont il venait de prendre la Présidence.

Dans son euphorie, Il a prétendu ne plus vouloir, de ” chien qui aboierait mais ne mordrait pas”, pour ainsi dire, d’une CEDEAO, sans pouvoirs de décision ni moyens de dissuasion. Le ton, d’apparence sincère, avait plu à des peuples menacés par la suprématie militaire et à des dirigeants, tous vulnérables aux coups d’Etat. Surtout, les putschistes avaient tremblé de tout leur corps et se préparaient au pire dans la peur et l’anxiété.

Enfin, quelqu’un qui va être un rempart sûr pour des démocraties en danger et un verrou infranchissable pour les candidats potentiels à la déstabilisation des Etats. Hélas, les actes escomptés n’ont pas suivi une parole ferme et farouche. Le Niger aura été le tombeau de la CEDEAO qui y a laissé son âme, en renonçant à la dernière minute et sans crier gare, à l’intervention militaire annoncée sur tous les toits pour déloger une junte sauvage et mal née.

L’acte considéré comme une capitulation, est aujourd’hui encore un trophée que brandissent les putschistes pour convaincre de leur puissance, voire de leur supériorité devant l’organisation sous-régionnale, bien moquée par eux. A l’inverse, si la CEDEAO, avait remporté la bataille décisive de Niamey, elle aurait pu gagner la guerre et de nouveaux galons contre les auteurs des coups d’Etat. Elle a joué et elle a perdu et manqué aussi l’occasion de retrouver son lustre d’antan, son pragmatisme d’avant qui en avait fait une institution crainte et respectée.

Depuis, l’affaire nigérienne, auprès des Etats surtout des peuples du monde, la CEDEAO est morte et enterrée. Elle-même, continue d’écrire son épitaphe, en faisant maintenant une cour assidue et effrénée à une bande de criminels après leur avoir opposé ses principes et ses valeurs, depuis, rangés dans les tiroirs, les oubliettes. En échange de quoi?

D’un désaveu cinglant de ses dirigeants et d’une dissidence ouverte des Etats courtisés qui ont décidé de faire cavaliers seuls. Devenue l’ombre d’elle-même, ayant perdu totalement la main, n’étant plus un épouvantail contre personne, la CEDEAO continue de courir derrière des ombres, convaincue de pouvoir les rattraper.

Ce n’est plus seulement ces Etats dissidents qu’elle s’aliène, maintenant, ce sont les citoyens des pays membres qui n’ont plus confiance en elle, ne parient pas un copec sur son avenir. Chaque peuple sait qu’il devra compter sur lui-même. La CEDEAO ne peut plus rien apporter et pour survivre, se détourne, délibérément, des problèmes et de ses principes sacro-saints pour se donner, mains liées et pieds joints, à des bandits en col blanc ou des putschistes malfaisants.

Le coup d’Etat du Niger qualifié de trop par tous, parce que perpétré dans un pays qui était un îlot de stabilité et de prospérité dans une région dans l’impasse démocratique et l’abîme sécuritaire, passé comme lettre à la poste, à cause des atermoiements et de l’ambivalence de dirigeants qui ne voient pas plus loin que leurs intérêts immédiats et mesquins, a mis fin quasi- définitivement, au mythe de la CEDEAO et de ses dirigeants, veules et opportunistes devant l’éternel.

Le dernier communiqué, croquignoles que, de la CEDEAO, daté du 5 août 2024, sur la situation du Mali qui n’en espère plus rien, n’en attend rien, pour exprimer, soit-disant, sa sympathie, sa compassion et sa solidarité avec cet État moribond et voyou, allié à une escouade de mercenaires russes contre ses propres populations qui usent de leur droit légitime de défense avec succès et triomphe, est pathétique. La CEDEAO, se fait-elle entendre quand l’Armée malienne et ses supplétifs criminels de Wagner, massacrent des innocents Maliens et étrangers, africains ou non? Aurait-elle, l’indignation sélective?

Encore de vains mots, des contorsions lamentables, pour ménager la chèvre et le chou, dénoncer au lieu d’agir, s’accommoder plutôt que de rendre justice et défendre l’ordre et la loi …?

De toutes les façons, il y a longtemps que la CEDEAO ne parle plus que pour elle-même et prêche dans le désert.

Elle a fait son malheur, en soufflant le chaud et le froid, il lui revient aussi de se réhabiliter, en étant du bon côté de l’histoire et auprès des peuples opprimés que de continuer à caresser dans le sens du poil des dirigeants qui foulent au pied ses principes, contestent sa légitimité, défient son autorité. A quand le sursaut de conscience et d’orgueil ?

Samir Moussa

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