Non, la foi ne se décrète pas ! Droit de réponse à Sayon Mara
Lorsqu’un juriste se fait le porte-voix d’une dérive autoritaire en prétendant la justifier par le droit, il est du devoir des esprits libres de remettre les pendules à l’heure. Dans un texte publié hier (*), Sayon Mara tente de légitimer l’arrestation de citoyens pour avoir célébré l’Aïd el-Fitr à une date différente de celle imposée par les autorités religieuses.
Derrière une rhétorique faussement juridique, il s’emploie à brouiller les principes fondamentaux de la laïcité et de la liberté de culte, pour mieux en inverser le sens. À l’écouter, la laïcité ne serait plus un principe de séparation entre l’État et les religions, mais une chape de plomb imposant une orthodoxie décrétée par l’administration.
Ce texte se veut une réponse sans concession à cette entreprise de mystification.
Une arrestation arbitraire sous couvert d’ordre public
Peut-on légitimement priver un citoyen de sa liberté pour avoir pratiqué son culte différemment ? C’est pourtant ce qui s’est produit à Kourémalé, où des fidèles ont été arrêtés pour avoir osé célébrer l’Aïd el-Fitr un jour plus tard que le calendrier imposé par l’État. Sayon Mara justifie cette répression par la nécessité de maintenir la cohésion religieuse et d’éviter l’« anarchie ». Une rhétorique qui ne trompe personne : derrière l’argument de l’harmonie sociale se cache en réalité une intolérance institutionnelle.

Loin de représenter une menace pour l’ordre public, ces citoyens n’ont exercé rien d’autre qu’un droit fondamental : celui de pratiquer leur religion selon leur propre conviction. À quand l’arrestation des chrétiens qui célèbrent Pâques selon des calendriers différents ? À quand l’interdiction des écoles coraniques qui enseignent une exégèse divergente de l’Islam officiel ? L’État se voudrait-il gardien du dogme religieux, au point de criminaliser toute divergence ?
Non, Monsieur Mara, le rôle d’un État démocratique n’est pas de dicter la foi à ses citoyens, encore moins de les emprisonner pour avoir suivi leur conscience.
Une laïcité dévoyée pour justifier l’ingérence de l’État dans le religieux
L’argument le plus malhonnête du texte de Sayon Mara réside dans son invocation de la laïcité pour justifier l’arrestation des fidèles de Kourémalé. Dans une pirouette sémantique aussi audacieuse qu’erronée, il affirme que la séparation entre l’État et les religions donnerait à ce dernier le droit de réglementer et d’imposer des pratiques cultuelles uniformisées.
Or, la laïcité authentique repose sur un principe simple : l’État ne reconnaît ni ne favorise aucune religion, et n’intervient pas dans la gestion du dogme religieux. Il garantit la liberté de croyance et de pratique, sans s’immiscer dans les débats théologiques. En quoi l’État guinéen est-il légitime pour décréter la date « correcte » de l’Aïd el-Fitr ? Cette ingérence ne constitue-t-elle pas une violation flagrante du principe même de neutralité étatique ?
Sous couvert de préserver l’unité religieuse, Sayon Mara défend en réalité un système où l’État impose une orthodoxie, reléguant toute divergence au rang de « déviation ». Une logique qui n’a rien de laïque, mais tout d’un dirigisme idéologique digne des régimes théocratiques.
Une instrumentalisation du Secrétariat Général des Affaires Religieuses
Sayon Mara se réfugie ensuite derrière les attributions du Secrétariat Général des Affaires Religieuses (SGAR) pour légitimer l’ingérence de l’État dans les pratiques cultuelles. Selon lui, cette institution aurait pour mission de « réglementer, contrôler et superviser les activités religieuses », justifiant ainsi l’imposition d’une date unique pour la célébration de l’Aïd.
Mais une question cruciale demeure : réglementer l’organisation de la pratique religieuse signifie-t-il en dicter le contenu doctrinal ? Superviser la construction de mosquées ou organiser les pèlerinages ne donne aucunement à l’État le droit d’imposer une ligne dogmatique unique.
En réalité, cette interprétation abusive des prérogatives du SGAR révèle une volonté latente de caporaliser le religieux sous le joug de l’administration. Or, dans toute démocratie véritable, l’État encadre l’exercice du culte sans jamais prétendre définir la foi. Ce que défend Sayon Mara, c’est un système où les croyants ne seraient plus libres de pratiquer leur religion selon leur conscience, mais soumis aux injonctions bureaucratiques d’une administration devenue clergé d’État.
L’amalgame dangereux entre divergence religieuse et terrorisme
L’argument le plus grotesque du texte de Sayon Mara réside dans son assimilation fallacieuse entre désaccord religieux et menace sécuritaire. Selon lui, permettre à des citoyens de célébrer l’Aïd à des dates différentes ouvrirait la voie à l’« extrémisme religieux » et, par extension, au terrorisme.
Cette rhétorique relève d’un opportunisme intellectuel des plus détestables : instrumentaliser la lutte contre le radicalisme pour justifier une répression injustifiée. Depuis quand un simple désaccord sur le calendrier lunaire mène-t-il à la violence ? Depuis quand un État se doit-il d’intervenir pour imposer une unanimité religieuse sous prétexte de préserver la paix sociale ?
L’histoire nous enseigne que l’intolérance institutionnelle est un terreau bien plus fertile pour le radicalisme que la diversité des pratiques cultuelles. Car en criminalisant les divergences, en muselant toute expression religieuse non conforme aux diktats officiels, l’État ne fait qu’alimenter la frustration et l’injustice, véritables carburants de l’extrémisme.
Si Sayon Mara était soucieux de lutter contre la radicalisation, il dénoncerait plutôt les inégalités, les injustices et les atteintes aux libertés fondamentales, au lieu de légitimer des arrestations arbitraires sous couvert d’ordre public.
Conclusion : un choix entre liberté et autoritarisme
La laïcité n’est pas une camisole de force imposée aux croyants, et la liberté de culte ne se négocie pas sous prétexte de préserver l’ordre. Ce que Sayon Mara présente comme une nécessité d’harmonie religieuse n’est rien d’autre qu’une tentative de museler la foi sous l’autorité d’une bureaucratie administrative. Or, la foi ne se décrète pas. Elle s’exerce librement, sans que l’État ne vienne imposer son diktat sous peine de répression.
Nous sommes donc face à un choix fondamental : accepter une société où la pratique religieuse devient un instrument de contrôle étatique, ou défendre le droit inaliénable de chacun à croire et pratiquer selon sa conscience.
À ceux qui voudraient déguiser l’autoritarisme en réglementation, rappelons une chose : dans une démocratie digne de ce nom, la liberté ne se mendie pas. Elle s’impose comme un droit inaliénable.
