Contre La sansure

Doumbouya sourit. Pas pour la photo, non. Pour lui.

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Dans sa tête, il pense :
« Celui-là, Amara, il croit que je ne vois pas son jeu d’ambitieux poli.
Il veut l’armée, le pouvoir, la présidence.
Mais il oublie que c’est moi qui tiens la gâchette.
Je le salue aujourd’hui. Je le déshabillerai demain. »

En face, Amara serre la main ferme, regard souple.
Mais dans sa tête, c’est l’orage :
« Tu as trahi tous les autres pour arriver ici.
Pourquoi pas moi ?
Je t’ai écrit des discours de chef, j’ai vendu ton image.
Et maintenant tu me traites comme un figurant ?
Mon tour viendra. Tu tomberas. Par la plume ou par la lame. »

Derrière, Balla Samoura fixe la scène.
Bras croisés, regard de sphinx.
Il ne parle pas. Il compte.
« Le petit là se prend pour un César.
L’autre pour un scribe éclairé.
Mais moi, j’ai les hommes. Les vrais.
Les blindés. Les postes-clés.
Quand la poudrière explosera, je ramasserai les miettes du pouvoir. »

Et puis BIS. Bangoura Ibrahima Sory.
Béret rouge, lunettes d’ombre et silence équivoque.
Il observe comme un vautour philosophe.
« Ces enfants jouent aux généraux.
Moi, j’ai traversé plus de régimes qu’eux n’ont lu de livres.
J’attends. Je les vois s’entretuer à mots couverts.
Le dernier debout devra négocier avec moi.
Ou disparaître comme les autres. »

Ainsi va la junte :
Une table de poker où chaque sourire cache une menace.
Une alliance de crocodiles.
Une hiérarchie sans loyauté, ni foi, ni avenir.
Le pouvoir ne s’y partage pas,
Il s’y dévore.

Et ce jour-là, sous les flashs,
Le peuple était encore absent.
Comme toujours.

Alpha Issagha Diallo

Humoriste involontaire de la République en treillis,
Témoin lucide de la farce militaire
Chroniqueur de l’absurde guinéen

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