Contre La sansure

République en spectacle : le blogueur, le président, et l’échec du protocole

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Chaque année, la fête de la Tabaski nous offre l’occasion de célébrer l’essence même
de notre identité collective. C’est un moment d’unité, de retrouvailles et de valorisation
de nos traditions les plus authentiques. À travers la Mamaya de Kankan, le Kania Soli
de Kindia ou encore le Donkin Leppi de Labé, la culture guinéenne rayonne, portée par
la ferveur populaire et un sens profond de l’appartenance.

Mais cette année, un fait singulier a détourné les regards de la fête pour projeter l’État dans une posture de confusion symbolique. À Kankan, alors que le Président de la Transition, le Général Mamadi Doumbouya, fils du terroir et héros de la Mamaya, esquissait quelques pas au rythme du doundoumba, un blogueur controversé s’est approché du Chef de l’État avec une désinvolture déroutante. Main posée sur l’épaulette présidentielle, murmures à l’oreille, familiarité excessive.

Donkiin Leppi à Dalaba (Image le lelynx.net)

 

L’image a fait le tour des réseaux, choquant certains, interrogeant tous. Car dans une République qui se respecte, on ne touche pas au symbole du pouvoir avec autant de légèreté.

Cette scène n’aurait jamais due se produire. Elle n’est pas anodine. Elle révèle une faillite grave du  protocole, une rupture de la barrière entre l’institution et la rue, entre le sacré de la fonction et la banalité du spectacle.

Il ne s’agit pas ici d’attaquer un blogueur, aussi tapageur soit-il. Ni d’humilier un président, aussi spontané soit-il. Il s’agit de poser une question fondamentale : qui protège l’image de l’État ? Qui définit la ligne entre proximité populaire et effondrement du décorum républicain ?

Ce n’est ni au président ni au blogueur de répondre. C’est au protocole présidentiel, aux  conseillers, aux gardiens de l’institution. Et à ce niveau, l’échec est total. Car la Présidence n’est pas un espace  d’improvisation, encore moins un lieu de  validation des influenceurs. Elle est le cœur de la souveraineté, le miroir de notre crédibilité nationale. L’instant viral entre le président et ce blogueur aura peut-être  diverti les foules, mais il a surtout exposé au monde une faiblesse structurelle dans la gestion de notre représentation étatique.

Il faut le dire clairement : la République n’est pas un spectacle, et ceux qui l’entourent doivent cesser de la traiter comme une scène TikTok.

À l’heure où les défis politiques, économiques et sociaux se multiplient, nous ne pouvons plus nous permettre ces glissements protocolaires qui fragilisent l’autorité de l’État. Un président qui danse, c’est une belle image. Un président qu’un blogueur touche comme un copain de quartier, c’est un malaise.

KANIA SOLI L'INTEGRAL DU JOUR DE SOLI 2024

Et ce malaise est le symptôme d’un encadrement défaillant. Car même au milieu des chants et des tambours, il faut savoir garder le sens du sacré. Même dans la joie populaire, la République doit se tenir droite.

Il est temps de rétablir l’ordre, la rigueur et le respect autour des institutions. Non pas pour créer de la distance avec le peuple, mais pour rétablir la crédibilité de l’État. Parce qu’en vérité, ce n’est pas le blogueur qui a fauté. Ce n’est pas le président qui a glissé.  Ce sont ceux qui, par incompétence ou négligence, ont laissé la République devenir un décor de spectacle. Car si la République peut danser, elle ne doit jamais vaciller.

A bon entendeur salut ! D’ici-là, merci de contribuer au débat.

Par Elhadj Aziz Bah

Entrepreneur, auteur et expert en transformation stratégique
Caroline Du Nord, USA

Note de l’auteur : Acceptons la pluralité d’idées. Pas d’injures, et rien que d’arguments.

À propos de l’auteur

Elhadj Aziz Bah est un stratège en transformation organisationnelle et un expert reconnu en gouvernance et leadership adaptatif. Formé à la prestigieuse MIT Sloan School of Management, où il a obtenu un Executive MBA, il a bâti une carrière internationale dans la finance, l’assurance et la santé avant de se consacrer à l’accompagnement des institutions publiques et privées.

Spécialiste de l’agilité stratégique et de la performance des systèmes complexes, il intervient comme expert consultant auprès de gouvernements, d’ONG et de multinationales engagées dans la refonte de leurs modèles de gouvernance et de développement.

Il est également l’auteur du livre à succès « 8 clés pour la croissance personnelle et l’épanouissement », un ouvrage de référence qui allie introspection, discipline et vision pour accompagner les leaders et les citoyens dans leur cheminement personnel et professionnel.

Entrepreneur, analyste engagé et fervent défenseur de la rigueur institutionnelle, Elhadj Aziz Bah mobilise son expertise pour faire avancer les débats publics avec exigence, lucidité et ambition.

Note de la redaction : l’image de la Une est tirée de visionguinee.info

 

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