Violenté puis arrêté par des hommes armés, la famille du jeune Ibrahima Sory Diallo exprime des inquiétudes
Déclenchées le 27 juillet, les manifestations du Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC) se sont poursuivies les 28 et 29 juillet 2022 à Conakry et dans certaines villes de la Guinée profonde.
Le FNDC, une plateforme de la Société civile guinéenne, appuyé par l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG) le principal parti politique de l’opposition guinéenne, a organisé une manifestation pour dénoncer la gestion unilatérale de la transition et exiger le retour rapide à l’ordre constitutionnel.
Des affrontements ont éclaté tôt le matin entre jeunes manifestants et forces de l’ordre d’une part et manifestants et contre-manifestants dans plusieurs quartiers notamment sur l’axe Hamdallaye-Bambéto-Cosa-Sonfonia.
Les heurts ont continué toute la journée et dans certains quartiers chauds de la capitale, les manifestants ont pris le dessus sur les forces de l’ordre qui ont perdu un de leurs véhicules. De son côté le FNDC, s’est félicité en parlant de la paralysie de la capitale durant toute la journée, il déplore néanmoins 33 manifestants blessés et une quarantaine d’interpellations, selon son propre bilan.
Interrogé par des journalistes, le colonel Balla Samoura, a indiqué que la situation est restée sous contrôle, sans fournir de bilan. « On vient de constater qu’effectivement les organisateurs de cette marche interdite n’ont pas respecté les injonctions du parquet général, ce constat on le fait désormais ensemble qu’il est effectif. Ce que je peux dire pour l’instant c’est que les forces de l’ordre tiennent les lieux et la situation est effectivement sous contrôle », a déclaré le Haut Commandant de la gendarmerie nationale.
Selon un communiqué des autorités, cinq personnes ont perdu la vie et plusieurs personnes arrêtées dont Ibrahima Sory Diallo, membre de la section motard de l’UFDG, le parti de Cellou Dalein Diallo.
Alors que la famille du jeune activiste politique reste sans nouvelle de lui depuis son arrestation, l’inquiétude grandit.
Pendant ce temps, des poursuites judiciaires ont été lancées à l’encontre de Oumar Sylla alias Foniké Menguè, Ibrahima Diallo, Saikou Yaya Barry et plusieurs autres militants pro-démocratie pour manifestation illicite, destruction d’édifice public et privé, provocation à un attroupement, coups et blessures volontaires, entrave à la liberté de circulation et complicité, suivies de leur arrestation. Ils sont actuellement écroués à la prison civile de Conakry.
Pour en savoir plus sur le sort du jeune activiste politique, Ibrahima Sory Diallo, notre rédaction s’est rendue dans sa famille.
Son grand frère Alpha Oumar Diallo se dit inquiet et interpelle les autorités : « Nous sommes vraiment inquiets. Mon petit frère a été violenté et arrêté par des hommes armés lors de la manifestation. Depuis le jour de la manifestation, nous n’avons pas de nouvelle de lui. Selon des témoins, il avait été arrêté et violenté ce jour là par des gendarmes avant d’être conduit à une destination inconnue. Cette situation nous inquiète beaucoup parce que son seul tort est de répondre à l’appel de la manifestation du FNDC. Nous lançons un appel aux autorités militaires et aux défenseurs des droits de l’homme afin qu’on puisse retrouver notre frère sain et sauf. », a-t-il lancé.

Fort de sa capacité de mobilisation, le FNDC compte poursuivre les manifestations pour faire plier le pouvoir de Conakry, malgré des pertes en vies humaines et des arrestations :
« Nous sommes déterminés à jamais pour montrer à l’opinion nationale et à l’opinion internationale qu’il y a une crise interne en Guinée. Pourquoi pas accepter de dialoguer avec les forces vives, un cadre de dialogue permanent, c’est-à-dire pérenne qui appelle à toutes les sensibilités sociales et politiques, c’est çà qu’on lui demande pour qu’on ait une lisibilité sur la transition. Il ne peut pas nous confisquer nos droits, on est libre, on est des guinéens, personne n’a le titre foncier de la Guinée », a déclaré Sékou Koundouno Responsable de la Stratégie et planification du FNDC.
En réaction aux violences policières survenues lors des manifestations les 28 et 29 juillet à Conakry causant au moins cinq morts et des blessés par balle, Fabien Offner, chercheur au bureau d’Amnistie internationale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre International, a déclaré :
« Les autorités guinéennes doivent mettre fin au recours excessif à la force en réponse aux manifestations de grande ampleur dont celles qui ont eu lieu le jeudi 28 et vendredi 29 juillet débouchant sur la mort de cinq personnes, a déclaré Amnistie internationale aujourd’hui. L’organisation demande la libération immédiate et inconditionnelle des personnes arrêtées arbitrairement et l’abandon des poursuites lancées à leur encontre. », a –t-il déclaré.
« Selon des témoignages recueillis et documentés par Amnistie internationale, les forces de l’ordre ont tiré à balles réelles sur les manifestants alors qu’ils protestaient dans les rues de Conakry. Amnistie internationale rappelle que sous le droit international l’usage de la force lors du maintien de l’ordre doit être strictement nécessaire et proportionnel, et que l’utilisation des armes à feu est interdite sauf en cas de danger imminent de mort ou blessure grave. », regrette ce défenseur des droits de l’homme.
« Les autorités doivent également conduire des enquêtes efficaces, indépendantes et impartiales concernant les cas présumés de personnes tuées ou blessées par balle, et au terme de ces enquêtes poursuivre et juger les personnes suspectées à travers des procès équitables devant des tribunaux compétents, indépendants et impartiaux. », recommande Amnesty International.
En attendant d’en savoir plus sur le sort d’Ibrahima Sory Diallo, l’inquiétude grandit dans la famille du jeune activiste, alors que les responsables du FNDC ont été arrêtés et écroués dans une prison de Conakry.
Affaire à suivre…..
Souleymane Camara
