UNE CONSTITUTION ÉCRITE NON POUR LE PEUPLE, MAIS CONTRE LUI
En Guinée, ce qui se joue aujourd’hui dépasse une simple réforme institutionnelle. Le projet de Constitution porté par le général Mamadi Doumbouya est une manœuvre politique claire : légaliser une confiscation du pouvoir par un texte prétendument démocratique. Il ne s’agit pas de refonder la République, mais d’asseoir durablement un régime issu d’un coup d’État.
Cinq ans de transition sans élections, suivis de deux mandats de sept ans chacun. Le calcul est simple, arithmétique : dix-neuf ans de pouvoir pour un homme arrivé par les armes et non par les urnes. Ce n’est plus une transition, c’est une installation durable, un verrouillage silencieux.
Prévue pour être soumise à référendum le 21 septembre 2025, la nouvelle Loi fondamentale entend barrer la route à toute prise de pouvoir par des moyens anticonstitutionnels. L’article 195 stipule que toute déclaration visant à suspendre, invalider la Constitution ou dissoudre les institutions en dehors des mécanismes légaux est nulle et de nul effet. Les auteurs de tels actes s’exposeront à des poursuites pénales. Une disposition présentée comme un rempart contre les putschs dans un pays marqué par une instabilité politique récurrente.
Mais les putschs sont-ils pour autant définitivement écartés ?
Comment croire à une disposition censée interdire les coups d’ Etat lorsqu’elle émane elle même d’un pouvoir issu d’un putsch ? Cette prétendue ligne rouge constitutionnelle sonne comme une farce politique : elle ne condamne pas les coups d’État passés, elle les consacre.
Les défenseurs de ce texte brandissent des innovations institutionnelles, vantent la clarté juridique ou l’organisation des pouvoirs. Mais le fond du projet trahit une intention politique limpide : neutraliser les contre pouvoirs et éviter toute obligation de rendre compte.
Deux exemples suffisent à illustrer cette dérive.
D’abord, l’absence de toute clause interdisant explicitement la candidature du général Doumbouya à la prochaine présidentielle. Où est l’honneur de la parole donnée ? Où est la cohérence avec les engagements initiaux de neutralité pris devant le peuple et la communauté internationale ?
Ensuite, la déclaration de patrimoine du président, jadis publique, devient désormais confidentielle. C’est une régression grave pour la transparence, un blanc-seing offert à la corruption et à l’enrichissement illicite. Un chef de l’Etat ne peut exiger la confiance des citoyens tout en dissimulant ses avoirs.
Ce texte ne protège pas la démocratie : il la contourne. Il ne construit pas l’alternance : il la neutralise. Il ne respecte pas la souveraineté populaire : il l’instrumentalise pour servir un agenda personnel.
La Guinée mérite mieux qu’un simulacre de réforme. Elle mérite une Constitution qui garantisse l’équilibre des pouvoirs, la justice indépendante, la transparence du pouvoir exécutif et l’inviolabilité de la volonté populaire.
Et surtout, elle mérite la vérité. Car prétendre interdire les coups d’État à travers une Constitution écrite et portée par les auteurs mêmes d’un putsch, c’est pousser l’hypocrisie jusqu’à l’absurde.
Ce texte n’est pas un contrat social. C’est un pacte de conservation du pouvoir, imposé sous l’apparence du consensus. Il ne promet pas la démocratie, il installe un autoritarisme légal.
Le référendum qui arrive sera bien plus qu’un vote sur un document juridique. Ce sera un choix entre la résignation et la résistance, entre la soumission maquillée en stabilité et la lutte pour une République juste, équitable et vraiment représentative.
Dire NON, ce n’est pas rejeter la Constitution. C’est refuser une imposture. C’est affirmer que la Guinée n’appartient à aucun homme providentiel, mais à ses citoyens.
L’histoire regarde. Le peuple aussi.

