Contre La sansure

Lettre ouverte au Général Mamadi Doumbouya et aux membres du Gouvernement

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À Son Excellence Monsieur le Président de la République, le Général Mamadi Doumbouya, et aux Membres du Gouvernement

Le peuple guinéen vous interpelle aujourd’hui avec le plus grand sens de responsabilité et l’esprit de patriotisme qui nous unit. Au nom des familles endeuillées de Manéah, des victimes des inondations récurrentes, et de tous ceux qui attendent encore que la République leur tende la main dans leurs moments les plus sombres, nous sollicitons une décision historique : création d’une ligne d’appel d’urgence unifiée gratuite, accessible 24h/24, 7j/7.

Cette ligne unique unifiera police, gendarmerie, sapeurs-pompiers, services médicaux et protection civile. Un numéro simple à retenir qui pourrait sauver des milliers de vies guinéennes.

L’importance vitale d’un système d’urgence unifié pour la Guinée

Dans notre société guinéenne, où la solidarité communautaire constitue un pilier traditionnel, l’État doit assumer pleinement son rôle protecteur. Les exemples internationaux parlent d’eux-mêmes : le 112 en Europe traite plus de 1,5 million d’appels quotidiennement et représente 62% de l’ensemble des appels d’urgence dans l’Union européenne. Le 911 en Amérique du Nord sauve quotidiennement des vies grâce à leur simplicité et leur efficacité.

Pour notre pays, cette ligne d’urgence unifiée représenterait quatre avantages cruciaux :

1- Un gain de temps vital

Dans les urgences médicales, chaque minute compte littéralement. En cas d’arrêt cardiaque, le taux de survie baisse de 10% chaque minute après les 4 premières minutes. Les données médicales sont implacables.

Délai de 1-3 minutes : 40-60% de survie

Délai de 4-6 minutes : 35% de survie

Délai de 7-10 minutes : 25% de survie

Au-delà de 10 minutes : moins de 5% de survie

Un AVC, un infarctus, un accident grave nécessitent une intervention rapide. Une lésion cérébrale est probable si l’arrêt cardiaque dure plus de 5 minutes sans Réanimation Cardio-Pulmonaire (RCP). Un numéro unique éviterait la perte de temps précieuse entre différents services. Source : https://www.sfcardio.fr/publication/chapitre-21-item-331-arret-cardiocirculatoire/

2 – Une coordination optimale

Lors des catastrophes naturelles comme les inondations récurrentes ou les glissements de terrain, une centrale unique coordonnerait police, pompiers, services médicaux et protection civile pour une réponse plus efficace. Les données internationales le confirment : les pays disposant d’une couverture importante en matière d’alerte précoce ont une mortalité due aux catastrophes huit fois inférieure à celle des pays disposant d’une couverture limitée.

3 – L’égalité territoriale

Que vous habitiez Conakry, Boké, Kindia, Pita, Kankan, Nzérékoré ou le plus petit village, vous auriez accès au même niveau de protection. Avec 93,21% de couverture réseau nationale au 30 juin 2024, la Guinée dispose de l’infrastructure nécessaire pour déployer
ce système. Fini le temps où seules certaines régions disposent de numéros d’urgence fonctionnels.

4 – La prévention des tragédies

Un système d’alerte précoce intégré pourrait prévenir les populations des risques d’inondation, d’incendie ou d’éboulement, évitant ainsi de nombreux drames. L’alerte et l’action précoces constituent l’une des méthodes les plus éprouvées et les plus rentables pour réduire le nombre de décès et de pertes dus aux catastrophes.

Comment une ligne d’urgence unifiée aurait pu sauver des vies

Le glissement de terrain de Maneah : 19 morts évitables

Le 20 août 2025, le glissement de terrain de Manéah à Coyah a fait 19 morts et 11 blessés d’après les autorités. Cette tragédie était prévisible et évitable. Les systèmes d’urgence performants permettent une “surveillance continue et des alertes précoces” qui auraient pu sauver ces vies.

Les inondations meurtrières :

La saison des pluies en cours laisse un lourd bilan humain et matériel. Selon les dernières évaluations menées par les autorités, les inondations survenues entre le 28 juin et le 5 août 2025 ont causé 38 morts, plus de 200 blessés et des milliers de sinistrés.

Les zones les plus affectées selon les autorités sont : Coyah, Dubréka, Matoto, Lambanyi, Sonfonia, Dixinn, Ratoma, Macenta, Matam et Tombolia, où ces inondations ont submergé habitations, routes et infrastructures publiques.

Un lourd bilan humain.

Les chiffres sont glaçants : 35 131 personnes ont été directement impactées par ces inondations, soit 5 624 ménages affectés. Parmi elles, figurent des groupes vulnérables, notamment 138 femmes enceintes, 594 personnes âgées et 596 femmes allaitantes. Au-delà des 38 décès confirmés, 219 personnes ont été blessées, parfois grièvement, et une personne reste à ce jour portée disparue.

Des dégâts matériels

Ces crues ont provoqué la destruction de 231 maisons, rendant de nombreuses familles sans abri. Au total, 101 ménages ont dû être déplacés. Les installations sanitaires n’ont pas été épargnées, avec 909 latrines endommagées.

Sur le plan des infrastructures publiques, 7 centres de santé et 9 établissements scolaires ont été affectés, tandis que 431 points d’eau ont été endommagés, aggravant la crise humanitaire dans les 48 quartiers concernés. Source : Africaguinee.com

L’incendie d’Ansoumanyah : des secours retardés :

Le tragique incendie survenu dans la nuit du 3 juillet 2024, dans le secteur de la Cimenterie, à Ansoumanyah. Vers 2 heures du matin, un incendie s’est déclaré dans maison, entraînant la perte tragique de dix (10) vies humaines, dont sept femmes et trois hommes. Parmi les victimes, la perte d’une femme enceinte, d’une autre en âge avancé et des enfants, rendant cette tragédie encore plus douloureuse. Source :gouvernement.gov.gn

Ces tragédies révèlent une défaillance systémique documentée : une enquête menée par la rédaction de Guinee360.com le 16 septembre 2024 a révélé que “la majorité des numéros d’urgence en Guinée ne fonctionnent pas”, seuls quatre services étant opérationnels.

La tragédie de Nzérékoré 2024 :

La bousculade du 1er décembre 2024 au stade de Nzérékoré illustre tragiquement cette réalité.

Un numéro d’urgence unifié aurait permis d’alerter immédiatement les forces de l’ordre dès les premiers signes de tension, d’organiser l’évacuation préventive et de déployer les secours médicaux avant la tragédie.

Les recherches internationales sur la gestion de crise démontrent qu’une coordination opérationnelle efficace permet de limiter drastiquement l’impact des violences. En Belgique, le système unifié de gestion de crise repose sur un principe fondamental : “la coordination entre les services communaux et les services de secours se fait via un Comité de Coordination” qui supervise les évacuations, l’ouverture de centres d’accueil et la diffusion de mesures de sécurité.

Les systèmes d’alerte précoce européens démontrent leur efficacité : ils permettent “de réduire l’impact des catastrophes en faisant le lien entre les phases de prévention des risques et d’intervention lors de catastrophes”.

L’hécatombe des mines d’or :

La Croix-Rouge guinéenne a documenté une réalité glaçante : 483 orpailleurs sont morts en 2023 des suites d’éboulements, source : Africaguinee.com

Les éboulements dans les mines tuent plus que toute autre maladie en Guinée”, cette hécatombe révèle l’urgence absolue d’un système de surveillance et d’alerte.

Un numéro unique d’urgence national connecté à des systèmes de surveillance permettrait aux orpailleurs d’alerter immédiatement les secours en cas d’éboulement, augmentant drastiquement les chances de survie des victimes ensevelies.

L’explosion de Kaloum : 20 morts par défaut de coordination

L’explosion du dépôt de carburant de Kaloum le 18 décembre 2023 a fait 23 morts. Source : Guineenews.com

Cette catastrophe industrielle majeure illustre l’importance cruciale d’une coordination d’urgence efficace.

Le massacre du 28 septembre 2009 : une leçon d’histoire

Si la Guinée avait disposé d’une ligne d’urgence nationale unifiée en 2009, les témoins auraient pu alerter instantanément les services médicaux dès les premiers tirs.

Les blessés auraient bénéficié d’une évacuation coordonnée vers les hôpitaux, et les centaines de femmes violées auraient reçu une assistance médicale d’urgence.

La littérature scientifique établit clairement que “l’alerte donnée aux populations et la mobilisation des services d’urgence est prioritaire” car “elle doit être la plus rapide possible pour sauver un maximum de vies”.

La science de la gestion de crise établit clairement que “l’alerte donnée aux populations et la mobilisation des services d’urgence est prioritaire” car “elle doit être la plus rapide possible pour sauver un maximum de vies”.

Le coût de l’inaction :

Les catastrophes ont causé 4 200 milliards de dollars de pertes économiques directes entre 1993 et 2022 au niveau mondial. Pour la Guinée, l’absence d’un système d’urgence efficace représente un coût humain et économique considérable que nous payons chaque
saison des pluies.

Un système réalisable immédiatement

Techniquement, ce système peut être opérationnel en quelques mois grâce à l’infrastructure existante :

Un numéro unique gratuit (par exemple le 124), simple à retenir.

Centralisation vers un centre national de coordination d’urgence.

Protocoles de transmission vers les services compétents.

Couverture nationale via les réseaux téléphoniques existants.

Intégration d’alertes météorologiques automatisées

Infrastructure humaine :

Formation continue d’opérateurs dans toutes les langues nationales (français, Landouma, soussou, malinké, peul, etc.)

Coordination des forces de sécurité, pompiers et agents de santé

Sensibilisation de la population à travers des campagnes régulières

Un financement accessible

L’analyse des fonds de service universel en Afrique montre que 51 des 54 pays africains ont mis en place des mécanismes pour financer l’infrastructure télécoms.

La Guinée, avec sa couverture de 92,39% en téléphonie mobile et ses 3 528 quartiers et districts couverts, dispose des bases nécessaires. Source : agenceecofin.com

Le coût estimé serait dérisoire face aux vies sauvées. Les partenaires internationaux soutiendraient certainement cette initiative structurante, comme le montre l’engagement de l’Union Africaine et des organismes internationaux.

Une décision historique pour la refondation nationale

Excellence Monsieur le Président, vous qui avez pris le pouvoir pour “refonder la nation guinéenne”, cette ligne d’urgence nationale unifiée constituerait l’un de vos plus beaux héritages. Elle affirmerait que chaque Guinéen, riche ou pauvre, urbain ou rural, ne sera jamais abandonné en cas de danger.

Cette mesure s’inscrirait parfaitement dans votre vision de refondation nationale. Elle témoignerait de votre engagement à protéger chaque Guinéen, de Basse-Guinée à la Guinée Forestière. Les mères de famille, les chefs d’entreprise, les étudiants, tous pourraient compter sur la République en cas de détresse.

Un acte fort, une avancée historique

Cette décision ne serait pas une simple réforme administrative. Elle constituerait un acte fort, une avancée historique pour notre pays. En adoptant ce numéro unique d’urgence, nous affirmons deux choses essentielles :

1 – Nous renforçons la sécurité nationale, en donnant à chaque citoyen, où qu’il se trouve, la certitude d’être secouru à temps.

2 – Nous protégeons l’espérance du peuple, celle de savoir que l’État est présent, vigilant et capable de sauver des vies.

L’urgence est réelle

Les chiffres ne mentent pas, la science ne ment pas, l’urgence est réelle. Que l’histoire retienne que sous votre leadership, la Guinée a rejoint le concert des nations modernes qui protègent efficacement leurs citoyens.

Dans le souci constant de préserver l’intérêt supérieur de la République et le bien-être de chaque citoyen guinéen, nous vous soumettons cette suggestion digne de votre haute attention.

Un appel au peuple guinéen

Peuple de Guinée, mobilisons-nous ! Que cet appel soit le début d’une prise de conscience collective. Sur les réseaux sociaux, dans nos quartiers, auprès de nos élus, réclamons cette ligne d’urgence unifiée nationale. Car derrière chaque statistique tragique se cache une famille endeuillée qui aurait pu être sauvée.

Permettez-moi de conclure par cette vérité simple : une ligne gratuite et centralisée n’est pas un luxe, mais une question de vie ou de mort. Une urgence médicale, un incendie, un accident sur la route, une menace sécuritaire, chaque seconde perdue, c’est une vie de plus en danger. À l’inverse, chaque intervention rapide est une vie sauvée, un drame évité, une famille préservée.

Les faits scientifiques sont accablants : chaque jour de retard dans la mise en place d’une ligne d’urgence nationale coûte des vies guinéennes.

Un héritage pour l’histoire

Excellence, prendre cette mesure aujourd’hui, c’est honorer la République, c’est incarner la vision d’un État protecteur et responsable, fidèle à sa mission première : assurer la sécurité et la dignité de tous ses citoyens.

Car au fond, qu’est-ce qui justifie l’existence d’un État, si ce n’est sa capacité à protéger et à secourir ses citoyens dans les moments de détresse ?

Que Dieu préserve la Guinée de nouvelles tragédies, mais que la prévoyance humaine nous prépare à les affronter.

Car comme le disent les sapeurs-pompiers du monde entier : “Mieux vaut prévenir que guérir, mais quand le mal est fait, chaque seconde compte.”

L’histoire retiendra si nous avons su transformer nos larmes en action, nos tragédies en progrès.

Il est désormais plus que jamais nécessaire que chacun de nous, citoyens, autorités, s’engage à faire de la sécurité une priorité absolue. Tirons les leçons de ces tragédies pour construire une Guinée protectrice et prévoyante, où aucune famille ne sera abandonnée dans la détresse. Ensemble, unis, nous pourrons transformer la peine en espoir et la mémoire des disparus en source de progrès pour notre société.

Que Dieu garde et protège la Guinée. Paix aux âmes des disparus, courage et réconfort aux familles éplorées, et que notre nation demeure forte et solidaire face à l’épreuve.

Mohamed Aly Pendessa

Un citoyen guinéen préoccupé par l’avenir de sa nation

Source:https://www.lerevelateur224.com/2025/08/29/lettre-ouverte-au-general-mamadi-doumbouya-et-aux-membres-du-gouvernement/

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