Contre La sansure

LA FABRIQUE OFFICIELLE DES EX-QUELQUE CHOSE

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Bienvenu au Centre de Recyclage National des Convictions Usagées, là Où les mouvements vont se reposer définitivement.

Il faut saluer la cohérence conceptuelle de la GMD. Rarement une formation politique aura autant mérité toutes les définitions qu’on lui prête. Ce n’est pas une simple organisation, mais un véritable phénomène physique. Une loi de gravité, un mécanisme d’absorption lente. Une Grande Machine à Dissoudre qui fonctionne, certes, avec trop de bruit et de flamme, mais avec une redoutable efficacité.

La GMD est d’abord un Générateur de Migrations Décisives. Les trajectoires hésitantes y trouvent un abri, les ambitions fatiguées y trouvent une seconde jeunesse, et les électrons politiques en errance y trouvent une nouvelle orbite. Décisive, oui, mais éfinitive, surtout. Car on y migre souvent sans retour possible. On y entre avec uneidentité et on en ressort avec un badge.

On pourrait aussi l’appeler le Groupe des Métaux Dissous. Tous ces petits blocs qui, hier encore, prétendaient peser dans le débat public, finissent par fondre dans le grand alliage central. On parle d’unité, on célèbre la convergence, en réalité, on assiste à une fusion où les composants perdent leur forme initiale. L’alliage brille peut-être davantage, mais personne ne distingue plus les pièces d’origine.

Certains y voient un Grand Marché des Déserteurs. Le lieu chic où l’on vient troquer ses anciennes convictions contre une respectabilité instantanée. Ici, on ne parle pas de trahison mais d’évolution. On ne quitte pas un navire, on “rejoint une dynamique”. La sémantique est propre, l’opération nette et le transfert est acté.

D’un point de vue administratif, la GMD relève presque de la Gestion Moderne des Défections. Tout est organisé. Accueil souriant, photo de groupe et déclaration solennelle. On transforme les départs ailleurs en arrivées stratégiques ici. On rationalise l’abandon, puis on professionnalise la dilution.

La GMD, c’est aussi une Guilde des Mobilités Désespérées. Ceux qui n’ont plus d’espace autonome viennent chercher une ombre plus large. Ceux qui ne parviennent plus à exister seuls choisissent d’exister ensemble, sous tutelle douce. Ce n’est pas une capitulation, évidemment, c’est un “choix responsable”. La responsabilité a bon dos quand l’indépendance devient risquée.

Pour beaucoup, la GMD fonctionne comme un Garde-Manger des Déçus. Tous ceux qui ont cru à des aventures parallèles, à des réformes flamboyantes, à des mouvements “différents”, finissent par revenir vers la grande table centrale. On ne jette rien, on recycle, réchauffe et après on sert sous un nouveau slogan.

Pour les structures en fin de parcours, la GMD est un Garage des Mouvements Déclassés. On y gare les logos fatigués, les sigles en perte de vitesse, les promesses qui n’ont jamais décollé. On les repeint, on les aligne et on les fond dans le décor. Discrètement.

La GMD est également une Grande Marmite de Dilution. On y verse des identités hétérogènes. On mélange, on remue et on appelle cela la modernité. À la fin, tout a le même goût. Ou plutôt, plus aucun goût distinct. La sauce est épaisse, consensuelle, inoffensive.

C’est une Gouvernance en Mode Disparition. On ne vous combat pas, on vous absorbe. On ne vous humilie pas, on vous intègre. La violence est invisible, elle s’appelle homogénéisation. Ceux qui pensaient peser deviennent accessoires et ceux qui pensaient influencer deviennent figurants.

La GMD fabrique ainsi une Génération des Mandats Dilués. On promet des responsabilités partagées, on distribue des intitulés, on multiplie les coordinations. Et pendant ce temps, le centre reste intact. On peut être membre, cadre ou allié, mais on ne détermine pas la direction.

À force d’absorber, la GMD ressemble à un Grand Musée des Dissolutions. Chaque vitrine expose une ancienne structure fière, aujourd’hui réduite à une mention dans un communiqué d’adhésion. “Ils ont rejoint.” Fin d’une histoire.

C’est aussi un Groupe des Migrants Dépolitisés. Car à force de compromis, on finit par ne plus porter grand-chose. Les lignes s’aplanissent, les discours se ressemblent, les différences deviennent techniques, jamais fondamentales. On ne choque plus, on ne tranche plus, on s’adapte.

Certains parleront de Grande Mystification Durable. Parce que la promesse est toujours la même : “Vous ne serez pas absorbés.” Et l’issue est toujours la même : on ne vous voit plus.

Au final, la GMD s’impose comme une Généralité Mollement Dominée. Large, stable, dominante, mais molle. Elle ne détruit pas ses partenaires, elle les rend flous. Elle ne les écrase pas, elle les englobe. Elle ne les combat pas, elle les neutralise par inclusion.

La cruauté de la GMD ne réside pas dans sa force, car toute force politique cherche à s’étendre. La cruauté réside dans l’illusion entretenue par ceux qui y entrent en proclamant qu’ils vont la transformer de l’intérieur. On ne transforme pas une marmite en devenant ingrédient. On ne dirige pas une machine en devenant rouage. On ne réforme pas une dilution en y ajoutant son propre nom.

La GMD n’est pas un drame, c’est un mécanisme dans lequel beaucoup entrent persuadés d’être indispensables et découvrent, un peu tard, qu’ils étaient simplement solubles.

Alpha Issagha Diallo

Expert en dilution accélérée

Spécialistes des compatibilités molles

 

 

 

 

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