CONGRES ORDINAIRE DU PASTEF : Pari réussi pour Ousmane Sonko
Le congrès du Pastef organisé le week-end écoulé à Diamniadio, en périphérie de Dakar, restera sans doute, comme l’un des moments politiques les plus significatifs de l’après-alternance intervenue en 2024 au Sénégal. En se faisant plébisciter à la tête du parti par une base militante acquise à sa cause, Ousmane Sonko a incontestablement marqué des points dans un contexte de tensions larvées avec le président Bassirou Diomaye Faye.
Fort de cette légitimité militante, dont peu de responsables politiques peuvent se prévaloir, il se retrouve naturellement en pôle position pour porter les couleurs du Pastef à la présidentielle de 2029.
En politique, les victoires les plus éclatantes peuvent annoncer les revers les plus inattendus
Cette victoire sans bavure remportée samedi dernier est, c’est le moins que l’on puisse dire, le fruit d’une stratégie patiemment construite par l’ancien Premier ministre sénégalais et actuel président de l’Assemblée nationale. Contrairement à ce que certains observateurs attendaient, Sonko n’a pas cherché à exclure les cadres du parti ayant rejoint le gouvernement, malgré le refus du Pastef d’y participer en tant qu’organisation politique. Il a également maintenu Diomaye Faye dans son statut de président d’honneur, préservant ainsi les apparences de l’unité tout en consolidant progressivement son propre leadership.
Avec le recul, ses critiques répétées à l’endroit du chef de l’Etat, apparaissent moins comme des sautes d’humeur que comme les éléments d’une séquence politique soigneusement préparée. Son limogeage du poste de Premier ministre lui a offert l’occasion de se présenter comme la victime d’une tentative de marginalisation politique. Dès lors, ce congrès ordinaire, le premier depuis la création du Pastef en 2014, a été perçu par de nombreux analystes, comme une forme de référendum interne sur son leadership et sa légitimité. Le verdict des militants a été sans appel, avec un score et un taux de participation qui rappellent les plébiscites des régimes à parti unique.
Pour autant, ceux qui voient déjà la candidature de 2029 tendre les bras au puissant président du Pastef, gagneraient à faire preuve de prudence. Car, en politique, les victoires les plus éclatantes peuvent annoncer les revers les plus inattendus. Bassirou Diomaye Faye demeure président de la République. A ce titre, il dispose de l’autorité institutionnelle, de la visibilité internationale et des leviers du pouvoir d’Etat. Sans oublier que trois années représentent une éternité en politique, période au cours de laquelle les fidélités les plus solides et les alliances les plus durables peuvent vaciller. Cela étant, la véritable difficulté semble aujourd’hui se situer du côté du chef de l’Etat. Toute confrontation directe avec Sonko paraît périlleuse tant que ce dernier conserve l’adhésion de la base militante et l’influence déterminante qu’il exerce sur le parti. Une dissolution de l’Assemblée nationale, comme certains le suggèrent déjà, constituerait un pari à très haut risque.
L’heure ne devrait être ni à la rupture entre les deux figures de proue du Pastef, ni à la soumission humiliante de l’un à l’autre
De même, une éventuelle alliance avec des forces politiques extérieures au Pastef en vue de préparer la prochaine présidentielle, pourrait alimenter davantage le procès en « trahison » déjà instruit contre lui par les partisans les plus fervents d’Ousmane Sonko. Mais si ce dernier sort incontestablement renforcé de ce congrès, il n’a pas intérêt à humilier Diomaye Faye. Inversement, ce dernier n’a aucun intérêt à l’affronter sur le terrain où il demeure aujourd’hui le plus fort : celui du parti. Toute tentation de transformer une rivalité de leadership en guerre de succession prématurée, risquerait de compromettre leurs trajectoires respectives et d’hypothéquer l’expérience politique qu’ils ont construite ensemble, une expérience qui a suscité tant d’espoirs au Sénégal et au-delà.
L’heure ne devrait donc être ni à la rupture entre les deux figures de proue du Pastef, ni à la soumission humiliante de l’un à l’autre, mais à la recherche d’un modus vivendi susceptible de préserver à la fois leur avenir politique et la cohésion du mouvement qu’ils ont porté ensemble au sommet de l’Etat. Faute de quoi, ce qui apparaît aujourd’hui comme une démonstration de force de Sonko, pourrait demain devenir le point de départ d’une lutte de survie politique pour Diomaye, avec des conséquences potentiellement imprévisibles pour les deux hommes comme pour l’avenir du Pastef.
« Le Pays »

