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L’ONU dévoile une refonte de son action humanitaire mise à rude épreuve

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Les efforts pour rendre l’ONU plus efficace et mieux adaptée à l’avenir avancent grâce à l’initiative ONU80. Vendredi, l’Assemblée générale des Nations Unies a été informée des derniers développements concernant notamment le nouveau Pacte humanitaire et les réformes en matière de formation et de recherche.

Depuis le lancement de l’initiative en mars 2025, des équipes placées sous la direction du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, travaillent sur un large éventail de propositions couvrant les opérations de paix, le développement, les droits de l’homme et l’action humanitaire, ainsi que des domaines transversaux tels que les données, les technologies et les services partagés.

Ces propositions visent notamment à améliorer l’efficacité du Secrétariat de l’ONU, à renforcer l’élaboration, la mise en œuvre et l’examen des mandats (décisions adoptées par les États membres qui orientent l’action de l’ONU) et à explorer des pistes pour renforcer la cohérence et l’efficacité collective de l’action au sein du système des Nations Unies.

La réunion d’information du 27 février a porté sur des propositions visant à rationaliser l’aide humanitaire et sur l’éventuelle fusion de certains organes de formation et de recherche des Nations Unies.

M. Ryder a ouvert la réunion d’information du vendredi matin par un aperçu des progrès de l’initiative ONU80 au cours des douze derniers mois, reconnaissant que la complexité du travail accompli représente un défi pour les États membres. Il a promis de fournir des informations claires et une vision complète du processus dans un prochain rapport.

Guy Ryder, sous-secrétaire général chargé des politiques, s'exprimant lors d'une réunion plénière de l'Assemblée générale des Nations unies au sujet de l'initiative des Nations unies 80.
Guy Ryder, Secrétaire général adjoint à la politique, lors d’une réunion informelle de l’Assemblée générale sur l’initiative ONU80. UN Photo/Manuel Elias

Dupliquer les efforts humanitaires n’est plus viable

Le Coordonnateur des secours d’urgence des Nations Unies, Tom Fletcher, a fait un exposé sur le Nouveau Pacte humanitaire, un processus de réformes des opérations humanitaires de l’ONU, mises à rude épreuve par la multiplication des conflits, l’intensification des catastrophes et les pressions exercées sur le droit international humanitaire.

M. Fletcher était accompagné de plusieurs hauts responsables du système des Nations Unies : Catherine Russell, cheffe du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF); Amy Pope, cheffe de l’Agence des Nations Unies pour les migrations (OIM); Barham Salih, chef de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR); et Matthew Hollingworth, chef adjoint du Programme alimentaire mondial (PAM). Ces responsables ont tous expliqué comment leurs agences renforcent leur coopération et, selon les termes de M. Fletcher, « travaillent comme une seule entité ».

Mme Russell a déclaré qu’un système où les agences humanitaires gèrent des entrepôts, des flottes, des contrats et des réseaux logistiques parallèles n’est plus viable. « Nous faisons un véritable pas vers une cohérence significative », a-t-elle affirmé. « Lorsque les chaînes d’approvisionnement sont intégrées, les enfants reçoivent l’aide plus rapidement. Lorsque les systèmes de nutrition sont harmonisés, moins d’enfants souffrent de malnutrition. Lorsque la diplomatie est coordonnée, l’accès à l’aide s’en trouve amélioré ».

M. Fletcher, qui a salué les efforts des cinq agences humanitaires des Nations Unies pour renforcer leur collaboration, a souligné que, face à l’augmentation des besoins humanitaires plus rapide que les ressources disponibles, la collaboration déjà en place produit des résultats concrets sur le terrain.

« Il est absolument vital que nous réformions », a déclaré le Coordonnateur des secours d’urgence, « car nous sommes conscients de l’impact de notre action. Cette refonte implique de mieux définir nos priorités en matière de sauvetage de vies humaines, d’opérer une réforme radicale de l’efficacité de nos méthodes d’intervention et de défendre nos valeurs et nos principes, qui font l’objet d’attaques constantes ».

Un système de formation et de recherche fragmenté

La formation et la recherche sont des fonctions essentielles du système des Nations Unies, mais le système actuel est fragmenté, avec des fonctions qui se chevauchent, des coûts élevés et des vulnérabilités financières.

Le professeur Tshilidzi Marwala, recteur de l’Université des Nations Unies (UNU), et Michelle Gyles-McDonnough, directrice exécutive de l’Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche (UNITAR), ont présenté des propositions de réforme prévoyant la fusion des organismes de formation et de recherche, ainsi que la mise en place d’un mécanisme de coordination du système des Nations Unies visant une utilisation plus efficiente des ressources.

M. Marwala a également évoqué la possibilité de développer une plateforme d’intelligence artificielle pour lutter contre la désinformation et renforcer les liens entre la recherche et la formation. « Au sein d’une organisation complexe comme l’ONU, l’expertise et l’expérience opérationnelle sont souvent dispersées entre les différentes entités », a-t-il déclaré. « Une telle plateforme permettrait de relier l’expertise opérationnelle et les besoins des États membres aux priorités de recherche, tout en traduisant les résultats de la recherche en outils de formation pratiques ».

Une file de femmes déplacées en vêtements colorés attend une vérification symbolique pour recevoir une aide alimentaire d'urgence du PAM à Sange, en République démocratique du Congo, le 19 décembre 2025.
© PAM/Musa Abema
Des personnes déplacées font la queue pour recevoir l’aide du PAM dans la province du Sud-Kivu, en République démocratique du Congo.

Prochaines étapes

La prochaine mise à jour majeure des travaux de l’initiative ONU80 pour la société civile se tiendra lors d’une réunion publique fin mars. Un événement de haut niveau, conçu en collaboration avec la société civile, est également prévu dans le cadre du Forum politique de haut niveau en juillet.

Le Secrétaire général souhaite démontrer aux chefs d’État et de gouvernement, d’ici la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale (AGNU 81) en septembre, que le système des Nations Unies assume pleinement ses responsabilités et évolue avec une ambition forte.

« L’enjeu », a déclaré M. Ryder, « est de savoir si le système des Nations Unies sera à la hauteur de la situation et tiendra ses engagements pour bâtir une ONU véritablement adaptée aux enjeux et capable de répondre efficacement aux défis actuels et aux incertitudes de demain ».

Les progrès réalisés dans le cadre de l’initiative ONU80 peuvent être suivis grâce à un tableau de bord public, qui offre une vue d’ensemble des actions, des échéanciers et de la mise en œuvre au sein du système.

Le Nouveau Pacte humanitaire

Le Nouveau Pacte humanitaire, qui s’inscrit dans le cadre de l’initiative ONU80, vise à fournir une aide humanitaire plus rapide, plus efficace et plus transparente, et à optimiser l’impact des ressources disponibles.

Ses mesures spécifiques comprennent :

  • Rationalisation de la planification et du compte rendu humanitaires.
  • Intégration des chaînes d’approvisionnement mondiales afin de réduire les doublons.
  • Catalogue commun des services (point d’accès unique permettant aux entités des Nations Unies de consulter les services et les prestataires disponibles).
  • Connexion collaborative des données humanitaires, permettant un échange de données cohérent pour un meilleur ciblage de l’aide.
  • Initiative de diplomatie humanitaire collaborative, réunissant les agences des Nations Unies sous la coordination du Coordonnateur des secours d’urgence afin de réduire les doublons et de renforcer l’impact.
  • Alignement des responsabilités des agences afin de clarifier leurs rôles dans les domaines de la sécurité alimentaire, de la mobilité, des données sur les bénéficiaires, de la santé et de la nutrition.

Réformes de la formation et de la recherche

L’objectif de l’initiative ONU80 est la création de deux piliers dédiés (l’un à la formation et l’autre à la recherche), par le biais des actions suivantes :

  • Fusion de l’École supérieure du système des Nations Unies (UNSSC) avec l’Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche (UNITAR) afin de créer un établissement de formation unique et cohérent au service du personnel et des États membres, tout en préservant les mandats respectifs des deux entités.
  • Intégration de l’Institut de recherche des Nations Unies pour le développement social (UNRISD) à l’Université des Nations Unies (UNU). L’UNRISD deviendrait un nouvel institut de recherche au sein de l’UNU, renforçant ainsi la cohérence des activités de recherche des Nations Unies.
  • Mise en place d’un mécanisme conjoint de coordination du système des Nations Unies, codirigé par le recteur de l’UNU et le directeur exécutif de l’UNITAR. L’objectif est une utilisation plus efficiente des ressources et une meilleure cohérence à l’échelle du système.

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