Afrique : transformer les gisements de fer en essor industriel
Face à la demande mondiale croissante d’acier, les gouvernements africains et les bailleurs de fonds du développement accélèrent leurs plans de conversion des vastes réserves de minerai de fer du continent en acier sidérurgique et en produits dérivés, contribuant ainsi à une croissance industrielle plus large.
Selon les organisateurs de la Semaine minière africaine 2026, la nouvelle vision des dirigeants africains voulant partir des réserves de fer pour impulser le développement industriel, survient alors que le marché mondial du minerai de fer devrait passer de $313 milliards en 2026 à $425 milliards d’ici 2034, sous l’effet des besoins en infrastructures, en industrialisation et en construction.
« Le secteur du minerai de fer du continent, en particulier, offre d’importantes perspectives de croissance. La demande mondiale et les nouvelles campagnes d’exploration constituent des arguments solides en faveur de l’investissement », a déclaré Energy Capital & Power dans un communiqué publié mardi.
« Avec l’augmentation des dépenses d’investissement dans le secteur, l’Afrique a une occasion unique de transformer ses ressources en minerai de fer en catalyseurs d’une croissance économique durable – et les pays répondent déjà à cet appel », ajoute-t-on .
La Société financière africaine (AFC) a identifié le minerai de fer comme une ressource stratégique dans son Recueil des minéraux stratégiques de l’Afrique, soulignant que cette matière première peut soutenir la production manufacturière, les filières sidérurgiques nationales et l’industrialisation régionale. L’AFC estime que l’Afrique recèle environ 8 600 milliards de dollars de richesses minérales inexploitées et affirme que le minerai de fer offre une réelle opportunité de protéger les économies de la volatilité externe grâce au développement de chaînes de valeur locales.
Les gouvernements nationaux emboîtent le pas.
L’Afrique du Sud a placé le minerai de fer au cœur de sa stratégie d’expansion des minéraux critiques, visant un investissement de 2 000 milliards de rands (environ $121 milliards) sur cinq ans.
En février, le président Cyril Ramaphosa a déclaré au Parlement que les réserves de minerai de fer de l’Afrique du Sud étaient évaluées à plus de 40 000 milliards de rands et a promis un financement renouvelé pour la cartographie géologique et l’exploration afin d’attirer les investissements.
La République démocratique du Congo fait également du développement du minerai de fer une priorité dans le cadre de ses efforts pour exploiter ses ressources minérales estimées à 24 000 milliards de dollars.
Le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, a promu la création d’une zone économique spéciale de $28 milliards couvrant l’ensemble du pays pour transformer le minerai de fer en acier, affirmant que les quelque 20 milliards de tonnes de minerai de fer de la RDC pourraient satisfaire les besoins en acier de toute l’Afrique. La Guinée mise sur le projet Simandou, d’une valeur de $20 milliards et constituant le plus grand gisement de minerai de fer inexploité au monde, comme pierre angulaire de sa stratégie Simandou 2040. Cette stratégie vise à diversifier son économie grâce à l’exploitation minière.
Le plan prévoit d’allouer les recettes minières à 122 projets prioritaires dans les domaines des infrastructures, de la santé, de l’éducation et de l’agriculture, afin d’amplifier l’impact positif de l’activité extractive sur le développement.
Les petits producteurs augmentent également leur production
Le Libéria prévoit de tripler sa production de minerai de fer cette année grâce à l’extension de ses capacités et à la mise en service de nouveaux projets d’ArcelorMittal Liberia, Cavalla Resources, Westcrest, Zodiac et d’autres entreprises. Les prévisions gouvernementales tablent sur une production de 25 à 30 millions de tonnes une fois tous les producteurs opérationnels.
Les acteurs du secteur et les décideurs politiques estiment que le contexte actuel offre des opportunités de marché et tire des enseignements des précédents booms extractifs : il est essentiel d’associer le développement des ressources aux infrastructures, aux retombées locales, au développement des compétences et à un financement stratégique pour créer davantage de valeur sur le continent. Cette approche se traduit par des investissements dans les ports, les voies ferrées et les usines de traitement, visant à transformer le minerai brut en acier et matériaux de construction au niveau régional, plutôt que d’exporter uniquement des matières premières.
Des défis subsistent toutefois
D’importants besoins en capitaux, des incertitudes liées à la gouvernance et à la réglementation, les impacts fonciers et communautaires, ainsi que la nécessité d’infrastructures énergétiques et de transport fiables pourraient ralentir les projets ou en augmenter les coûts.
Les observateurs soulignent également l’importance de contrats transparents et de politiques de contenu local pour garantir que les communautés bénéficient du projet et éviter la répétition de cycles d’extraction enclavée.
La dynamique d’industrialisation axée sur le minerai de fer sera mise en lumière lors de la Semaine minière africaine 2026, qui se tiendra au Cap du 14 au 16 octobre. Gouvernements, financiers et entreprises minières y prévoient de nouer des partenariats et de conclure des accords tout au long de la chaîne de valeur du minerai de fer.
Les organisateurs indiquent que l’événement vise à mettre en relation les investisseurs avec des projets prometteurs pour l’augmentation de la production, le développement du traitement en aval et la transformation économique régionale.
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