Guerre en Iran : la fin d’un mythe stratégique ?
L’armée américaine et l’armée israélienne ont décidé d’attaquer l’Iran depuis samedi. Au début, les résultats sont spectaculaires, avec notamment l’assassinat du guide suprême Ali Khamenei. Mais, après plus de dix jours de bombardements, le bilan est plus mitigé. Aujourd’hui, certains estiment que les États-Unis cherchent une porte de sortie pour ne pas s’enliser. Donald Trump a d’ailleurs déclaré que la guerre va bientôt se terminer.
Économiste, Magaye Gaye a dégagé un certain nombre de constats qui lui font dire que « nous assistons peut-être à une recomposition des certitudes militaires au Proche-Orient et, au-delà, dans l’équilibre global des puissances ».
Selon Gaye, les Américains et les Israéliens croyaient partir sur une guerre éclair, ignorant la complexité du terrain. « Plusieurs indices laissent penser que les États-Unis ont sous-estimé à la fois la puissance de feu réelle de Téhéran et la profondeur stratégique de cet État ». La preuve, pense-t-il, la conviction qu’ils avaient qu’il suffisait de décapiter le régime pour faire fondre la structure étatique.
Aujourd’hui, estime Magaye Gaye, les États-Unis semblent vouloir sortir du conflit et il avance des arguments à la fois économiques, politiques, militaires et symboliques.
Sur le plan militaire, Trump et Netanyahou avaient affirmé, à l’issue de la guerre des douze jours, avoir détruit l’essentiel des capacités nucléaires de l’Iran. Pourtant, c’est ce même argument qui est avancé pour attaquer à nouveau Téhéran. Et jusqu’ici, rien ne présage d’un succès des deux alliés. « Malgré l’intensité des opérations militaires, plusieurs observateurs estiment que l’Iran n’a pas encore mobilisé l’ensemble de ses capacités militaires ».
En vérité, soutient l’économiste, les quarante ans de confrontation avec les États-Unis ont préparé l’Iran à mieux résister. « … il est plausible que certaines capacités demeurent encore mal connues ou sous-estimées ». Aujourd’hui, l’Iran se donne même les moyens d’imposer le tempo sur deux questions stratégiques : la sécurité du détroit d’Ormuz et l’équilibre des puissances au Moyen-Orient.
Les conséquences économiques et politiques
C’est là qu’intervient la raison symbolique. Pendant longtemps, Américains et Israéliens se sont forgé une image de surpuissances capables de dicter la marche du Moyen-Orient sans contre-coup. En faisant face à la fois aux deux puissances et à leurs alliés de la région, l’Iran fait fissurer un mythe stratégique : « l’invulnérabilité des systèmes de défense occidentaux et leur capacité à neutraliser rapidement toute puissance régionale ».
Rappelons que les frappes iraniennes ont touché des bases américaines dans la région, le territoire israélien et certaines installations stratégiques de pays voisins alliés des États-Unis.
Sur le plan économique, les conséquences risquent d’être lourdes pour toute l’économie mondiale, avec notamment la montée du prix du pétrole et les incertitudes sur le transport maritime. D’où la dimension politique pour l’administration Trump, qui s’approche des élections de mi-mandat. Magaye Gaye pense que l’inflation « pourrait devenir un facteur déterminant dans l’opinion publique américaine ».
Pour toutes ces raisons, les États-Unis semblent chercher une voie de sortie de cette guerre, surtout que le soulèvement intérieur, tant espéré, n’a pas été au rendez-vous.

