Contre La sansure

Guinée : l’ONU hausse le ton face à la dissolution de 40 partis politiques

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Dans une correspondance adressée au Premier ministre Amadou Oury Bah, le 19 mars 2026, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, exprime ses « graves préoccupations » suite à la dissolution massive de formations politiques majeures. À l’approche des échéances électorales de mai, Genève alerte sur un risque de recul démocratique majeur.

Le ciel politique guinéen s’assombrit à mesure que les élections législatives et communales du 24 mai 2026 approchent. Alors que le pays est censé amorcer un retour à l’ordre constitutionnel, la décision brutale du Ministère de l’Administration du Territoire (MATD) de dissoudre quarante partis politiques — dont les poids lourds que sont l’UFDG, le RPG-Arc-en-Ciel, l’UFR et le PDG-RDA — a fait l’effet d’une déflagration jusqu’aux bureaux des Nations Unies à Genève.

Un calendrier piétiné et une insécurité juridique

Le grief principal soulevé par Volker Türk réside dans l’incohérence flagrante du calendrier administratif. Le MATD avait initialement fixé, par communiqué officiel, une période de grâce allant jusqu’au 25 mai 2026 pour permettre aux partis de se conformer à la nouvelle Loi organique de novembre 2025.

Or, la dissolution a été prononcée dès le 6 mars, soit plus de deux mois avant l’échéance promise. Pour le Haut-Commissaire, ce revirement soulève une question de « sécurité juridique » et de « prévisibilité des normes ». Comment les acteurs politiques peuvent-ils s’organiser si les règles du jeu changent en cours de partie ?

Des sièges sous scellés, une opposition muselée

L’ONU s’alarme non seulement de la perte du statut juridique de ces partis, mais aussi des mesures coercitives immédiates :

.Fermeture et mise sous scellés des sièges et antennes locales.

.Mise sous séquestre des avoirs financiers, désormais gérés par un curateur.

‘’Ces mesures suscitent des préoccupations quant à leurs incidences sur l’exercice effectif des libertés fondamentales, en particulier les libertés d’association, d’expression et de participation à la conduite des affaires publiques’’, souligne la note technique annexée à la lettre.

La « barrière de l’argent » dénoncée

Au-delà des dissolutions, l’ONU pointe du doigt les nouvelles exigences financières imposées par la Direction générale des élections (DGE) le 9 mars dernier. En introduisant des cautions électorales et des plafonds de dépenses, les autorités risquent de transformer la compétition électorale en un club restreint, excluant les formations aux ressources limitées et nuisant au pluralisme politique.

Un appel au respect des engagements internationaux

Rappelant que la Guinée est signataire du Pact international relatif aux droits civils et politiques, Volker Türk exhorte le gouvernement de Amadou Oury Bah à garantir un environnement propice à un débat public ouvert. Pour l’ONU, la crédibilité des scrutins de mai 2026 dépendra de la capacité des autorités à lever les restrictions sur l’espace civique — notamment l’interdiction de manifester en vigueur depuis 2022 — et à assurer l’inclusion de toutes les forces vives de la nation.

Alors que le gouvernement prône une refondation de l’État, cette intervention de Genève sonne comme un avertissement : il ne peut y avoir de transition réussie sans le respect des droits fondamentaux et sans une compétition électorale authentique.

 

Mamadouba CAMARA,

 

Source: https://www.lerevelateur224.com/

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