Le Ghana veut classer la traite négrière comme crime suprême
Le choix du 25 mars n’est pas anodin. Cette date correspond à la Journée internationale de commémoration des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique des esclaves, célébrée chaque année aux Nations unies.
En déposant son texte à cette occasion, le Ghana entend inscrire sa démarche dans une dynamique mémorielle mondiale.
Pour Patrick Mboyo, professeur de droit public à l’Université protestante en République démocratique du Congo, reconnaître officiellement la traite transatlantique négrière comme le plus grave crime contre l’humanité aurait une portée symbolique et politique considérable, d’autant que certains cherchent à établir une hiérarchie entre les crimes contre l’humanité.
« Le génocide n’est pas plus important qu’un crime contre l’humanité, car ces crimes tendent à détruire l’être humain dans son essence même. Il s’agit fondamentalement de refuser à l’autre son humanité. »
« Il faut toutefois préciser un point : au niveau de l’Assemblée générale des Nations unies, les résolutions adoptées ne sont pas contraignantes. Le projet devra d’abord passer par le filtre prévu à l’article 18 de la Charte des Nations unies pour le vote. La question est donc de savoir si le bureau de l’Assemblée générale considérera ce projet de résolution comme une question importante ou pas. »
Convaincre le plus grand nombre d’Etats membres
Le professeur Patrick Mboyo souligne que cette qualification relèverait avant tout d’un acte politique et mémoriel. Mais pour faire adopter la résolution, le Ghana devra bâtir une coalition solide. A l’Assemblée générale, le poids du nombre peut faire la différence.
« Comme un pays africain siège cette année au bureau de l’Assemblée générale des Nations unies, en l’occurrence la République démocratique du Congo, on peut espérer que le projet franchira plus aisément le premier filtre procédural. Mais cela ne suffira pas. Il faudra convaincre le plus grand nombre d’Etats membres pour obtenir la majorité requise. Le président ghanéen John Mahama a déjà pris contact avec les pays membres de la Communauté des Caraïbes, la Caricom, dont une grande partie des populations est issue de la traite transatlantique. »
Mais une autre question revient avec insistance : pourquoi le Ghana prend-il la tête de cette initiative ? Pour l’enseignant-chercheur Oumarou Moussa, professeur d’histoire à l’Université publique de Tahoua, au Niger, le Ghana a été au cœur de cette histoire, à la fois comme espace de capture, de transit, et comme société durablement marquée par cette tragédie.
Le rôle des Africains dans la traite négrière

L’historien rappelle cependant que les Africains eux-mêmes ont aussi joué un rôle dans l’essor de ce commerce.
« Tout au long des côtes africaines, si vous prenez le Dahomey, l’Etat d’Oyo, dans l’actuel Nigeria, ou encore l’Empire ashanti, dans l’actuel Ghana : ces Etats ont en grande partie bâti leur fortune sur le commerce des esclaves. C’est ce qui amène certains à affirmer que, sans la participation d’Etats africains à cette traite, il aurait été très difficile pour les Européens de développer aussi rapidement ce commerce. »
A quelques jours du 25 mars, la diplomatie ghanéenne multiplie donc les consultations. Le ministère ghanéen des Affaires étrangères a affirmé, dimanche (22.03.26), sur les réseaux sociaux, avoir obtenu le soutien du Brésil.
Si la résolution est adoptée, elle marquera une étape symbolique majeure dans la reconnaissance internationale de la traite transatlantique négrière.
Mais au-delà du vote, le débat sur les réparations reste sensible. Le professeur Patrick Mboyo se montre réservé sur la question d’éventuelles compensations financières. Selon lui, aucune somme d’argent ne saurait réparer plus de quatre siècles de souffrance et de déshumanisation.
