Contre La sansure

Badala : Le cri d’alarme de Tidiane Soumah face à une justice défiée

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Je prends la parole aujourd’hui avec gravité, non pas par choix, mais par nécessité. Ce que je vis, ce que je constate, ce que j’endure depuis plusieurs années dépasse désormais ma personne. Je m’exprime en tant que citoyen, en tant qu’acteur économique et culturel, mais aussi en tant que témoin d’une situation qui, si elle n’est pas stoppée, risque de porter un coup profond à la crédibilité de notre État et à la confiance que nous plaçons dans nos institutions.

Depuis près de cinq ans, je me bats. Je me bats dans le respect des lois de mon pays, avec une seule arme : le droit.

Ce combat, je ne l’ai pas mené dans la rue, ni dans la violence, mais devant les juridictions compétentes de la République de Guinée.Et ce combat, je l’ai gagné. Entièrement. Sans ambiguïté.

Du tribunal de première instance de Kaloum à la cour d’appel de Conakry, jusqu’à la décision finale rendue le 15 janvier 2026 par la Cour suprême de Guinée, toutes les juridictions ont statué en ma faveur dans le dossier lié à l’espace Badala.

Je croyais alors, comme tout citoyen respectueux des lois, que lorsque la justice tranche, l’affaire est close. Je croyais que dans un État de droit, une décision de la Cour suprême s’impose à tous, sans exception. Je croyais que la vérité judiciaire avait une valeur, un poids, une autorité.

Mais aujourd’hui, ce que je découvre me plonge dans une incompréhension profonde, et dans une indignation que je ne peux plus taire. À l’heure même où les décisions de justice devraient être exécutées, à l’heure où l’autre occupant illégal de Katala devrait libérer les lieux conformément à la loi, j’apprends, comme beaucoup d’autres, qu’un prétendu nouvel occupant serait en train de se préparer à investir cet espace, à partir du jeudi 26 mars. Et pas de n’importe quelle manière. Cette opération, selon les informations qui me parviennent, se ferait avec le concours de responsables sortants de la Délégation spéciale de Kaloum. Autrement dit, avec l’appui de personnes censées représenter l’autorité administrative, mais qui choisiraient, au contraire, de se placer au-dessus de la loi.

Me Moutaga Kobélé Keïta, Avocat des productions Tidiane World Music

 

Je pose alors une question simple, mais fondamentale : dans quel pays sommes-nous si des décisions rendues par le tribunal de première instance, confirmées par la cour d’appel, et validées par la plus haute juridiction du pays peuvent être ainsi ignorées ? Qui peut se permettre de dire que la justice n’a pas d’importance ? Qui peut décider, en dehors de tout cadre légal, de redistribuer des droits qui ont été clairement établis par les tribunaux ? Ce que je vois aujourd’hui, ce que je dénonce avec force, c’est une tentative manifeste de passage en force.

Une manœuvre que je considère comme illégale, injuste et profondément dangereuse. Dangereuse pour moi, bien sûr, mais surtout dangereuse pour notre pays. Car si nous acceptons qu’une décision de justice puisse être piétinée de cette manière, alors plus aucun citoyen ne sera à l’abri. Plus aucun investisseur ne pourra avoir confiance. Plus aucune règle ne pourra garantir l’équité. Je ne suis pas naïf. Je sais que nous sommes à l’approche des élections communales du 24 mai 2026. Je sais que certaines personnes sont en fin de mandat, et que dans ces moments-là, les tentations peuvent être grandes. Mais rien, absolument rien, ne peut justifier que l’on “bazarise” les lois de la République pour des intérêts personnels.

Rien ne peut justifier que l’on organise, dans la précipitation, des opérations opaques au mépris des décisions judiciaires. Je parle ici de corruption. Je parle de magouille. Je parle d’irresponsabilité. Et j’assume chaque mot. Car ce qui est en train de se passer ne peut être qualifié autrement.

Des cadres que je considère comme de passage, sans légitimité morale pour poser des actes aussi graves, sont en train de créer une situation dont ils ne mesureront peut-être même pas les conséquences.

Face à cela, j’ai pris mes responsabilités. J’ai donné des instructions claires à mon équipe. J’ai dit : ne cédez à aucun ordre qui ne soit conforme à la loi guinéenne. Aucun. Nous avons mené ce combat dans la légalité, nous continuerons à nous défendre dans la légalité. Mais qu’il soit clair que nous ne resterons pas passifs face à une tentative de spoliation organisée. Je tiens également à dire ceci avec la plus grande fermeté : toute action que nous serons amenés à entreprendre dans le cadre de la défense légitime de nos droits, ainsi que toutes les conséquences qui pourraient en découler, seront de la responsabilité de ceux qui auront choisi de s’affranchir de la loi.

On ne peut pas provoquer une situation de tension et ensuite se dédouaner de ses effets. Ce que je vis aujourd’hui est une épreuve. Une épreuve injuste. Une épreuve humiliante. Faire subir cela à un acteur économique et culturel qui œuvre pour créer un espace de loisir et du Tourisme pour la population est, à mes yeux, une honte et un déshonneur.

Mais au-delà de ma personne, c’est un message que l’on envoie à tous ceux qui veulent entreprendre, investir, construire dans ce pays : celui que le droit peut être remis en cause à tout moment. C’est pour cela que je refuse de me taire. C’est pour cela que je prends l’opinion publique à témoin. J’interpelle les autorités de la ville de Conakry, j’interpelle les médias, j’interpelle le monde culturel, ainsi que tous ceux qui, de près ou de loin, se battent contre la corruption. Ce combat n’est pas seulement le mien. Il concerne tous ceux qui croient encore que la justice doit être respectée.

Mais au-dessus de tout, je m’adresse solennellement au chef de l’État, le Mamadi Doumbouya. Monsieur le Président, vous êtes le premier magistrat de ce pays. Vous êtes le garant de l’indépendance de la justice et du respect de ses décisions. Ce qui est en train de se passer aujourd’hui constitue un test majeur pour l’autorité de l’État que vous incarnez. Je ne vous demande pas un privilège. Je ne vous demande pas une faveur. Je vous demande simplement que la loi soit appliquée. Que les décisions rendues par les juridictions de la République soient respectées.

Que personne, quel que soit son statut ou sa position, ne puisse se placer au-dessus de la justice. Car si cela venait à se produire, alors ce ne serait pas seulement une injustice pour moi. Ce serait un précédent dangereux pour toute la nation. Ce serait le signal que, dans notre pays, les décisions de justice peuvent être contournées.

Ce serait un affaiblissement grave de l’État de droit. La date du 26 mars approche, et elle n’est pas anodine. Elle marque l’anniversaire de la disparition de Ahmed Sékou Touré, un homme qui a toujours affirmé son combat contre la corruption et contre les pratiques illégales dans l’administration et le commerce. Permettre qu’une telle injustice se produise à une date aussi symbolique serait, pour moi, une contradiction profonde avec cet héritage.

À mesure que mon témoignage se déploie, une ligne de force se dessine clairement : je ne céderai pas. Je resterai debout. Je resterai dans le cadre de la loi. Je défendrai mes droits avec détermination, mais aussi avec responsabilité. Je n’accepterai jamais que ce pour quoi je me suis battu pendant cinq ans me soit retiré par des moyens illégaux.

Et je le dis une dernière fois, avec conviction, avec fermeté, avec gravité : la corruption en cours ne marchera pas.

Tidiane Soumah, des productions Tidiane World Music Propriétaire légal de l’espace Syli Palace ( Ex Palace )

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