LES RÉFORMATEURS OU LA GRANDE BRADERIE DES CONVICTIONS
Il fallait bien que cela arrive. Un jour ou l’autre, la vérité finit toujours par enlever son masque, surtout quand les moteurs s’arrêtent et que les clés sont reprises sans cérémonie.
À Kankan, le doyen désillusionné Antoine Dogbo Guilavogui, désormais malgré lui philosophe du « on nous a retiré », parle, depuis son lit de malade, immobilisé physiquement et politiquement. Un homme qui découvre, tardivement, que dans certains circuits, le moteur de la loyauté ne fonctionne que tant que le réservoir des avantages est plein.
Mais dans cette tragicomédie roulante, il n’est pas seul. Voici venir Paul Rosal Kolié, le fédéral remorqué de N’Zérékoré, spécialiste désormais des marches arrière non maîtrisées. À ses côtés, Mory Richard Kamano, le conducteur sans volant de Kissidougou, brusquement reconverti en piéton politique. Trois hommes, zéro clé, une même descente. Tous découvrent, avec une sincérité presque touchante : « On ne nous avait pas dit… »
On ne vous avait pas dit quoi ? Que le confort prêté n’est pas un héritage ? Que la politique n’est pas un contrat de location avec option d’achat ? Que les raccourcis finissent toujours en cul-de-sac ?
Pendant ce temps, dans une autre salle du même théâtre, apparaît Joachim Baba Kondo, le juriste de l’indignation kilométrique et politologue d’apparat, capable de rédiger une plainte plus longue que la distance entre Conakry et Kankan. Plume nerveuse, ton grave, mais fond fragile. Face à lui, Samuel Kourouma, le lanceur de pavés médiatiques, devenu spécialiste des vérités explosives à fragmentation contrôlée.
Et voilà que Joachim convoque du monde. Djakariaou Bournombo, le témoin panoramique, Oumar Thiam, le figurant certifié conforme, Dian Diallo, la caution silencieuse, et surtout Ousmane Gaoual Diallo, l’amplificateur du mensonge national et concessionnaire en chef des illusions roulantes, devenu aujourd’hui le récupérateur officiel des espoirs motorisés. Quel casting. Un tribunal improvisé pour juger une chose simple : la crédibilité.
Mais le plus beau reste à venir. D’un côté, les pleureurs mécaniques : « On nous a retiré les véhicules ! », de l’autre, Joachim Baba Kondo, le piéton vertueux autoproclamé : « Je n’ai jamais utilisé de véhicule ! ». C’est magnifique non, même le mensonge ne roule plus sur les mêmes pneus.
Pendant que les versions s’entrechoquent comme des épaves, Ousmane Gaoual Diallo, le distributeur devenu récupérateur express, ne parle pas. Il agit, retire, récupère et efface. Sans débat, ni émotion ni explication. Parce qu’au fond, il n’y a jamais eu d’histoire. Seulement des illusions en leasing.
Les Réformateurs pensaient être des partenaires, ils étaient des utilisateurs temporaires. Ils pensaient peser, sauf qu’ils étaient tout simplement pesés. Ils pensaient écrire l’histoire, en réalité ils étaient entrain de devenir une anecdote.
Et maintenant chacun crie, accuse, menace, écrit, jure… comme des passagers descendus en pleine route, cherchant encore le chauffeur. Mais il est déjà loin. Très loin. Car dans cette pièce, la seule loi qui s’applique est simple, brutale et sans appel : Tout privilège sans colonne vertébrale finit par être repris avec intérêts. Et chez les Réformateurs, les intérêts sont arrivés, avec pénalités.
Finalement, la location terminée, les illusions remorquées, ils sont allés du volant au trottoir, du statut d’allié à celui de bagage oublié, du prestige emprunté au ridicule assumé. Des stratèges sans stratégie et des privilèges sans garantie qui pensaient négocier, ils ont été liquidés. Ils voulaient le pouvoir, ils ont eu le remorquage avec un GPS perdu, à destination de l’humiliation. Ils ont confondu engagement politique et crédit automobile, tel un réveil des passagers clandestins du pouvoir. Ils ont cru au contrat sans savoir que c’était un prêt à durée très limitée. Service rendu, véhicule repris : merci, au revoir, circulez ! ! !
