NÉCROLOGIE : L’ÉGALITÉ DEVANT LA LOI MORTE ET ENTERRÉE EN GUINÉE
“Ici à Conakry, repose l’égalité devant la loi. Morte d’un excès de communiqués et d’un manque de courage. Enterrée sans enquête, sans procès… et sans honte.”
La République de Guinée annonce, sans trembler et presque sans honte, la mort officielle de l’égalité devant la loi. Elle était déjà souffrante, vacillante, perfusée aux discours creux et aux promesses recyclées, mais cette fois, c’est fini. Elle a rendu l’âme, étouffée par une justice sélective, achevée par des institutions devenues expertes en bavardage inutile et en silence complice.
Le diagnostic est d’une simplicité brutale. D’un côté, des citoyens ordinaires, Opinel 12 et Sagatala, cueillis, jugés, enfermés à la vitesse d’un éclair, comme si la justice, soudainement réveillée, voulait prouver qu’elle existait encore. De l’autre, Yama Sega et Maya Kaba, des accusations publiques, des propos assumés, des révélations à ciel ouvert, des faits livrés en direct, sans filtre, sans pression, sans peur. Et là, plus rien.
Le parquet , la loi et l’État disparaissent. Comme si tout ce vacarme n’était qu’un bruit de fond sans importance, comme si la justice avait décidé, en toute tranquillité, de ne pas voir, ni pas entendre, encore moins agir.
Alors on écrit, on publie et on communique. La HAC pond son texte et le Parquet général enchaîne. Deux morceaux de littérature administrative parfaitement inutiles dans lesquels on parle de dignité, de responsabilité, de vivre-ensemble, de principes fondamentaux, de morale républicaine… tout sauf de l’essentiel, les faits et les responsables. On menace sans nommer, on condamne sans poursuivre et on rappelle sans agir. La Guinée vient d’inventer une justice qui parle beaucoup pour ne rien faire, qui écrit pour éviter de juger, qui gesticule pour masquer son impuissance ou, pire, son choix délibéré de ne pas appliquer la loi.
Le peuple, quant à lui, regarde et comprend que la loi n’est plus une règle, mais un outil, un instrument, un filtre. Il comprend que tout est désormais simple : si tu es faible, on t’écrase ; si tu es exposé, on t’utilise et si tu es protégé, on t’oublie. Ce n’est pas une dérive, c’est une mécanique. Une machine bien huilée qui sélectionne ses cibles et protège ses protégés. Une justice qui ne juge plus des actes, mais des profils, qui ne sanctionne plus des faits, mais des statuts.
Pendant que les citoyens s’indignent, que les réseaux s’enflamment et que les consciences s’agitent, le pouvoir, lui, gère. Il observe, temporise et laisse passer. Le clash devient une distraction nationale, un rideau de fumée commode derrière lequel on enterre les vraies urgences, les vraies responsabilités, les vraies faillites. Le pays s’effondre, mais on débat de vidéos, la justice s’efface, mais on publie des communiqués et l’impunité triomphe, mais on parle de valeurs.
Ce n’est plus un État, c’est une mise en scène permanente. Un théâtre où les rôles sont distribués à l’avance : les faibles pour l’exemple, les proches pour l’oubli, les institutions pour le décor. Et dans ce décor, l’égalité devant la loi n’avait plus sa place. Elle gênait, dérangeait et contredisait la réalité. Alors on l’a laissée mourir. Sans procès, sans autopsie officielle et sans coupable désigné. Une mort propre, administrative, presque élégante dans son hypocrisie.
Pendant que la République signe son certificat de décès, le peuple, lui, signe son constat. Froid, lucide et irrévocable. La loi n’est plus la même pour tous. Elle ne l’a jamais été peut-être. Mais aujourd’hui, elle ne fait même plus semblant.
