Des associations et des ONG dissoutes au Burkina Faso
Par Carole Assignon
Journaliste au programme francophone de la Deutsche Welle

Au Burkina Faso, les autorités ont en effet décidé de dissoudre une centaine d’associations, notamment de défense des droits de l’homme. Une décision qui n’est pas sans conséquence mais qui, selon un communiqué du ministre de l’Administration territoriale se base sur des « dispositions légales en vigueur ».
Au total, ce sont 118 associations, toutes basées au Burkina Faso, qui sont concernées par cette interdiction d’exercer sur l’ensemble du territoire. Des ONG qui, jusqu’à présent, exerçaient dans les domaines de la santé, de l’action sociale ou de la défense des droits humains.
Sur la liste, il y a par exemple l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat), l’Association burkinabè pour le bien-être de la jeunesse et la lutte contre le VIH/sida ou encore la section burkinabè de la Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme (RADDHO)… un coup dur pour ces organisations.
« Il faut de l’ordre »
Pour Paul Zerbo, président du Mouvement de la paix, une association qui figure également sur la liste des ONG dissoutes, il était toutefois important de remettre de l’ordre dans ce secteur. Il reconnaît qu’en ce qui concerne son organisation, elle n’était pas à jour.
« C’est vrai que les ONG apportent beaucoup de choses sur le plan national, mais je crois que celles qui sont là, c’est vrai qu’elles sont dissoutes, mais je pense qu’on peut encore se reconstituer et repartir sur de bonnes bases », estime-t-il cependant. Selon lui, « les ONG qui existent ont été créées à la va-vite », et pour lui « il faut discipliner ce milieu. Il faut de l’ordre. »
Pour justifier cette décision de dissolution, les autorités évoquent des « dispositions légales en vigueur ». En juillet 2025, une loi avait été promulguée dans le but d’encadrer la liberté d’association, les ONG et les syndicats. Lors de l’adoption de cette loi, le Parlement avait prévu un délai d’un an pour permettre aux associations de se conformer au nouveau dispositif.
Cette nouvelle loi réaffirme en effet la liberté d’association tout en la subordonnant à des obligations strictes de déclaration, de contrôle administratif et de conformité légale, avec des sanctions pouvant aller jusqu’à la dissolution. Cette législation viserait à renforcer la transparence, établir une cartographie des ONG et lutter contre le blanchiment d’argent ainsi que le financement du « terrorisme », alors que le Burkina Faso fait face, depuis plusieurs années, à des attaques meurtrières.
Certaines ONG internationales ou associations fonctionnant avec des financements internationaux, souvent mal perçues, sont accusées d’espionnage ou de collusion avec les djihadistes. L’ONG International NGO Safety Organisation (INSO) a, par exemple, été ciblée en octobre 2025, ses employés étant accusés de « trahison » et d’espionnage.

Avant l’annonce de la dissolution des 118 ONG, les autorités avaient, en 2025, révoqué en l’espace d’un mois l’autorisation d’exercer de 21 organisations non gouvernementales pour des raisons administratives et suspendu dix autres associations pour une durée de trois mois.
Critiques et inquiétudes
Pour l’éditorialiste burkinabè Ahmed Newton Barry , l’annonce de la dissolution de plus de 100 ONG au Burkina Faso s’inscrit dans une logique de rejet de la démocratie par les autorités en place. Début avril, le capitaine Ibrahim Traoré avait déclaré que les Burkinabè devaient « oublier la démocratie ».
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