Contre La sansure

Quand la démocratie est confondue avec un marché aux puces et rime avec surenchère clientéliste, elle s’étiole jusqu’à l’insignifiance.

0

Des sièges de députés sont désormais attribués en guise de cadeaux politiques ou de rançons à des affidés serviles, zélés thuriféraires du pouvoir en place.

Le CNRD et ses suppôts civils, drapés dans une transition aussi trompeuse que pompeuse, l’affirmaient naguère encore avec une emphase quasi mystique : « Nous allons écrire une Constitution qui résiste au temps et à la tentation des hommes. » Cette profession de foi, sans cesse martelée tel un mantra, était censée inaugurer l’an Iᵉʳ d’une Guinée vertueuse. En fin de compte, l’histoire retiendra que cette séquence malheureuse aura été notre annus horribilis, la pire période de notre trajectoire nationale, marquée par une déception ayant germé avant même d’avoir éclos.

Très tôt, l’évidence s’est imposée : ces déclarations d’intention n’étaient que pure propagande, un entrelacs de duperies et de supercheries. Le constat est d’une amertume cinglante. Les militaires au pouvoir et leurs cohortes de complices civils, Dansa Kourouma en tête, ont tous mordu à l’hameçon, succombant avec une facilité déconcertante à cette tentation morbide qu’ils prétendaient conjurer. La « Constitution de l’espoir » n’est plus qu’une coquille vide, un artefact sans substance, déjà dépourvu de toute légitimité. Elle n’est, en réalité, que l’alibi d’une dictature rampante, l’instrument d’un crime démocratique prémédité qui ne restera ni impuni ni pardonné. On ne trahit pas un peuple pour s’en sortir indemne.

Après avoir méthodiquement mis sous tutelle l’administration publique, le pouvoir s’attaque désormais au sanctuaire de la République : l’hémicycle. L’on s’échine à transformer la représentation nationale, ce temple de la souveraineté populaire où se délibère l’avenir de la nation, en un immense cirque. Une enceinte réservée à des figurants triés sur le volet, dénués de compétence comme d’expérience, et souvent d’une moralité douteuse. Aujourd’hui, les sièges de députés, normalement conquis au suffrage universel lors de joutes électorales libres, se distribuent comme de simples prébendes jetées en pâture à une clientèle politique corrompue.

La manœuvre est aussi grossière qu’éphémère : les grands partis historiques, piliers de la légitimité populaire, sont bannis et arbitrairement évincés. Les opposants jugés trop critiques sont systématiquement exclus du jeu. En revanche, les formations « accommodantes » reçoivent l’onction du régime et bénéficient de sièges indus par une reconnaissance mécanique. Des candidats de substitution, portés par des partis satellites dans une collusion d’intérêts et une confusion des valeurs : voilà le triste tableau de ces simulacres d’élections. Tous se déshonorent. Le peuple, privé de parole, ne dispose même plus du droit de choisir ses mandants. Tout relève désormais du fait du prince, érigeant le déni démocratique en système de gouvernance.

Sur des listes taillées sur mesure, dans un entre-soi stupéfiant, l’on aspire à légiférer entre « copains et coquins » au nom d’un peuple dont on viole quotidiennement les aspirations profondes. Pourtant, le peuple de Guinée, dont le silence est trop souvent confondu avec la résignation ou la capitulation, n’est ni dupe ni amnésique. Avec une sérénité trompeuse, il scrute les actes, documente chaque dérive et archive chaque renoncement. Que les dirigeants actuels ne s’y trompent pas : l’oubli n’existe pas face à la trahison des idéaux.

Le moment venu, la nation confrontera chacun à ses incohérences et exigera des comptes pour chaque abus. Ce moment de vérité, face-à-face inéluctable entre les fossoyeurs et leurs victimes, ne se limitera pas au seul tribunal de l’Histoire ; il se tiendra devant les juridictions nationales et les instances supranationales. Qui vivra verra : le temps reste le juge suprême, et le peuple demeure impitoyable envers ceux qui ont tenté de l’enterrer. Rira bien qui rira le dernier.

Souleymane SOUZA KONATÉ.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

× Comment puis-je vous aider ?