Contre La sansure

Arrestation de Kemi Seba, ce que l’on sait

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Par Abdou Aziz Diédhiou, BBC News Afrique

Le militant panafricaniste et anticolonialiste béninois Kémi Séba, a été arrêté en Afrique du Sud. L’information a été révélée ce jeudi à travers un communiqué de la police sud-africaine.

Visé par un mandat d’arrêt international émis par le Bénin, le sort du dirigeant de l’ONG  »Urgences panafricanistes » est désormais entre les mains de la justice sud-africaine qui statue sur une procédure d’extradition engagée contre sa personne.

Ce que l’on sait des circonstances de son arrestation

C’est la police sud-africaine elle-même qui donne l’information via un communiqué.

Kémi Séba a été arrêté en compagnie de son fils, pour des « faits présumés de facilitation d’entrée illégale au Zimbabwe via le fleuve Limpopo », informe la police sud-africaine dans son communiqué cité par l’AFP.

 »Il a été arrêté lundi en compagnie de son fils de 18 ans lors d’une opération d’infiltration menée dans un centre commercial de Pretoria ».

Un « passeur », qui aurait été payé pour les aider à passer illégalement au Zimbabwe, a également été interpellé.

 »Les premières enquêtes ont révélé que Kémi Séba serait recherché en France et au Bénin pour des activités criminelles liées à des crimes contre l’État », déclare la police sud-africaine.

Kémi Séba et son fils avaient l' »intention de poursuivre leur route vers l’Europe » depuis le Zimbabwe.

Les deux hommes  »ont été placés en détention provisoire, une procédure d’extradition étant en cours » indique la police sud-africaine qui précise que « leur comparution a été reportée au 20 avril 2026 ».

L’arrestation du duo père et fils a eu lieu dans un  »centre commercial de Prétoria où Kemi Seba a été interpellé en compagnie d’un facilitateur, qui avait reçu 250.000 rands, soit environ 13.000 euros, pour l’aider à traverser la frontière ».

Réaction des militants d’Urgences Panafricanistes

Certains des partisans de Kémi Séba ont dénoncé cette arrestation considérée comme étant motivée par des considérations politiques.

 »C’est une tentative visant à intimider une figure de proue du panafricanisme. Nous nous battrons contre cela. Nous nous battrons jusqu’à ce que M. Seba soit libéré », a déclaré à la BBC Sayia Moudongo, membre d’une association de la diaspora à Paris.

Né en France de parents originaires du Bénin, M. Seba est une figure de proue qui compte 1,5 million d’abonnés sur les réseaux sociaux.

Il dirige l’ONG Urgences Panafricanistes qui défend les questions liées à la souveraineté et à la solidarité africaines.

Le mandat d’arrêt international

Le 12 décembre dernier, un mandat d’arrêt international visant Kémi Séba a été lancé par le Bénin qui l’accuse d’apologie de coup d’Etat après la tentative avortée de renversement du pouvoir par un groupe de soldats le dimanche 07 décembre 2025.

Dans une vidéo partagée sur les réseaux sociaux à la suite de la déclaration des soldats putchistes à la télévision publique annonçant le renversement du pouvoir de Patrice Talon, Kémi Séba avait tenu les propos suivants :

 »Le Bénin est libéré. Des militaires patriotes, dignes et courageux en adéquation avec la voie de souveraineté populaire, ont pris en adéquation avec la voix de ceux et celles qui se lèvent chaque jour pour cette dignité ont pris leurs responsabilités. Ils ont mis aux arrêts le président Talon. Et c’est le début de la lecture de l’heure ».

Après l’échec de la tentative de coup d’Etat, le Bénin a lancé un mandat d’arrêt international contre lui pour  »apologie de crimes contre la sûreté de l’État et incitation à la rébellion ».

Qui est Kémi Séba ?

Le leader de l'ONG Urgences Panafricanistes, Kémi Séba
Kémi Séba. Crédit photo, Photo by STEPHANE DE SAKUTIN/AFP via Getty Images)

 

Kemi Seba, de son vrai nom Stellio Gilles Robert Capo Chichi, est né le 9 décembre 1981 à Strasbourg (France).

A la tête de « Urgences panafricanistes », une ONG panafricanistes ayant des représentations dans une dizaine de pays en Afrique de l’Ouest et du Centre, Kémi Séba s’est fait une réputation à travers ses attaques virulentes contre la France et certains régimes africains dont celui du Bénin supposés proches des intérêts français.

Grand tribun, l’homme a organisé dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest notamment au Sahel des manifestations et rassemblements contre la présence française en Afrique.

Né franco-béninois, il a été déchu de sa nationalité française en 2024, en raison de ses attaques contre les intérêts français en Afrique et son soutien aux intérêts russes dans les pays du Sahel où des régimes militaires ont demandé et obtenu le départ des soldats français.

Nombreux démêlés judiciaires

Kémi Séba leader du groupe Black Tribu Ka dissout par les autorités françaises en septembre 2006.
Comparution devant le tribunal de Paris de Kemi Seba, chef de file de la faction dissidente Black Tribu Ka – Kemi Seba à Paris, en France, le 18 septembre 2006. Crédit photo,(Photo de Thomas SAMSON/Gamma-Rapho via Getty Images).

 

Ce n’est pas la première fois que Kémi Séba est arrêté en Afrique. Ces dernières années, il a été interpellé, expulsé ou refoulé, notamment du Sénégal, de la Côte d’Ivoire et de la Guinée Conakry.

Ulcérées par ces diatribes violentes, les autorités françaises avaient engagé et obtenu la déchéance de sa nationalité française.

En octobre 2024, Kemi Seba avait d’ailleurs été arrêté et placé en garde à vue en France où il séjournait discrètement.

Selon son avocat Juan Branco, il était interrogé sur des soupçons « liens » et intelligences avec une puissance étrangère (…) de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ».

Les autorités françaises le soupçonnent d’être en liens avec le groupe paramilitaire russe Wagner et son fondateur Evgueni Prigojine, mort en août 2023, dans un accident d’avion en Russie.

Prigojine est soupçonné d’après des documents internes publiés par un consortium de médias, d’avoir financé et guidé certaines actions de Kemi Seba en Afrique entre 2018 et 2019.

Relâché après son audition en France, il a pu quitter le territoire français, alors que l’enquête suit son cours.

En France Kémi Séba, avait déjà eu maille à partir avec la justice française dans le cadre de son organisation la Tribu Ka, un groupe extrémiste dissout en 2006 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur en raison de ses revendications de  »suprématie de la race noire » face aux  »Blancs » et des discours jugés  »antisémites ».

Des sympathisants font la fête dans une rue de Dakar après que le tribunal a décidé de libérer le militant Kemi Seba de la prison de Rebeuss, le 29 août 2017. Kemi Seba avait été arrêté après avoir brûlé un billet de 5 000 francs CFA lors d'un rassemblement le 19 août 2017.
Des militants anti-FCFA au tribunal de Dakar lors du procès de Kémi Séba. Crédit photo,(Crédit photo : SEYLLOU/AFP via Getty Images)

La combat contre le Franc CFA et la « Françafrique »

Durant son séjour de plusieurs années au Sénégal où il s’est fait connaître du grand public en tant que chroniqueur à la 2STV, la première télévision privée du Sénégal, Kémi Séba, s’est illustré dans la propagande anti-occidentale et la campagne contre le Franc Cfa et la Françafrique ».

Le 19 août 2019, le militant anti-colonialiste brûle en public à Dakar au cours d’un rassemblement un billet de 5 000 francs CFA (7,60 euros).

Poursuivi par la Banque centrale des Etats d’Afrique, l’institut d »émission de huit pays ayant le franc Cfa en commun, il a été arrêté et jugé en flagrants pour délit de destruction de billets de banque.

Acquitté par un tribunal de Dakar le 29 août 2019, il a été expulsé quelques semaines plus tard par le ministre de l’Intérieur pour trouble à l’ordre public.

Le militant anti-colonialiste Kémi Séba s'adressant à un public lors d'un rassemblement à Niamey.
Kémi Séba s’adressant au public. Crédit photo, (Photo by Balima Boureima/Anadolu Agency via Getty Images)

Nommé conseiller du Général Abdourahamane Tiani,

L’activiste panafricaniste Kemi Séba a été nommé en 2024 Conseiller du Général Abdourahamane Tiani, chef de la junte au Niger avec lequel il entretient une proximité idéologique par rapport à la souveraineté.

Cliquez sur le lien pour lire la suite… https://www.bbc.com/afrique/articles/c5y7rq92r6eo

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