Contre La sansure

Chers compatriotes, Oui, indignons-nous pour les causes justes, mais ne nous faisons pas les avocats du diable.

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Les révélations de Cheick Yérim Seck concernant les autorités qui dirigent actuellement notre pays dérangent, comme on pouvait s’y attendre. Des faits que l’on croyait soigneusement dissimulés se retrouvent désormais exposés sur la place publique, à la surprise générale. En apportant des précisions chirurgicales, le journaliste jette une lumière crue sur des réalités déjà largement pressenties.

Il n’a rien affirmé que les Guinéens n’aient déjà entendu ou soupçonné, mais son mérite réside dans son courage de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. À une heure où nombre de citoyens sont réduits au silence et empêchés d’exercer pleinement leurs libertés fondamentales dans un climat de restrictions étouffantes, sa parole devient un exutoire.

Dans un pays où les médias indépendants sont muselés, où des partis politiques représentatifs sont dissous et où toute forme de contestation est devenue un risque périlleux, Yérim Seck porte la voix que tant de Guinéens auraient souhaité élever eux-mêmes. Lorsque l’on observe les réactions vives, parfois fébriles, de certains responsables visés, on comprend que ces accusations ne sont pas perçues comme anodines. On n’accorde généralement ni autant d’attention ni autant d’énergie à de simples futilités. Une telle agitation trahit souvent le poids des enjeux soulevés et la sensibilité extrême des faits évoqués.

On constate parallèlement un double standard flagrant : certains compatriotes ou citoyens africains, lorsqu’ils soutiennent aveuglément le pouvoir en place, sont accueillis avec les honneurs et bénéficient de toutes les marques de considération. À l’inverse, ceux qui refusent de relayer le discours officiel, qu’ils soient Guinéens ou observateurs étrangers, sont systématiquement accusés de désinformation ou de mauvaise foi. Selon cette logique, l’information ne serait acceptable que lorsqu’elle encense les autorités, tandis que l’esprit critique serait d’office frappé de suspicion.

S’il y a lieu de s’indigner, ce n’est certainement pas contre le travail d’enquête journalistique, mais bien contre les enlèvements signalés, les disparitions inquiétantes, les atteintes à la vie, les détentions arbitraires et les souffrances indicibles infligées à de nombreuses familles. Ces dérives ternissent gravement l’image de notre nation et mobilisent la communauté internationale, ainsi que les institutions dédiées à la défense des droits humains et de la dignité des peuples. Si la censure peut tenter d’imposer un discours unique à l’intérieur de nos frontières, aucune puissance au monde ne peut étouffer totalement les voix libres ni soumettre durablement les consciences. Le calme imposé par la contrainte n’est qu’une illusion d’optique qui ne saurait tromper le monde libre, peu disposé à valider l’arbitraire.

La paix sous tension qui prévaut actuellement en Guinée ne pourra préserver indéfiniment les dirigeants des critiques nécessaires, ni offrir une quelconque immunité à ceux qui servent le pouvoir par opportunisme plutôt qu’avec sagesse, retenue et sens de l’État. Indignons-nous donc, mais contre ceux qui commettent des abus, contre ceux qui cherchent à les couvrir ou à les justifier, et non contre ceux qui ont la hardiesse de les dénoncer. Les victimes sont une réalité, et les responsabilités le sont tout autant. À chacun désormais de choisir son camp et d’en assumer les conséquences devant sa propre conscience et devant l’histoire, car chacun finit toujours par récolter ce qu’il a semé.

Souleymane SOUZA KONATÉ

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