LA RIPOSTE EN MEUTE, OU L’AVEU D’UN POUVOIR FÉBRILE: Ils ont voulu répondre, ils se sont démasqués
En quelques heures, ils sont sortis de partout. Porte-parole du gouvernement, ministre “citoyen inspiré”, analystes improvisés, communicants zélés, tribunes clonées, indignations copiées-collées. Une vraie meute qui oublie qu’en politique, plus on crie à plusieurs, plus on révèle qu’on tremble seul.
Car enfin, regardons ce spectacle sans détour. Cheikh Yérim Seck sort une chronique, brutale, excessive, discutable, oui. Mais au lieu d’y répondre, le pouvoir déclenche une offensive coordonnée où tout le monde dit la même chose, avec les mêmes mots, les mêmes réflexes, la même nervosité. Et dans cette synchronisation presque parfaite, il y a l’aveu terrible que ce n’est plus une réaction mais une consigne.
On ne débat pas, on attaque; on ne démontre pas, on discrédite; on ne répond pas aux faits, on cherche à détruire l’homme. Et là, le régime franchit une ligne dangereuse. Parce qu’à force de remplacer les arguments par des attaques personnelles, il transforme un débat politique en règlement de comptes. Dans ce terrain-là, il perd toujours plus qu’il ne gagne, parce qu’un pouvoir qui s’abaisse à salir au lieu d’expliquer finit par apparaitre non pas fort mais nerveux, non pas solide mais atteint.
Le porte-parole du cartel, Ousmane Gaoual Diallo, vient brandir le mot “diffamation” comme un talisman, comme si un mot suffisait à effacer des doutes, à dissoudre des interrogations, à annuler une perception déjà installée dans l’opinion. Mais à force de crier à la diffamation à chaque secousse, le pouvoir finit par avouer ce qu’il n’a plus la maitrise du récit. Cette sortie ne contient qu’une indignation, une posture, une leçon de morale institutionnelle, mais pas une seule réponse, pas un fait opposé à un autre fait, ni une démonstration ou un démenti construit. Rien, juste cette vieille stratégie d’évitement qui consiste à déplacer le débat du terrain des faits vers celui des intentions. On ne répond pas à ce qui est dit, on attaque celui qui parle.
Et puis il y a cette faute presque grossière, cette confusion volontaire entre la Guinée et ceux qui la dirigent. « Stop aux récits toxiques contre la Guinée », dit-il. Mr l’amplificateur du mensonge national, ce qui est visé, ce n’est pas la Guinée, c’est un pouvoir, votre cartel. Et quand un régime commence à assimiler toute critique à une attaque contre la nation, c’est qu’il a déjà commencé à se replier sur lui-même. C’est le réflexe classique des pouvoirs qui sentent le sol bouger sous leurs pieds. On se drape dans le drapeau pour éviter d’avoir à répondre. On transforme les questions politiques en offense nationale et on espère ainsi faire taire ce qui dérange. Mais l’époque a changé, les citoyens ne confondent plus aussi facilement.
La tribune du ministre “citoyen”, Mory Condé est presque un cas d’école. Elle exige des preuves, mais n’en apporte aucune, parle de rigueur, mais empile les insinuations, accuse un homme de motivations obscures sans jamais démontrer une seule de ses affirmations. Autrement dit, elle reproche exactement ce qu’elle pratique. C’est une inversion classique, presque scolaire, accuser l’autre de ses propres méthodes pour éviter de se regarder soi-même.
Et puis vient la seconde ligne de défense, encore plus révélatrice, celle d’exhiber des trophées. Un prix, une notation, un projet minier, une réforme institutionnelle. Comme si la communication économique pouvait servir de bouclier politique. Comme si une locomotive pouvait tirer une crédibilité en panne. Comme si des chiffres pouvaient remplacer une réponse. C’est là que le discours bascule dans l’illusion, parce qu’un régime ne se maintient pas par ce qu’il montre mais par ce qu’il convainc.
Aujourd’hui, le problème n’est plus ce qui est dit contre ce régime, mais le fait qu’il n’arrive plus à convaincre contre ce qui est dit. La preuve est là, sous leurs propres publications. Des centaines de réactions qui ne sont ni des opposants structurés, ni des experts, encore moins des militants encadrés. Des citoyens qui, chacun à leur manière, posent la même question simple, brutale et désarmante : “Si c’est faux, pourquoi ne pas répondre clairement ?”
Voilà le piège dans lequel le régime s’est enfermé lui-même. En voulant étouffer une voix, il a amplifié l’écho, en voulant discréditer un homme, il a légitimé les interrogations, et en voulant imposer le silence, il a déclenché le doute qui est une matière dangereuse. Une fois installé, il ne disparait pas sous les communiqués, il s’étend, s’infiltre, s’enracine et surtout, survit à toutes les opérations de communication.
Ce que cette meute ne comprend pas, ou refuse de voir, c’est que le problème n’est plus la violence des propos initiaux, mais la faiblesse de la réponse. Parce qu’un pouvoir solide n’a pas besoin de mobiliser toute une armée pour répondre à une seule voix. Il répond une fois, proprement, et passe à autre chose. Ici, on mobilise tout le monde, partout, en même temps. Ce n’est pas de la force, c’est de la fébrilité organisée.
Dans cette fébrilité, la vérité qui commence à apparaître, lentement mais sûrement est que le pouvoir ne contrôle plus le tempo. Il réagit, s’agite et multiplie les sorties, mais il ne maîtrise plus le récit. Et quand un régime perd la maîtrise du récit, il entre dans une zone dangereuse, celle où chaque prise de parole devient un risque, chaque défense une confirmation, chaque attaque un aveu.
Ils ont voulu faire bloc, ils ont fabriqué une fissure. Ils ont voulu défendre un régime, ils ont exposé sa nervosité. Ils ont voulu étouffer une parole, ils ont déclenché un doute collectif. Et en politique, il n’y a rien de plus dangereux qu’un pouvoir qui commence à parler trop parce qu’il n’arrive plus à convaincre.
