Sénégal: la coalition Diomaye président critique le projet de réforme du code électoral
Une réforme du code électoral adoptée mardi par l’Assemblée nationale du Sénégal ouvre la voie à une candidature du Premier ministre Ousmane Sonko à la prochaine élection présidentielle, en 2029. L’opposition dénonce l’adoption de ce texte qu’elle qualifie de « loi taillée à la mesure d’un seul homme ».
Jugé inéligible pour la présidentielle 2024, Ousmane Sonko peut espérer participer à la prochaine. L’Assemblée nationale du Sénégal a ouvert la voie à une candidature du Premier ministre sénégalais au prochain scrutin présidentiel en 2029, en adoptant, mardi 28 avril, une réforme du code électoral décriée par l’opposition.
Ousmane Sonko avait été empêché de se présenter au scrutin de février 2024 après une condamnation pour diffamation ayant entraîné la perte de ses droits civiques. Il avait ensuite désigné son second, l’actuel président Bassirou Diomaye Faye, pour le remplacer.
Alors farouche opposant au président Macky Sall (2012-2024), Ousmane Sonko avait été condamné en mai 2023, en appel, à six mois d’emprisonnement avec sursis et 300 000 euros de dommages et intérêts pour diffamation, après une plainte d’un ministre du président Sall. La Cour suprême avait confirmé cette condamnation en janvier 2024, quelques semaines avant le scrutin.
Elle avait ensuite rejeté, en juillet 2025, un recours d’Ousmane Sonko, alors Premier ministre depuis avril 2024, contre cette condamnation, relançant le débat sur son éligibilité.
Néanmoins, Ousmane Sonko a été élu député aux législatives de novembre 2024 avant de renoncer à son mandat pour rester Premier ministre, ce qui, pour son parti, signifie qu’il est éligible alors que des élections locales sont prévues en 2027 avant la présidentielle de 2029.
Mais l’opposition estime qu’il a bénéficié d’une « fraude » pour être candidat et élu à ces législatives.
Avec cette loi, le parti au pouvoir « cherche des garanties supplémentaires. Il veut éliminer toute forme de risque contre la candidature de Sonko en 2029. Cette loi ouvre la voie de façon définitive à sa candidature » à ce scrutin, a expliqué à l’AFP Alioune Tine, figure de la société civile. Le Conseil constitutionnel doit valider les candidatures.
Loi « personnelle »
Pour ses partisans, l’amnistie votée en mars 2024 pour apaiser le climat politique, après des troubles entre 2021 et 2024 ayant fait des dizaines de mort dans ce pays ouest-africain réputé stable, a effacé la condamnation d’Ousmane Sonko pour diffamation.
La proposition de loi, adoptée en plénière mardi à une large majorité, a été déposée par Pastef, le parti d’Ousmane Sonko qui contrôle largement l’Assemblée nationale.
Elle a « pour objet de réaménager et clarifier » les cas de déchéance civique, de « limiter et d’harmoniser leur durée désormais fixée à cinq cas à compter de l’expiration de la peine prononcée et est « retroactive », dit le texte présenté aux députés.
Le député du pouvoir Guy Marius Sagna a dénoncé la loi électorale en vigueur conçue, selon lui, « pour éliminer des candidats au gré des intérêts politiques », citant le cas de Ousmane Sonko en 2024, lors des débats mardi.
Sa collègue d’opposition, Aïssata Tall Sall, a au contraire qualifié la loi de « personnelle » au profit d’Ousmane Sonko et « dangereuse pour la République parce qu’elle rétroagit pour effacer des peines prononcées en toute souveraineté » par la justice.
La coalition de l’opposition, le FDR, a dénoncé dans un communiqué « une loi taillée à la mesure d’un seul homme », Ousmane Sonko.
