Deuxième jour de deuil national au Tchad, après une nouvelle attaque djihadiste de Boko Haram, ayant fait au moins deux morts au sein de l’armée le mercredi 6 mai, dans le bassin du lac Tchad. Le 4 mai dernier déjà, une première attaque djihadiste avait causé la mort de 24 militaires et fait plusieurs blessés.
Dans les rues de N’Djamena, les habitants sont très inquiets de ces menaces et certains observateurs pointent du doigt la défaillance des services de renseignements.
Depuis plus d’un mois, les Tchadiens sont fréquemment ciblés par les terroristes dans la province du lac Tchad. Il y a trois semaines, plusieurs Tchadiens, dont un médecin, ont été enlevés et leurs kidnappeurs ont réclamé 500 millions de francs CFA, soit environ 762 000 euros, pour leur libération.
Les habitants de la capitale suivent les développement autour du Lac Tchad
Avec les nouvelles attaques contre l’armée, cette situation inquiète de nombreux Tchadiens dans les rues de N’Djamena. Malachie, un jeune étudiant, constate que « lorsqu’il y a une attaque terroriste comme celle-ci dans une partie du pays, on ne peut qu’être inquiet. Parce que c’est l’intégrité territoriale du pays qui est touchée. Cela bouleverse quelque peu la vie quotidienne des Tchadiens ».
Anne estime que « qui dit attaque terroriste, dit déjà troubles pour la population. Cela plonge les habitants dans un état de désarroi. Ces attaques paniquent la population, je peux l’affirmer ».
Isidore est un jeune diplômé qui est sur le point d’être intégré dans la fonction publique. « En tant que citoyen, dit-il, je dois être inquiet par rapport à cela. Parce que si jamais les terroristes arrivent à s’emparer du Lac Tchad, ils voudront certainement s’en prendre aussi à la capitale. Et vivant dans la capitale, je dois être inquiet, car, s’ils y parviennent, nous n’aurons plus la paix. Nous allons courir de gauche à droite pour chercher un abri. »
Défaillances des services de renseignements
Certains observateurs dénoncent la défaillance des services de renseignements. Pour l’analyste politique Yamingué Betinbaye, depuis le départ des troupes françaises du Tchad, en janvier 2025, le pays manque de renseignements fiables, ce qui expliquerait la recrudescence de ces attaques.
Il estime que « la France a pendant longtemps été un soutien précieux pour le Tchad et pour l’organisation de ses opérations face aux périls sécuritaires liés à Boko Haram. Depuis que le Tchad a mis fin aux accords de défense et de sécurité avec la France, le pays rencontre de grandes difficultés à atteindre un niveau de renseignement suffisamment élevé et solide pour faire face aux menaces sécuritaires. Actuellement, c’est Boko Haram qui pose un problème, mais, par le passé, c’était la rébellion dans le Sud, ou la surveillance de la frontière avec le Soudan, au niveau du Darfour. Il est donc évident que le Tchad a besoin de développer des partenariats afin d’améliorer ses capacités de renseignement et d’éviter que les mêmes revers ne se reproduisent au sein de l’armée nationale« .
En réaction à l’attaque de lundi soir, le président Mahamat Idriss Déby Itno a écrit sur sa page Facebook : « Nous poursuivrons la lutte avec une détermination renouvelée, jusqu’à l’éradication totale de cette menace. »
Le gouvernement a annoncé, ce jeudi, l’instauration prochaine d’un l’État d’urgence de 15 jours dans la province du Lac Tchad.

