Sommet « Africa Forward » : « On se sent un peu mis à l’écart », ironisent des acteurs de la société civile
Regard critique
L’évènement de dimanche, intitulé Pavillon de la création et de l’innovation sociale, réunit une cinquantaine d’organisations panafricaines et françaises. Il a été organisé par la Fondation de l’innovation pour la démocratie, dirigée par le politologue et historien Achille Mbembe. Ce proche d’Emmanuel Macron avait déjà été chargé d’orchestrer en 2022 le sommet Afrique-France de Montpellier avec les diasporas et de jeunes Africains. L’intellectuel camerounais conserve néanmoins un regard critique sur la politique postcoloniale de la France.
Parmi les participants de cet évènement, certains jugent très sévèrement le bilan du président français, qui avait promis une “relation renouvelée” entre les pays africains et la France, plus juste et débarrassée du bagage colonial, et qui a réaffirmé dimanche depuis Nairobi qu’il n’y avait plus de « pré carré » français en Afrique francophone.
« Son agenda était de dépasser ce que j’appelle l’économie d’empire pour aller vers une économie d’entreprises, tournée vers les jeunes entrepreneurs, les diasporas et le numérique », analyse l’économiste togolais Kako Nubukpo. « Mais aujourd’hui, force est de constater que l’économie d’empire est toujours là, avec le franc CFA, l’importance des grands groupes comme Bolloré, Vinci ou Eiffage dans l’Afrique francophone », déplore-t-il. « Certaines de ses actions ont eu un fort impact médiatique, comme la restitution d’œuvres d’art. Mais au-delà de la dimension symbolique, on ne voit pas de véritable changement. Pour moi, organiser un sommet symbolisant le renouveau de la relation avec l’Afrique dans un pays anglophone s’apparente à un travestissement », conclut-il.

D’autres chercheurs, comme Amandine Gnanguênon, s’interrogent quant à eux sur le message de ce type de sommets, présentés comme bilatéraux alors qu’ils mettent sur la même échelle un pays et tout un continent. « Cette problématique n’est pas limitée à la France, tout le monde veut son sommet avec l’Afrique : la Chine, la Russie, l’Inde, la Turquie… Mais il y a clairement un problème d’équilibre. Aujourd’hui, l’Afrique est extrêmement courtisée. Pourquoi les dirigeants africains n’organisent-ils pas eux-mêmes ce type d’événements selon leurs agendas ? », interroge la spécialiste française.
Des chercheurs à l’écart
Au terme de la journée, les participants des panels ont finalisé un livre blanc sur les six thématiques abordées, dans le but d’orienter les décisions des dirigeants. Ce document a été remis lundi matin à Emmanuel Macron et William Ruto avant le lancement officiel du sommet « Africa Forward ».
Mais peut-il avoir un impact ?
“Nous sommes très impliqués et nous sommes contents de faire ce travail”, assure Nadine Machikou, intervenante lors du panel sur l’avenir de la solidarité internationale. “Mais nous ne sommes pas dupes. Nous savons que bien souvent les propositions de la société civile ne sont pas mises en application par les décideurs », déplore-t-elle.
« L’évènement de dimanche n’était pas inclus dans le programme officiel du sommet, donc forcément on se sent un peu mis à l’écart », ironise Amandine Gnanguênon. « Mais il a le mérite de permettre aux acteurs de la société civile d’être présents autour de l’évènement et d’agrandir nos réseaux », poursuit la chercheuse.
À défaut d’y participer activement, la spécialiste des politiques africaines a obtenu une accréditation pour assister aux conférences du sommet “Africa Forward”. D’autres chercheurs confient ne pas avoir eu cette chance, l’accès ayant été réservé en priorité aux acteurs économiques.
David RICH
Envoyé spécial à Nairobi

