Contre La sansure

Yero Baldé ou l’éternelle posture de l’imposture permanente

0

« Tout ce qui brille n’est pas forcément de l’or » et « Chassez le naturel, il revient au galop » sont deux adages qui décrivent aussi bien l’homme Yero Baldé que l’acteur politique qu’il peine à devenir. Chaque fois, l’on se rend compte qu’il existe un immense fossé entre l’image que le premier responsable du FRONDEC veut projeter afin d’imposer la meilleure perception possible de lui-même et la véritable nature de l’homme, ainsi que sa personnalité intrinsèque.

Ainsi, a-t-il voulu que l’on retienne sa démission, à la dernière minute, du gouvernement d’Alpha Condé, peu avant la fin de son régime, plutôt que les dix années passées à ses côtés sans broncher ni s’émouvoir d’aucune dérive ni d’aucun manquement. L’arbre censé cacher la forêt. Se faire passer pour un homme de principe et d’honneur alors qu’on est animé d’intentions douteuses et d’ambitions égoïstes est un péché commun à beaucoup de Guinéens. Le pays continue d’en souffrir, pour le malheur de tous.

Il a été révélé dans le tome 1 de Le Coup d’État contre Alpha Condé : la comédie des hommes, la tragédie du pouvoir, écrit par Tibou Kamara, ancien membre du premier cercle d’Alpha Condé, que Yero Baldé n’avait pas démissionné pour protester contre le projet de troisième mandat du chef de l’État renversé, mais bien parce qu’il était frustré de ne pas avoir accédé aux fonctions qu’il convoitait tant.

Hier comme aujourd’hui, chacun réalise que le nouveau converti ne fait des choix et ne prend des décisions qu’en fonction de ses intérêts du moment. Car un homme qui revendique des valeurs et une certaine éthique ne peut servir de caution politique ni d’alibi électoral à une junte liberticide et impitoyable. On est vertueux ou on ne l’est pas.

Yero Baldé s’est engagé en politique comme on joue au loto. Il a parié sur l’élimination des partis les mieux implantés dans le pays et sur celle, subséquente, de leurs leaders très populaires, ainsi que sur la volonté de la junte de fabriquer, à la carte, de nouveaux acteurs afin de leur donner un nom et une identité politique. Bref, il a voulu profiter du vide créé pour briller et du malheur des icônes pour se frayer son propre chemin. Comble du cynisme : s’appuyer sur le pouvoir tout en comptant sur les opposants.

L’ex président Alpha Condé en compagnie de Abdoulaye Yero Baldé, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.

Yero Baldé entend à la fois servir le pouvoir et se servir des politiques bannis et arbitrairement disqualifiés pour devenir quelqu’un. Il se voit à la fois partenaire des dirigeants et héritier de ses illustres devanciers dans l’arène politique. Quelle illusion !

Il n’en est pas à son coup d’essai. Le professeur Alpha Condé fut son mentor avant d’être abandonné par lui. Le RPG a été son tremplin avant qu’il ne décide, se sentant désormais assez grand et assez fort, de voler de ses propres ailes. Malheureusement, la première participation à l’élection présidentielle organisée sous le CNRD, que beaucoup avaient considérée comme un moment de consécration pour le nouveau venu, a montré que le poids électoral de celui-ci avait été surestimé, tout autant que son pedigree politique personnel. Il y a eu erreur sur la personne.

Depuis, l’euphorie étant retombée, la réalité a repris le dessus et Yero Baldé a rejoint la caste des politiques sans assise électorale ni colonne vertébrale politique, sans foi ni loi, disposés à tous les compromis, voire tentés par toutes sortes de compromissions, de reniements, de revirements, de renoncements, de louvoiements et de retournements de veste pour compter et exister, afin de prendre place, eux aussi, autour de la table du partage du gâteau.

Et dire que c’est cet homme-là que certains, emportés par leurs passions et animés de faux espoirs, voyaient comme une chance pour le changement tant escompté, une relève, une alternative à la fois à une junte décriée et à une classe politique jugée usée par le temps, à laquelle on voudrait imposer un renouvellement mécanique. Que nenni !

Maintenant que le CNRD a contribué à faire tomber tous les masques et à débusquer les « Tartuffes » de tout acabit, il devient plus facile de distinguer la bonne graine de l’ivraie, les hommes de conviction des simples girouettes. Surtout, il devient plus aisé de préparer le changement, lequel ne sera plus seulement une alternance tranquille, mais un véritable acte de salut public et une œuvre de salubrité politique.

En attendant, on voit bien qu’on peut vouloir se comparer aux aînés, qui savent du reste ce qu’ils font et où ils vont, sans jamais parvenir à les égaler en tout.

Souleymane SOUZA KONATÉ

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

× Comment puis-je vous aider ?