Sénégal: experts et économistes cherchent des «alternatives» au FMI pour régler la dette
Au Sénégal, alors que le pays se débat depuis plusieurs mois avec une dette vertigineuse, paralysant toute politique publique d’investissement, une conférence réunissant experts et économistes veut proposer des solutions alternatives à celles proposées par les institutions financières internationales. Dakar est en discussion depuis plus d’un an avec le Fond monétaire international (FMI) sans qu’un accord sur la reprise d’un prêt n’ait été trouvé pour le moment.
Organisée sour le patronage d’Ousmane Sonko, le Premier ministre ne s’est finalement pas rendu à l’ouverture de cette conférence sur la crise de la dette à Dakar, « souffrant », selon la ministre de la justice Yacine Fall.
À sa place, c’est le président du groupe parlementaire des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef) au pouvoir, Ayib Daffé, qui s’est exprimé, assurant qu’il y avait urgence à « élargir les perspectives » et « sortir de la pensée unique ». Sous entendu : la proposition du Fond monétaire international (FMI) de restructurer la dette du Sénégal, c’est-à-dire renégocier les conditions d’emprunts en cas d’impossibilité de rembourser sa dette, une option rejetée par Dakar.
« Il faut des alternatives »
Tous les économistes à cette conférence affirment en tout cas que la dette extérieure n’est pas soutenable pour le Sénégal, contrairement à ce qu’assuraient jusqu’ici les autorités, et qu’il faut rapidement trouver des solutions. Le pays n’a pas assez pour rembourser l’argent dû aux créanciers étrangers, comme l’explique l’économiste Souleymane Bah.
« Les revenus de l’État actuellement ne permettent pas de payer le principal et les intérêts, indique-t-il. Et ce qu’ils font d’habitude, sur cette dette extérieure, c’est d’emprunter pour repayer. Avec les taux d’intérêt qui continuent à augmenter, ce n’est pas du tout une solution. Il faut d’autres alternatives. »
Explorer des solutions alternatives, c’est donc tout l’objet de cette conférence organisée par le groupe de réflexion Ideas Africa Network, pour qui le FMI n’offre pas de bonne solution.
« Parce que le FMI a une approche qui est opposée à la transformation économique, estime Ndongo Samba Sylla, l’un des chercheurs et économiste de Ideas. C’est une approche purement comptable, et pro-créancier. Le FMI va tout faire pour vous prêter de l’argent, pour que vous puissiez donner le signal que vous pouvez emprunter de nouveau, que vous pouvez payer les créanciers, mais pas pour investir dans la transformation économique. »
Parmi les pistes évoquées : la réforme du système monétaire, sortir du Franc CFA, ou encore demander l’annulation d’une partie de la dette jugée « illégitime », puisque contractée de façon opaque, sans avoir été déclarée par l’administration précédente.
Mais serait ce une nouvelle contradiction du tandem au pouvoir. Pendant qu’à Dakar, les experts, sous le patronage du Premier ministre Ousmane Sonko, réfléchissaient à des solutions en dehors du Fond monétaire international, le chef de l’État Bassirou Diomaye Faye était à Nairobi, au Kenya, et rencontrait la directrice du FMI, Kristalina Georgieva, sans plus d’avancées pour le moment.
RFI, avec sa correspondante à Dakar, Léa-Lisa Westerhoff

