Faye tisse sa toile diplomatique et économique à Nairobi
Ports, dette, sport, économie bleue et champions nationaux : le président sénégalais a déroulé un agenda dense en marge du sommet Africa Forward, les 11 et 12 mai à Nairobi.
Deux jours, une dizaine d’audiences, autant de dossiers stratégiques. En marge du sommet Africa Forward tenu les 11 et 12 mai à Nairobi, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a tissé méthodiquement sa toile, nouant des fils diplomatiques et économiques destinés à servir les ambitions de son pays sur la scène continentale et internationale.
Les grands armateurs à la conquête de Ndayane
Premier fil tissé : la logistique portuaire. Dès le 11 mai, le chef de l’État a reçu Rodolphe Saadé, PDG de CMA CGM, l’un des premiers armateurs mondiaux. Au cœur des échanges rapportés par la présidence, le port de Ndayane et sa zone économique spéciale, appelés à hisser le Sénégal au rang de hub logistique de référence sur la façade atlantique. Le groupe français a réaffirmé sa volonté d’accompagner cette trajectoire.
Dans la même journée, Thierry Déau, président de Meridiam, partenaire privé du Bus Rapid Transit de Dakar et porteur des centrales solaires de Santhiou Mékhé et Ten Mérina, a été reçu pour explorer de nouveaux projets structurants alignés sur la Vision Sénégal 2050.
Faye et Macron face à face
Le président sénégalais a également trouvé le temps d’un tête-à-tête avec Emmanuel Macron à l’Université de Nairobi, abordant la coopération bilatérale et les grands défis internationaux. Une rencontre sobre, sans déclaration fracassante, mais qui illustre la normalisation assumée des relations entre Dakar et Paris.
Le même jour, aux côtés des présidents Ruto, Macron et Boko, Faye a pris part au panel sur le Sport et le Développement. Rappelant que « le Sénégal est champion d’Afrique », il a défendu une vision du sport comme industrie à part entière, à cinq mois des Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026, premier événement olympique sur sol africain, dont les chantiers ont déjà mobilisé plus de 132 000 personnes.
La dette, fil rouge du second jour
Le 12 mai, c’est le dossier de la dette qui a dominé l’agenda. Face à Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, le chef de l’État a exposé les mesures engagées pour absorber les chocs du conflit au Moyen-Orient, notamment la flambée des coûts énergétiques. Les deux parties ont convenu de poursuivre les discussions dans le cadre des missions des équipes du Fonds — un dossier que Faye dit porter personnellement.
Sur le même registre, le président de la BOAD, Serge Ekoué, a réaffirmé le soutien de l’institution régionale au Sénégal dans sa recherche de solutions, tandis que la présidente de la BERD, Odile Renaud-Basso, a signifié la volonté de son institution de renforcer substantiellement ses engagements au Sénégal, après le financement de l’usine de dessalement du Grand Dakar.
L’économie bleue et les champions nationaux
Co-présidant une table ronde sur l’économie bleue avec le Premier ministre mauricien, Faye a plaidé pour une articulation indissociable entre préservation des écosystèmes marins, développement économique et juste partage des revenus. Une ligne devenue fil rouge de sa diplomatie : concilier les impératifs climatiques et le droit légitime de l’Afrique à la prospérité.
Côté secteur privé, les dirigeants de Danone et de la Laiterie du Berger ont présenté au chef de l’État un partenariat de vingt ans qui a porté le chiffre d’affaires de l’entreprise sénégalaise de 250 millions à 29 milliards de FCFA, au bénéfice de 8 000 éleveurs et 35 000 boutiques. Une vitrine du modèle de champion national que le président entend dupliquer. NBA Africa a pour sa part plaidé pour le retour de la Basketball Africa League à Dakar dès l’an prochain.
Dakar au centre du jeu africain
Sur le plan bilatéral, Faye s’est entretenu avec le président comorien Azali Assoumani, dont une visite officielle à Dakar est désormais programmée, et avec son homologue botswanais Duma Boko, avec qui il a exprimé la volonté de s’inspirer de l’expérience de Gaborone en matière de gestion transparente des ressources minières.
En deux jours de sommet, le président sénégalais aura démontré une chose : Dakar entend peser, par la diplomatie économique autant que par le verbe, dans la recomposition des équilibres africains.
AC/APA

