Contre La sansure

La dignité ne s’achète pas, l’âme ne se corrompt pas !

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Ceux qui sont prompts à changer de camp au gré de leurs intérêts fluctuants, qui abandonnent leurs partis à la première occasion dans l’espoir d’accéder au Graal des fonctions d’État et des postes de haute responsabilité au sein de l’administration publique, ceux-là se retournent sans vergogne contre leurs compagnons de lutte pour assurer leur seule survie personnelle.

Aujourd’hui, ils se trouvent profondément mal à l’aise face aux événements en cours au Sénégal, car la réalité leur démontre que la trahison n’est nullement une fatalité inhérente à la politique. Lorsqu’on est animé de convictions profondes et du sens de l’honneur, on ne rompt pas les pactes sacrés, on ne privilégie pas son ambition personnelle au détriment du collectif et l’on ne se prête pas au jeu cynique de l’adversaire.

Il n’existe aucune excuse valable, aucun prétexte recevable à l’indignité. Ceux qui choisissent la voie dégradante du reniement de leurs engagements et de la violation de leurs serments afin de parvenir à leurs fins au prix de leur réputation et de l’éthique publique peuvent certes jouir de privilèges éphémères. Mais ils se condamnent surtout, et pour toujours, au blâme populaire ainsi qu’à une disqualification morale définitive devant l’Histoire, devant Dieu et devant les hommes.

Que dire également de ceux qui s’empressent de commenter abondamment l’actualité politique sénégalaise alors qu’ils demeurent incapables de se prononcer sur le naufrage de leur propre pays ? L’adage prend ici tout son sens : « On voit la paille dans l’œil de son voisin, mais on ne voit pas la poutre dans le sien. »

Ces intellectuels qui brillent par leurs « analyses » sur la situation des autres nations devraient d’abord balayer devant leur propre porte. Ceux qui se font les complices ou les affiliés d’une junte hostile à la libre expression, une junte qui étouffe le jeu démocratique, fauche des vies et détruit tout sur son passage, n’ont ni la légitimité ni la qualification requises pour distribuer les bons et les mauvais points.

Chacun chez soi, et les vaches seront bien gardées. Au lieu de se passionner pour le Sénégal, certains feraient mieux de se précipiter au chevet d’une Guinée profondément malade. Le citoyen guinéen qui s’érige si promptement en juge des autres devrait apprendre à se regarder dans un miroir ; il comprendrait alors que nul autre que lui-même ne le condamne à se résigner à l’humiliation de la servitude, ni à plier devant l’horreur de l’arbitraire et de la dictature pure et dure.

Les dirigeants et les citoyens sénégalais refusent d’être les sujets de quiconque ; ils n’entendent se comporter ni en cerbères ni en larbins.

Quand certains avancent en moutons, d’autres marchent comme des lions.

Alors, la question demeure : sommes-nous des moutons ou des lions ?

Souleymane SOUZA KONATÉ

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