Contre La sansure

L’Illusion du Mérite : Menottes pour les élèves, décrets pour les fraudeurs

0

Chaque année, le même rituel s’installe dans notre espace public avec la précision d’une mécanique bien huilée. On exhibe devant les caméras de jeunes élèves, le regard apeuré, menottes aux poignets pour avoir tenté de tricher à un examen. On crie au scandale moral, on invoque le salut de l’école républicaine, et l’on distribue la prison ferme pour l’exemple.

Pourtant, derrière ce spectacle de sévérité sélective, une question dérangeante persiste : de quel exemple parlons-nous exactement ?

Dans un pays où la jeunesse cherche désespérément des repères, le message envoyé est d’une ironie cinglante. On châtie sans ménagement le jeune qui cherche un raccourci pour un diplôme de fin d’études, mais que fait-on de ceux qui ont bâti des carrières entières sur le mensonge académique et la falsification d’expérience ? Que fait-on de ceux dont l’imposture n’a pas été punie par un PV de fraude, mais couronnée par un décret ?

Là réside le véritable drame de notre édifice social : nous avons érigé l’exigence au bas de l’échelle, tout en tolérant l’amateurisme et la supercherie au sommet.

Lorsqu’un haut cadre usurpateur occupe une fonction stratégique sans en avoir la compétence réelle, le préjudice ne se limite pas à une salle de classe. Il se chiffre en décisions publiques erronées, en projets structurants avortés et en institutions affaiblies. Le vrai crime contre la nation n’est pas seulement de tricher sur une copie d’examen, c’est de tricher avec la destinée d’un peuple tout entier.

Comment pouvons-nous exiger de nos enfants qu’ils passent des nuits à réviser, qu’ils croient à la valeur du travail et au mérite individuel, quand le paysage institutionnel leur murmure que le passe-droit est la seule véritable compétence qui paie ? La triche à l’école n’est pas une cause, elle est le symptôme direct d’une société qui a cessé de sanctifier l’effort pour idolâtrer le résultat à tout prix.

Rétablir la dignité de notre système éducatif ne se fera pas à coups d’incarcérations spectaculaires d’adolescents. Cela exige une rupture fondamentale, un choc d’exemplarité qui doit impérativement venir d’en haut.

Si nous voulons redonner à la jeunesse le goût du savoir et le respect des règles, ayons le courage de passer au crible le parcours de ceux qui nous dirigent. Auditons les titres, vérifions les compétences, et sanctionnons avec la même fermeté, sinon plus, les impostures à col blanc.

L’exemplarité ne s’enseigne pas par la peur de la prison ; elle s’inspire par la probité des élites. C’est en assainissant les sommets que nous redonnerons de la valeur aux bases, et c’est ainsi, seulement, que nous bâtirons une république où le mérite personnel redeviendra le seul vrai passeport vers la réussite.

Elhadj Aziz Bah


Note de l’auteur : Acceptons la pluralité des idées. Pas d’injures, rien que des arguments.

Image d la UNE: le ministre de l’Education nationale s’est rendu dans la famille de victime, Mamadou Diouma Bah, 17 ans.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

× Comment puis-je vous aider ?