Contre La sansure

Prix RSF pour la liberté de la presse : les lauréats 2026

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La cérémonie de la 34e édition du prix Reporters sans frontières (RSF) pour la liberté de la presse, qui s’est déroulée dans le cadre du 77e Congrès mondial des médias d’information ce 1er Juin au palais du Pharo à Marseille, a récompensé le photojournaliste birman Sai Zaw Thaike (catégorie Courage), le journaliste mozambicain Carlitos Cadangue (catégorie Impact), la journaliste argentine Julia Mengolini (catégorie Indépendance), le journaliste guinéen Habib Marouane Camara (prix du journalisme d’investigation africain), ainsi que le photojournaliste palestinien Abdul Hakim Abu Riash (prix photo Lucas Dolega-SAIF). 

Chaque année, le prix RSF pour la liberté de la presse distingue le travail de journalistes et de médias ayant contribué de manière notable à la défense et à la promotion de la liberté de la presse dans le monde. Dans le cadre du 77e Congrès mondial des médias d’information qui a rassemblé des médias du monde entier à Marseille, la cérémonie de remise de prix était animée par le directeur général de RSF, Thibaut Bruttin. Parmi les invités figuraient notamment le photographe Arnaud Février en tant que représentant de la SAIF, la Société des auteurs des arts visuels et de l’image fixe, pour le prix “Lucas Dolega – La SAIF”, ainsi que l’actrice et réalisatrice Aïssa Maïga, venue remettre le prix RSF – Mohamed Maïga pour le journalisme africain d’investigation, qui rend hommage de son père, le journaliste malien Mohamed Maïga.

Pour la 34e édition, 21 journalistes et photojournalistes, cinq médias, un défenseur du droit à l’information et un collectif de défense des journalistes de 25 pays différents. Ils concouraient dans cinq catégories : les prix du courage, de l’impact, de l’indépendance, mais aussi de la photo Lucas Dolega-SAIF et du journalisme d’investigation africain RSF-Mohamed Maïga. Inauguré en 2024, ce dernier est décerné par l’association Mohamed Maïga sur les droits humains, l’environnement, ou encore l’éducation et le droit à l’information.

Les prix ont été attribués au photojournaliste Sai Zaw Thaike, condamné à vingt ans de prison pour avoir documenté les violations des droits humains en Birmanie (catégorie Courage) ; à Carlitos Cadangue, journaliste pour la chaîne STV, qui a survécu à une tentative d’assassinat en février 2026 après ses enquêtes sur l’exploitation minière illégale au Mozambique (catégorie Impact) ; à Julia Mengolini, fondatrice du média indépendant Futurock, qui poursuit son travail malgré les campagnes de harcèlement et de désinformation menées à son encontre (catégorie Indépendance) ; au photographe Abdul Hakim Abu Riash pour sa série Gaza’s Agony: War, Hunger, and Loss, documentant la catastrophe humanitaire dans l’enclave palestinienne (prix Lucas-Dolega-SAIF) ; et le journaliste d’investigation Habib Marouane Camara, enlevé en décembre 2024 et toujours porté disparu (prix RSF-Mohamed Maïga).

Le jury de cette 34e édition, composé de journalistes, de défenseurs de la liberté de la presse et de photojournalistes du monde entier, était dirigé par le président de RSF, le journaliste et chroniqueur Pierre Haski.

Prix du courage

Sai Zaw Thaike (Birmanie)

Le photojournaliste, qui documente les violations des droits humains en Birmanie depuis 2012, figurait parmi les journalistes les plus menacés à la suite du coup d’État militaire de 2021. Malgré les risques, il a choisi de rester pour continuer à documenter la répression violente menée par la junte. Contraint de se déplacer sans cesse et de vivre dans la clandestinité, il risquait d’être arrêté à chaque instant. En mai 2023, lors d’un des cyclones les plus puissants jamais enregistrés dans le pays, le photojournaliste s’est rendu dans l’État de Rakhine dans l’ouest du pays pour rendre compte des ravages. Il a alors été arrêté puis condamné par un tribunal militaire à 20 ans d’emprisonnement avec travaux forcés. Il est actuellement détenu à la tristement célèbre prison d’Insein, à Yangon, où il est torturé par les autorités pénitentiaires.

Prix de l’impact

Carlitos Cadangue (Mozambique)

Ce journaliste de la chaîne privée Soico Televisao (STV) à Chimoio, au centre du pays, enquête depuis trois ans sur les effets dévastateurs de l’extraction minière illégale, entre autres la pollution, les récoltes perdues et les risques pour la santé. Alors que son travail gagne en visibilité, les autorités réagissent. Le 30 septembre 2025, Maputo suspend l’activité minière dans la province. À partir de cette date, plusieurs entreprises contactent le journaliste sur un ton menaçant, l’accusant d’être à l’origine de l’arrêt de leurs activités en raison de ses reportages. Le journaliste, qui découvre que certaines entreprises continuent malgré tout de fonctionner, reçoit des avertissements, jusqu’à des menaces directes de la part de dirigeants locaux. Il échappe à une tentative d’assassinat le 4 février 2026.

Prix de l’indépendance

Julia Mengolini (Argentine)

Journaliste et fondatrice du média indépendant Futurock, elle a été la cible d’une campagne d’intimidation de grande ampleur en 2025 : diffusion de contenus pornographiques truqués (deepfakes), menaces de mort et de violences sexuelles, harcèlement en ligne, ainsi que des poursuites pour diffamation engagées par le président de la république Javier Milei – une affaire toujours en cours qui pourrait aller jusqu’au procès. Son cas est devenu emblématique de l’escalade des attaques contre les professionnels de l’information dans le pays. Malgré ce harcèlement persistant, elle continue de s’exprimer publiquement et de poursuivre son travail journalistique. Son cas a contribué à mettre en lumière les mécanismes d’intimidation coordonnée visant la presse et illustre le rôle du journalisme dans la lutte contre les menaces systémiques à la liberté d’informer.

Prix du journalisme d’investigation africain RSF-Mohamed Maïga 

Habib Marouane Camara (Guinée)

Le journaliste, administrateur général du site d’information Le Révélateur 224, aurait été enlevé le 3 décembre 2024 par des hommes armés portant des uniformes de la gendarmerie guinéenne, alors qu’il se trouvait dans sa voiture avec un collègue. Il a été extrait de force du véhicule, puis frappé à coups de matraque jusqu’à perdre connaissance, avant d’être conduit vers une destination inconnue. Selon RSF, il faisait l’objet d’une surveillance des autorités avant sa disparition; Les autorités, elles, nient toujours être responsables de son enlèvement. À ce jour, il est toujours porté disparu.

Prix photo Lucas Dolega-SAIF

Abdul Hakim Abu Riash (Palestine)
Gaza’s Agony: War, Hunger, and Loss (Gaza, 2025)

Dans cette série, Gaza’s Agony: War, Hunger, and Loss, (“L’agonie de Gaza: guerre, famine et deuil”) réalisée à Gaza en 2025, le photojournaliste montre la crise humanitaire qui déchire l’enclave palestinienne, marquée par des bombardements de l’armée israélienne, des hôpitaux débordés et une grave crise alimentaire, où les secours poursuivent leurs recherches de personnes disparues dans les décombres malgré le manque de moyens.

Source: https://rsf.org/fr/

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