Contre La sansure

Le « symbole » à l’école.

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Lorsque j’ai été inscrit à l’école, je ne comprenais pas un seul mot de la langue de Molière, car je venais tout juste du village. À l’époque, il y avait le « symbole » dans les écoles. Celui qui parlait dans une langue autre que le français ou qui le maltraitait se voyait immédiatement mettre le « symbole » autour du cou. Tous les autres élèves le suivaient en scandant « symbole, symbole ». Pour s’en débarrasser, l’intéressé devait forcément appréhender quelqu’un en train de parler en langue nationale pour le mettre aussi autour du cou. À défaut, il devait payer une somme d’argent.

Pendant la récréation, c’était souvent la chasse à l’homme entre celui qui portait le « symbole » et les autres élèves. Il utilisait tous les moyens pour s’en débarrasser. Il lui fallait trouver un imprudent.

Le « symbole », c’était un crâne d’animal.

Nous qui ne comprenions aucun mot de la langue française et qui avions très peur du « symbole », nous passions le clair de notre temps à l’école sans dire mot. Nous priions même pour qu’un ami ne nous adresse pas la parole en français. Nous n’y comprenions rien.

À l’époque, l’enseignant était craint et respecté. Il regardait le lendemain si tout le monde s’était lavé avant de venir à l’école. Celui qui ne le faisait pas était puni ou fouetté.

Les devoirs de maison ? Ne pas faire ses devoirs était considéré comme un crime. L’enseignant fouettait très bien. Et l’élève n’osait rien dire à ses parents par peur d’être de nouveau fouetté.

Lorsqu’on voyait nos enseignants hors de la cour de l’école, on se cachait derrière des buissons pour éviter d’être punis le lendemain. Aujourd’hui, les élèves peuvent même dépasser leurs enseignants sans les saluer, voire les ignorer carrément.

Les temps ont changé. Se jeter sur son maître ?

Même en rêve, l’élève n’aurait pas osé penser à cela. L’enseignant était craint et respecté à tel point que l’élève avait beaucoup plus peur de lui que de ses propres parents. Aujourd’hui, certains élèves osent même menacer leurs enseignants avec des couteaux, certains se battent avec leur maître sous les applaudissements de leurs amis.

À notre époque, lorsque le maître disait à ses élèves garçons de se raser et à ses élèves filles de se tresser les cheveux en petites tresses, le matin, les garçons venaient tous rasés à tel point qu’on pouvait voir son reflet à travers leur tête. Les filles, elles, venaient toutes joliment tressées.

Les temps ont changé. À notre temps, la salle de classe était balayée et lavée à tour de rôle par les filles. Les garçons déplaçaient les bancs pour permettre aux filles de bien balayer.

Après la montée des couleurs le matin à 7h45, on se mettait toujours en rang pour rentrer dans la discipline dans la salle de classe en scandant des chants de civisme et de patriotisme. À l’heure de la sortie, on se mettait encore en rang en scandant les mêmes chants. Mais aujourd’hui, cette culture a disparu dans nos écoles.

La proclamation des résultats était un grand événement à l’école. Les bulletins n’étaient pas remis aux enfants. Les résultats étaient proclamés devant tous les élèves et leurs parents. Ce jour-là, certains parents venaient avec des fouets. Lorsque l’enseignant disait « et enfin » pour annoncer le nom du dernier admis de la classe, les admis se moquaient des non-admis. On les criait dessus pour les humilier. Aujourd’hui, les bulletins sont souvent remis aux élèves pour qu’ils les transmettent à leurs parents. Certains enfants même les gardent par devers eux. Pire encore, certains parents même ne se rendent dans les écoles de leurs enfants que pour payer leur scolarité.

Sayon MARA, Juriste

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