Ousmane Gaoual Diallo : « Même avec 10 % de participation, un scrutin ne perd pas sa légitimité » (entretien)
CONAKRY- C’est une exclusivité Africaguinee.com! Au lendemain des élections législatives et communales du 31 mai, le porte-parole du gouvernement revient sur les critiques liées au taux de participation, à l’inclusivité du scrutin et au bilan de la transition. Dans cet entretien accordé à Africaguinee.com, Ousmane Gaoual Diallo estime que les élections restent légitimes malgré l’abstention et affirme que la Guinée est déjà sortie de la transition pour entrer dans une phase de consolidation institutionnelle.
AFRICAGUINEE.COM: Les élections du 31 mai se sont tenues dans un contexte marqué par une faible affluence aux urnes. Le gouvernement considère-t-il que ce scrutin confère malgré tout une pleine légitimité aux futures institutions ?
OUSMANE GAOUAL DIALLO : Disons que si la comparaison se fait entre les élections présidentielles et les élections législatives, il faudra attendre la publication des statistiques définitives pour connaître avec précision le taux de participation enregistré. Cela dit, il y a eu une mobilisation, c’est indéniable. Les chiffres provisoires communiqués par la Direction générale des élections font état d’une participation que l’on peut considérer comme acceptable.
Nous savons également que ce type de scrutin suscite généralement moins d’engouement que les élections présidentielles, et cela s’observe dans de nombreux pays. C’est donc un phénomène qui peut se comprendre. L’essentiel, à mes yeux, est de mettre l’accent sur la bonne tenue du processus, l’absence de violences et le fait que ces élections se soient déroulées dans un climat apaisé. C’est là une véritable nouveauté lorsqu’on connaît l’histoire électorale de notre pays.
Mais le taux de participation n’influence-t-il pas également la légitimité du scrutin ?
Non, pas nécessairement. La démocratie ne se résume pas à une participation maximale pour conférer ou retirer de la légitimité à un scrutin. Dans un système démocratique ouvert, ce qui importe, c’est que chaque citoyen ait la possibilité de s’exprimer librement. Très peu de pays dans le monde imposent une obligation de vote. La Belgique, par exemple, applique ce modèle. Mais dans les pays où le vote demeure un droit et non une obligation, l’abstention ne saurait remettre en cause la légitimité d’une élection.
Même si seulement 10 % des électeurs participaient à un scrutin, cela ne lui retirerait pas sa légitimité. Celle-ci repose sur les citoyens qui choisissent de voter et de s’exprimer, et non sur l’ensemble des personnes inscrites sur les listes électorales. Refuser de participer à une élection revient à renoncer à l’exercice d’un droit. Cela ne confère pas pour autant le droit de contester la légitimité de ceux qui ont choisi de voter. La légitimité appartient à ceux qui s’expriment dans les urnes et qui, à travers leur vote, désignent des représentants au nom de l’ensemble de la population. C’est cela qui est fondamental.
Certains acteurs estiment que le faible engouement observé dans certaines localités traduit une forme de désenchantement politique. Comment réagissez-vous à cette lecture ?

Vous savez, les phénomènes politiques donnent lieu à diverses interprétations. Je laisse à chacun la liberté de ses analyses. Mais au fond, que signifie cette idée selon laquelle une participation plus ou moins forte traduirait un désenchantement politique ? Faudrait-il en conclure qu’il faut supprimer les élections et que ce serait là le choix de la majorité des Guinéens ? Je ne le crois pas du tout.
Dans de nombreuses démocraties considérées comme des références, les taux de participation à certaines élections sont parfois relativement faibles. Les élections européennes, par exemple, enregistrent souvent des taux de participation de 30 %, 32 % ou 35 %. Cela retire-t-il pour autant toute légitimité au Parlement européen pour prendre des décisions au nom des citoyens européens ? Je ne le pense pas.
Bien sûr, lorsqu’il y a une faible participation, il faut la déplorer et encourager davantage les citoyens à exercer leur droit de vote. Cela passe par la pédagogie, la sensibilisation et le rappel des devoirs civiques de chacun. C’est ce que l’on peut faire dans une démocratie. Mais une faible participation ne remet pas en cause la légitimité du scrutin. Je ne crois pas non plus qu’elle puisse être systématiquement interprétée comme une défiance à l’égard de la démocratie ou de la politique.
Que répondez-vous aux critiques selon lesquelles ces élections n’ont pas été suffisamment inclusives ?
Tout dépend de ce que l’on entend par inclusivité. Y a-t-il eu des mécanismes mis en place pour empêcher une personne ou une organisation de participer ? L’État a-t-il pris des dispositions légales visant à exclure certains acteurs du processus ? Je ne le crois pas. Dans ces conditions, il est difficile d’affirmer qu’il y a eu des restrictions à la participation. Certes, certains acteurs ont choisi de ne pas prendre part aux élections, mais cela relève de leur propre décision. Personne ne les en a empêchés.
D’ailleurs, vous constaterez que parmi les candidats en lice figuraient également d’anciens responsables ou cadres de grands partis politiques. Plusieurs ont participé à ces élections sous d’autres bannières ou à travers d’autres listes. Personne n’a été exclu de ce scrutin de proximité. Chacun avait la possibilité d’y prendre part, avec ou sans parti politique.
Sauf que de grands partis politiques ont été dissous avant ces élections…
Ce que l’on appelle les grands partis ont effectivement été dissous. Mais cela n’a jamais empêché leurs militants ou leurs membres de s’inscrire et de prendre part au processus électoral.
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