La Guinée est convoitée, mais elle n’est pas indispensable
La Guinée est à la mode. Ses immenses réserves de bauxite alimentent l’industrie mondiale de l’aluminium. Le projet de Simandou est présenté comme l’un des plus importants gisements de fer encore inexploités au monde. Les investisseurs se bousculent. Les délégations étrangères se multiplient. Les institutions financières internationales suivent avec attention l’évolution du pays.
Pour beaucoup, cet intérêt croissant serait la preuve que la Guinée occupe désormais une position incontournable sur l’échiquier mondial.
Pourtant, c’est précisément là que réside le plus grand risque de notre époque : confondre attractivité et indispensabilité.
La Guinée est aujourd’hui convoitée. Mais elle n’est pas indispensable. Dans une économie mondiale de plus en plus compétitive, les capitaux n’ont pas de patrie et les investisseurs n’ont pas de sentiment. Ils vont là où les opportunités sont les plus rentables et les risques les plus maîtrisés. Les ressources naturelles créent l’intérêt. Elles ne garantissent ni la confiance ni la prospérité.
L’histoire économique regorge de pays qui ont cru que leurs richesses naturelles suffiraient à assurer leur développement. Beaucoup ont découvert, parfois douloureusement, qu’il n’existe aucun raccourci vers la prospérité.
Le Botswana a transformé ses diamants en développement parce qu’il a bâti des institutions relativement solides et une gouvernance stable. À l’inverse, d’autres nations abondamment dotées en ressources ont vu leur potentiel freiné par l’instabilité, la mauvaise gouvernance ou l’absence de vision à long terme.
La différence ne réside pas dans la richesse du sous-sol.
Elle réside dans la qualité des institutions.
Car l’investissement est avant tout un acte de confiance.
Un investisseur peut accepter la volatilité des marchés. Il peut accepter les risques économiques. Ce qu’il redoute par-dessus tout, c’est l’incertitude institutionnelle. Il veut savoir que les contrats seront respectés. Il veut croire que les règles du jeu ne changeront pas au gré des circonstances politiques. Il veut être convaincu que l’État continuera d’honorer ses engagements indépendamment des hommes qui exercent le pouvoir.
Voilà pourquoi la véritable richesse d’un pays ne se mesure pas seulement en tonnes de bauxite ou de minerai de fer. Elle se mesure à la crédibilité de ses institutions.
C’est dans cette perspective qu’il faut analyser les quatre dernières années de transition.
La transition avait été présentée comme une opportunité historique de refondation. Une occasion de corriger les faiblesses accumulées pendant des décennies. Une promesse de reconstruction institutionnelle.
Mais aucune nation ne se transforme durablement par les slogans. Aucune économie ne se développe grâce à la communication politique. Aucun État ne se modernise par la seule force des discours.
Après plus de quatre années de transition, le temps est venu de passer des promesses aux résultats.
Le nouveau septennat ouvre une nouvelle phase de notre histoire nationale. Il ne doit pas être celui de la continuité des récits. Il doit être celui de la construction.
Construction d’une justice indépendante.
Construction d’une administration performante.
Construction d’institutions capables de résister aux alternances politiques.
Construction d’un environnement économique où les investisseurs, nationaux comme étrangers, savent que les règles s’appliquent à tous.
La véritable refondation commence là.
Elle ne se mesure pas au nombre d’infrastructures inaugurées ni à la puissance des campagnes de communication. Elle se mesure à la capacité de bâtir un État dont la crédibilité ne dépend pas d’un individu mais de règles respectées par tous.
Cette exigence est d’autant plus importante que la communauté internationale n’est pas guidée par l’amitié ou la solidarité. Les États poursuivent leurs intérêts stratégiques. Les entreprises poursuivent leurs intérêts économiques. Les institutions financières poursuivent leurs intérêts financiers.
C’est la réalité des relations internationales.
Aucun partenaire étranger ne construira l’avenir de la Guinée à la place des Guinéens.
La responsabilité de notre développement nous appartient.
C’est pourquoi le défi du prochain septennat dépasse largement les enjeux politiques du moment. Il s’agit de savoir si la Guinée utilisera cette fenêtre historique pour bâtir les fondations d’une prospérité durable ou si elle se contentera d’exploiter ses ressources sans transformer durablement son économie.
Les revenus miniers doivent devenir des écoles, des universités, des hôpitaux, des infrastructures énergétiques, des exploitations agricoles modernes et des opportunités pour la jeunesse. Ils doivent servir à préparer l’après-mines avant même que les ressources ne commencent à s’épuiser.
Car les gisements ne sont pas éternels.
La confiance, elle, peut traverser les générations.
La Guinée possède aujourd’hui une occasion rare que beaucoup de nations auraient rêvé d’avoir. Mais cette opportunité ne durera pas indéfiniment. Les marchés évoluent. Les technologies changent. Les investisseurs adaptent leurs stratégies.
Notre avenir ne sera pas déterminé par ce qui se trouve sous nos pieds.
Il sera déterminé par ce que nous aurons le courage de construire au-dessus.
La Guinée est convoitée, mais elle n’est pas indispensable.
C’est précisément pour cette raison qu’elle doit devenir un pays sur lequel le monde peut compter, parce qu’il est d’abord un pays sur lequel ses propres citoyens peuvent compter. C’est là que commence la véritable prospérité. C’est là que commence la véritable refondation.
A bon entendeur salut!
