Contre La sansure

Guinée: Quand la communication institutionnelle devient un risque stratégique

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Il n’est pas inhabituel qu’un chef d’État prenne quelques jours de vacances privées. Ce qui est inhabituel, en revanche, c’est d’en faire un événement d’État.

En Guinée, l’annonce officielle des vacances privées du Président de la République, suivie d’une mise en scène médiatique de son départ puis d’une déclaration publique d’allégeance de l’État-major général des armées, a suscité un débat qui dépasse largement les frontières nationales. Le problème n’est pas le droit du Président au repos. Le problème est le signal envoyé.

En communication stratégique, chaque message institutionnel produit un effet. Ce que les autorités présentent comme un geste de transparence peut, ailleurs, être interprété comme une tentative de rassurer une opinion inquiète ou de répondre à des interrogations sur la stabilité du pouvoir. Lorsqu’une institution ressent le besoin de démontrer publiquement que les forces armées demeurent loyales pendant une absence de quelques jours, elle crée involontairement une question que personne ne se posait.

Or, la confiance constitue aujourd’hui la première monnaie des nations.

Les investisseurs internationaux n’investissent pas uniquement dans les ressources naturelles. Ils investissent dans un environnement politique prévisible, des institutions solides et une gouvernance lisible. Dès qu’apparaît la perception d’une fragilité institutionnelle, la prime de risque augmente. Les projets sont ralentis, les décisions différées et le coût du capital s’élève. Cette perception, qu’elle soit fondée ou non, produit des effets économiques bien réels.

Les partenaires techniques et financiers raisonnent de la même manière. Ils évaluent autant la qualité des institutions que la qualité des projets. Dans un contexte où la Guinée cherche à mobiliser des financements considérables pour ses infrastructures, son énergie et la transformation de son économie, chaque signal de stabilité ou d’instabilité influence la confiance des bailleurs.

La communauté internationale fonctionne également sur la perception.

Ces derniers mois, cette perception s’est déjà détériorée. L’Union européenne a décidé de restreindre plusieurs facilités de délivrance des visas aux ressortissants guinéens, invoquant une coopération insuffisante en matière de réadmission des migrants en situation irrégulière.

Dans le même temps, les États-Unis ont engagé une réorganisation régionale de leurs services consulaires en Afrique, conduisant les demandeurs guinéens à effectuer leurs démarches de visa dans des postes régionaux, notamment à Dakar, plutôt qu’à Conakry.

Ces décisions ne relèvent pas du même registre que la communication présidentielle. Pourtant, elles participent d’un même phénomène : l’image internationale d’un pays influence progressivement la manière dont il est traité par ses partenaires.

Dans les relations internationales, la réputation est un actif stratégique. Elle s’accumule lentement, mais peut s’éroder rapidement.

La Guinée possède aujourd’hui des atouts exceptionnels : des réserves minières parmi les plus importantes au monde, un potentiel énergétique considérable, une position géographique stratégique et une population jeune. Mais ces avantages ne suffisent plus. Le capital du XXIᵉ siècle est aussi institutionnel. Les marchés recherchent la stabilité. Les bailleurs recherchent la prévisibilité. Les diplomaties recherchent des partenaires crédibles.

À l’heure où le projet Simandou doit transformer durablement l’économie nationale, chaque prise de parole officielle devrait être évaluée à travers une question simple : renforce-t-elle ou affaiblit-elle la confiance ?

Une communication publique n’est jamais anodine. Elle influence les marchés, les agences de notation, les investisseurs, les partenaires diplomatiques et les opinions internationales.

Les grandes nations ne construisent pas leur crédibilité par des démonstrations de loyauté. Elles la construisent par la force de leurs institutions, la sobriété de leur communication et la normalité de leur fonctionnement.

La Guinée n’a pas besoin de convaincre le monde que ses institutions tiennent pendant les vacances d’un Président. Elle doit convaincre que ses institutions sont suffisamment fortes pour fonctionner avec la même efficacité, que le Président soit présent, en mission ou en congé.

C’est cette confiance silencieuse qui attire les capitaux, rassure les partenaires et prépare les grandes réussites économiques.

Car, au final, les investisseurs n’investissent pas dans les discours. Ils investissent dans la confiance.

Elhadj Aziz Bah
Note de l’auteur : Acceptons la pluralité des idées. Pas d’injures, rien que des arguments.

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