Contre La sansure

La Guinée ne reçoit pas des miettes par accident : elle les reçoit par choix politique (Par Abdoul Karim Diallo)

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Le 21 juin 2026, Mamadi Doumbouya déclarait que la Guinée ne perçoit que des « miettes », des redevances calculées sur ses richesses minières pendant que d’autres bâtissent leurs villes avec l’or guinéen. La formule est forte. Elle frappe les esprits. Elle nourrit un discours souverainiste qui trouve facilement un écho dans un pays où la population voit depuis des décennies ses ressources quitter le territoire sans améliorer durablement ses conditions de vie.

Mais lorsqu’une telle déclaration est prononcée par celui qui détient aujourd’hui l’ensemble des leviers du pouvoir, une question fondamentale s’impose : si la Guinée reçoit effectivement des miettes, qui les distribue ?

Depuis le 5 septembre 2021, le CNRD contrôle l’appareil d’État sans partage. Les exportations minières atteignent des niveaux records. La bauxite continue d’alimenter les marchés internationaux. L’or poursuit sa route vers l’étranger. Le gigantesque projet de Simandou est exploité à grands pas. Pourtant, malgré cette activité intense, aucun bilan transparent permettant d’évaluer les bénéfices réels tirés par la nation n’a été présenté devant une institution démocratiquement élue. Aucun débat parlementaire n’a eu lieu. Aucun contrôle indépendant n’a permis aux citoyens de connaître précisément les termes des engagements pris en leur nom.

Dès lors, entendre aujourd’hui le chef de la transition dénoncer les « miettes » ressemble moins à un constat qu’à un aveu. Car après cinq années de contrôle quasi absolu du pouvoir, il devient difficile d’expliquer cette situation par l’héritage du passé ou par la responsabilité exclusive des gouvernements précédents. Lorsque l’on gouverne seul, les résultats deviennent aussi sa propre responsabilité.

Le cas de Simandou illustre parfaitement cette contradiction. Présenté comme l’un des plus importants projets miniers au monde, ce gisement représente une opportunité historique pour la Guinée. Pourtant, selon plusieurs analyses spécialisées portant sur la structure du projet, la participation directe de l’État guinéen demeure limitée face aux intérêts des groupes impliqués dans son exploitation.

La question mérite d’être posée sans détour : comment un pays propriétaire de la ressource peut-il se retrouver avec une part aussi modeste des bénéfices générés par l’un des plus grands gisements de fer de la planète ?

Le problème ne réside pas uniquement dans les pourcentages. Il réside surtout dans l’absence de transparence qui entoure les négociations. Les citoyens ignorent les détails complets des conventions signées. Ils ne disposent d’aucun mécanisme institutionnel leur permettant de vérifier si les intérêts nationaux ont été correctement défendus. Or, les ressources naturelles appartiennent au peuple guinéen, pas aux gouvernements qui se succèdent.

Les « miettes » dont parle aujourd’hui Mamadi Doumbouya ne tombent pas du ciel. Elles sont le résultat de décisions politiques, de négociations contractuelles et de choix de gouvernance. Elles ont des auteurs, des signataires et des responsables.

Cette réalité devient encore plus troublante lorsqu’on observe les nombreuses zones d’ombre qui entourent certaines affaires liées à l’or guinéen. Plusieurs dossiers ont suscité des interrogations persistantes concernant des tonnes d’or impliquées dans des contentieux ou des opérations dont les contours demeurent insuffisamment expliqués à l’opinion publique. Malgré les enjeux financiers considérables, les Guinéens continuent d’attendre des réponses claires, des enquêtes transparentes et des conclusions accessibles à tous.

Pendant ce temps, le discours officiel insiste sur la nécessité de reprendre le contrôle des ressources nationales. L’objectif est légitime. Aucun patriote ne peut s’opposer à une meilleure valorisation des richesses du pays. Mais la souveraineté économique ne se décrète pas à travers des slogans. Elle repose sur des institutions solides, des règles transparentes et des mécanismes de contrôle capables de garantir que les revenus profitent effectivement à la collectivité. C’est là que se situe le véritable débat.

La Guinée a-t-elle besoin de raffineries ? Certainement. A-t-elle besoin de transformer davantage ses ressources sur son propre territoire ? Évidemment. Mais ces infrastructures ne résoudront rien si les questions fondamentales restent sans réponse.

Qui négocie les contrats ? Qui contrôle les revenus ? Qui vérifie les chiffres ? Qui enquête sur les irrégularités éventuelles ? Qui représente les citoyens lorsque des décisions engageant plusieurs générations sont prises ?

Dans une démocratie, ces fonctions sont assurées par un ensemble d’institutions : un parlement, une justice indépendante, une presse libre et des organismes de contrôle. Or, depuis 2021, la plupart de ces contre-pouvoirs sont soit absents, soit considérablement affaiblis.

C’est pourquoi le problème auquel la Guinée est confrontée n’est pas avant tout technique ou industriel. Il est profondément politique. La question centrale n’est pas seulement celle de l’or, du fer ou de la bauxite. Elle est celle du contrôle démocratique des richesses nationales.

La véritable souveraineté ne consiste pas uniquement à transformer l’or sur place. Elle consiste à permettre aux citoyens de savoir ce que rapporte cet or, comment cet argent est utilisé et qui doit rendre des comptes lorsqu’il disparaît.

Après cinq années de promesses, de discours patriotiques et de concentration du pouvoir, les Guinéens sont en droit d’attendre davantage que des constats. Ils attendent des résultats, de la transparence et des institutions capables de protéger durablement les intérêts du pays.

La Guinée ne manque ni d’or, ni de fer, ni de bauxite. Elle dispose de ressources parmi les plus importantes du continent. Ce qui lui fait défaut depuis trop longtemps, ce n’est pas la richesse. C’est un État de droit suffisamment fort pour garantir que cette richesse serve enfin l’intérêt général.

Et tant que cette question restera sans réponse, les miettes continueront de circuler, quels que soient les discours prononcés au sommet de l’État.

Abdoul Karim Diallo, citoyen guinéen

« La vérité n’a pas de passeport diplomatique. »

Source: https://www.visionguinee.info/

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