Contre La sansure

Quand la triche devient un modèle économique( par Dantouman Souleymane TRAORÉ)

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Nous sommes dans un pays où la triche est normalisée, un pays où chacun cherche sa façon de contourner les règles pour réussir. Le problème n’est plus seulement la triche, mais le fait qu’elle finit par être présentée comme une réussite et ses auteurs comme des modèles pour les jeunes.

Les cadres détournent pour réussir, puis blanchissent leur argent pour se faire modèles auprès des jeunes. Des directeurs nationaux qui construisent des villas et envoient leurs enfants à l’étranger pour des études dont les frais dépassent parfois leur traitement annuel. Le ministre qui possède plus de 5 villas et des entreprises au nom de particuliers. Le président de la République qui distribue des villas, des voitures et de l’argent comme s’il cueillait l’argent. Ils trichent.

Les commerçants surfacturent les consommateurs pour se faire des milliards, puis investissent pour se faire modèles auprès des jeunes. Un commerçant qui achète un produit chinois à 100 000 GNF et le revend à 300 000 GNF. Il triche.

Les présidents trichent pour conquérir le pouvoir, puis blanchissent leur pouvoir par la voie électorale pour se faire modèles auprès des jeunes. Le président qui fait un coup d’État constitutionnel triche au même titre que celui qui prend les armes pour conquérir le pouvoir. Ils trichent.

Les entrepreneurs blanchissent les sommes détournées par les cadres, au prix des intérêts, et marchandent les projets pour réussir, puis investissent pour devenir modèles auprès des jeunes. Un entrepreneur qui travaille au nom d’un cadre, le cadre qui oriente les projets publics vers sa propre entreprise. Ils trichent.

Les hommes politiques marchandent leur projet de société et conquièrent le pouvoir, puis lavent leur image pour devenir modèles auprès des jeunes. Un leader politique qui attaque le gouvernement la journée et passe récupérer l’enveloppe le soir à la présidence. Il triche.

Les concessionnaires surfacturent les locataires pour se faire des millions, puis reconstruisent pour devenir modèles auprès des jeunes. Un appartement coûte 2 500 000 GNF à la Cimenterie, entre 3 500 000 et 7 000 000 GNF à Lambanyi. Une chambre coûte 500 000 GNF à Lambanyi et une chambre-salon entre 1 000 000 et 2 000 000 GNF. Ils trichent.

Les avocats transforment le mensonge en vérité pour se faire des millions, puis lavent leur image pour devenir modèles auprès des jeunes. Ils trichent.

Les juges prennent des pots-de-vin au prix des sacrifices pour transformer la vérité en mensonge, puis lavent leur image pour devenir modèles auprès des jeunes. Ils trichent.

Les médecins surfacturent, inventent des actes, prescrivent inutilement et orientent les patients contre des avantages pour se faire des millions, puis lavent leur image pour devenir modèles auprès des jeunes. Ils trichent.

Les banquiers falsifient les documents, manipulent les opérations et blanchissent les sommes détournées par les cadres pour se faire de l’argent et devenir modèles auprès des jeunes. Ils trichent.
Les transporteurs surfacturent les usagers pour se faire des millions. Un motard qui récupère de 10 000 à 15 000 GNF par tronçon, tandis qu’un taxi récupère 2 000 GNF sur un trajet. Ils trichent.

Le problème n’est donc pas de savoir qui triche. Il faut comprendre comment la triche circule dans l’économie et comment elle finit par être supportée par la classe moyenne. En économie, tout passe par le marché et tout revient au marché. La production, l’investissement, l’épargne et la consommation se croisent sur le marché. Les producteurs achètent les matières premières sur le marché pour les transformer, puis renvoient les produits industriels sur le marché pour la vente.

Les investisseurs mobilisent les capitaux sur le marché. Ce capital crée de la valeur ajoutée et revient sur le marché sous forme de nouveaux investissements. L’épargnant épargne temporairement sur le marché, confie son argent au système financier et revient sur le marché sous forme d’investissement. C’est le mécanisme qui permet à l’épargne de devenir investissement. Le consommateur perçoit son traitement sur le marché de l’emploi, puis revient sur le marché de la consommation pour acheter des biens et des services. Le marché est une sorte de passoire.

En économie, tout passe par le marché et tout revient au marché. Une charge imposée à un acteur ne disparaît pas, elle est répercutée sur un autre acteur. Le concessionnaire surfacture le locataire ; le locataire prélève dans ses activités ; le commerçant prélève sur le consommateur ; le transporteur ajuste ses tarifs.

Le véritable danger n’est pas seulement la triche. Le véritable danger est que les Guinéens finissent par admirer les tricheurs. La formule est donc simple : le détournement devient villa. La surfacturation devient investissement. La corruption devient entreprise. Le favoritisme devient marché. Puis tout cela revient vers le citoyen sous forme de prix élevés, de loyers élevés, de services coûteux et de perte de confiance. C’est pourquoi une sagesse africaine nous enseigne « Ce qu’on enlève à la taille d’un boubou, c’est ce qu’on ajoute à sa largeur. »Ce qu’un acteur prélève injustement sur le marché, un autre finit souvent par le payer. C’est ainsi que la triche devient progressivement le coût de toute une société.

Dantouman Souleymane TRAORE (DOCTRINAIRE)
Analyste socio-politique
dantoumantraore629@gmail.com

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