Migrants : Washington mise sur des accords africains
La Maison-Blanche assure vouloir durcir la lutte contre l’immigration irrégulière et accélérer les expulsions. Une orientation qui suscite toutefois de vives critiques au sein d’une partie de la diaspora africaine, à l’instar de Mireille, aide soignante, originaire du Gabon.
« À mon avis, les personnes ne sont pas du bétail. On ne peut pas les renvoyer dans un pays tiré au sort. Ces pays africains qui acceptent ces accords, c’est évidemment pour des raisons économiques. Il y a eu des pressions diplomatiques », déplore-t-elle.
Signe de la sensibilité du sujet, plusieurs associations de la diaspora africaine défendant les droits des migrants ont refusé de répondre aux questions de la DW.
Pour l’analyste géopolitique Henri Désiré Nzouzi, ces accords dépassent la simple coopération migratoire.
« C’est un sujet d’une complexité géopolitique majeure. D’une part, la réadmission des nationaux… et d’autre part, la déportation vers des pays tiers, ce qui est une pratique émergente plus controversée et transactionnelle », explique Nzouzi.
En échange d’une aide financière ou sécuritaire américaine, les États partenaires acceptent de recevoir des migrants expulsés, de les prendre en charge et de veiller à ce qu’ils ne retournent pas aux États-Unis. Une coopération que Washington cherche à obtenir, y compris auprès des gouvernements les plus réticents.
« Le levier de pression le plus institutionnalisé reste la fameuse section 243D de l’Immigration and Nationality Act. Les États-Unis imposent donc des restrictions de visa. Cela crée bien évidemment un coût politique pour les gouvernements africains », précise l’analyste.
« Je trouve cela inhumain et d’une grande brutalité »

Démocrates et défenseurs des migrants dénoncent une politique qui, selon eux, fragilise le droit d’asile et expose davantage les personnes expulsées. Lors des manifestations contre la politique migratoire de Donald Trump, les critiques sont tout aussi vives. Pour Diane Forson, 82 ans militante anti Trump, cette politique est profondément discriminatoire.
« Je pense que ce que fait Donald Trump est fondamentalement raciste… Dans son esprit, envoyer des personnes en Afrique constitue donc la pire punition qu’il puisse leur infliger. Je trouve cela inhumain et d’une grande brutalité », déplore Forson.
Même inquiétude chez Aicha Cole, critique de l’administration Trump : « Nous sommes un État de droit. Nous avons des lois, et la manière dont ces personnes sont traitées est contraire à la loi. »
Au-delà de l’enjeu migratoire, de nombreux analystes estiment que cette stratégie pourrait, à terme, desservir les intérêts américains en Afrique, en ouvrant davantage d’espace à l’influence de puissances concurrentes comme la Chine et la Russie.
