Contre La sansure

Ousmane Gaoual Diallo : le verbe haut, le bilan creux

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En politique, le messager pèse souvent autant que le message. Encore faut-il que sa parole conserve une certaine constance et inspire la crédibilité. Chez Ousmane Gaoual Diallo, les convictions semblent pourtant évoluer au gré des circonstances : sa parole change de cap bien plus vite que n’avancent les dossiers placés sous sa responsabilité.

Après plusieurs années passées à la tête de différents départements ministériels, le constat demeure implacable : le bilan peine à convaincre. Les effets d’annonce se sont multipliés, mais les réalisations concrètes se font toujours attendre. Guinée Télécom demeure au point mort ; les cent bus annoncés restent invisibles ; le projet « Conakry Ville Moderne » semble n’avoir jamais dépassé le stade de la communication ; la relance d’Air Guinée, promise pour le début de l’année 2025, s’est évaporée ; quant aux grandes ambitions affichées pour le port de Conakry, elles n’ont, jusqu’à présent, produit aucun résultat tangible. Les promesses s’accumulent ; les réalisations, elles, continuent de manquer à l’appel.

Une question s’impose alors : que reste-t-il à défendre lorsqu’un bilan fait défaut ?

À en juger par les interventions du ministre, une stratégie paraît s’être imposée : multiplier les conférences de presse où Cellou Dalein Diallo occupe davantage d’espace que l’action gouvernementale elle-même. À l’écouter, on finirait presque par croire que son principal portefeuille consiste à commenter l’actualité de son ancien leader plutôt qu’à rendre compte de sa propre gestion.

Sa dernière sortie médiatique en est une nouvelle illustration. En affirmant que Cellou Dalein Diallo ne serait pas en exil au seul motif qu’aucune décision judiciaire ne lui interdit formellement de regagner la Guinée, il réduit une réalité politique complexe à une lecture strictement juridique. Or, un exil politique ne se résume pas à l’existence d’un mandat d’arrêt ou d’une interdiction officielle de retour. Il peut résulter d’un contexte où les risques pesant sur la sécurité, les libertés et les garanties fondamentales d’un opposant deviennent tels que son retour ne peut raisonnablement être envisagé.

Ousmane Gaoual Diallo, Ministre des Transports et porte-parole du gouvernement guinéen.

Cellou Dalein Diallo n’a jamais déserté le combat politique. Il a pris part aux manifestations les plus risquées, a subi des violences, son cortège a été la cible de tirs à balles réelles, et il a toujours assumé publiquement ses engagements. Son parcours témoigne de cette constance.

Pendant ce temps, le climat politique guinéen continue de se détériorer. Des citoyens demeurent détenus ou portés disparus, parmi lesquels Foniké Menguè, Mamadou Billo Bah, Mabori Diallo, Nènè Oussou Diallo, le frère et les fils de l’artiste Elie Kamano, le père du journaliste Babila, ainsi que le journaliste Marouane Camara. Leurs familles attendent toujours que la vérité soit établie et que justice soit rendue. Dans le même temps, des milliers de Guinéens continuent de quitter leur pays pour solliciter l’asile à l’étranger. Une telle réalité mérite mieux que des raccourcis politiques destinés à alimenter une polémique stérile.

L’histoire récente rappelle d’ailleurs que, lorsque les militants de l’UFDG traversaient leurs heures les plus difficiles, Cellou Dalein Diallo se trouvait à leurs côtés. Aujourd’hui encore, son nom demeure associé à cette constance. Les Guinéens, eux, n’ont pas la mémoire aussi courte que certains voudraient le croire.

L’intéressé a pourtant, à plusieurs reprises, privilégié la voie des institutions. En retour, sa résidence a été démolie alors que des procédures judiciaires étaient encore pendantes, son patrimoine a été détruit et son enrôlement sur le fichier électoral a été contesté. Autant de faits qui alimentent les interrogations sur l’effectivité de l’État de droit en Guinée.

Au fond, chaque intervention d’Ousmane Gaoual Diallo révèle un paradoxe : plus il consacre son énergie à attaquer Cellou Dalein Diallo, plus il souligne, malgré lui, la place centrale qu’occupe ce dernier dans le paysage politique guinéen. Lorsqu’un responsable public parle davantage de son principal adversaire que de son propre bilan, cela traduit rarement une position de force.

Les discours passent, les conférences de presse s’effacent, mais les résultats demeurent le seul véritable juge de paix en politique. Et c’est précisément sur ce terrain que les Guinéens attendent encore des actes.

Souleymane SOUZA KONATÉ

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